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Entretien avec Tahar Djaout, juillet 1992. Un an avant son lâche assassinat.

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 Entretien réalisé par: Mohamed ZIANE-KHODJA. Fin juillet 1992 paru dans: LE JEUNE INDÉPENDANT, hebdomadaire (maintenant quotidien) national d’information –Algérie, début août 1992.

« LE JEUNE INDÉPENDANT » : Il semble que vous êtes fidèle à la « tradition ». 

Tahar DJAOUT : Je ne sais pas de quelle tradition il s’agit. La « tradition », c’est un terme un peu vague. Est-ce qu’il s’agit d’une tradition sociale, d’une tradition d’écriture, d’une tradition culturelle… Je dois vous avouer qu’au contraire le mot « tradition », de prime abord, n’a pas vraiment ma sympathie. La tradition c’est ce dont on peut se nourrir, tirer des choses négatives… Elle peut être un frein à un certain nombre d’autres choses. Un frein à l’innovation, à l’aventure. Je pense plutôt que je ne suis pas fidèle à la tradition.

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DECLARATION DE TIFRIT

DECLARATION DE TIFRIT

Quelques 60 personnes se sont réunies le 14 avril 2006 à Tifrit, près d’Akbou. Ils se sont penché sur la situation que vivent celles et ceux qui subissent l’Etat algérien.  Leurs discussions ont conclu sur la nécessité de « refondation de l’Etat national en dehors de la conception uniciste et centralisée constitue l’unique voie pour l’édification d’un projet démocratique ». Ils prévoient aussi l’organisation d’une rencontre « régionale » à laquelle sont invités l’ensemble des acteurs notamment politiques….

La lutte séculaire pour les libertés en Algérie a connu différentes phases avec leurs lots de réussite et d’échec.

Région phare dans le combat pour la liberté et la démocratie, la Kabylie est plongée, aujourd’hui, dans une insécurité totale faite de violence politique, de violence sociale et, phénomène nouveau, l’utilisation de la délinquance comme arme politique.

Le moment est grave ! Les citoyens de ce pays sont en train d’assister à la consécration et la finalisation de l’alliance stratégique entre les tenants du système et l’arabo-islamisme.

Cette alliance qui assume l’extinction de la vie publique, la privatisation de l’Etat et des richesses nationales, s’attelle à étouffer le projet démocratique et moderne, avec la complicité de la communauté internationale dont l’indifférence n’a d’égale que le volume des échanges commerciaux avec le régime en place. Les élites de cette région, en symbiose avec la population ainsi que toutes celles et tous ceux qui se reconnaissent dans le projet démocratique, sont interpellés par la gravité de la situation.

Elles se doivent d’assumer, pour préserver l’avenir de nos enfants dans la paix et la dignité, la ligne de démarcation idéologique, politique et territoriale, désormais nette, avec les tenants de l’Algérie militaro arabo-islamique.

La rupture avec la conception jacobine de l’Etat, prolongement du colonialisme français, qui a englouti l’espérance démocratique et enfanté cette alliance, est une exigence historique stratégique.

Les expériences du combat pour la démocratie et la modernité, que cela soit à travers les partis politiques ou d’autres formes d’organisation tels les mouvements, forums et rassemblements, dans le cadre du système institutionnel actuel, ont échoué.

La résistance puis le redéploiement du projet démocratique passe, d’une part, par la consolidation de la région sociologiquement et politiquement apte à le porter et, d’autre part, par le rassemblement de l’élite politique, culturelle et économique afin d’élaborer la ou les formes d’organisation à même de produire l’efficacité politique nécessaire à son aboutissement.

La refondation de l’Etat national en dehors de la conception uniciste et centralisée constitue l’unique voie pour l’édification d’un projet démocratique.

Nous, signataires de cet appel, invitons l’ensemble des acteurs politiques, des militants des droits de l’homme, des syndicalistes, des militants de l’amazighité, ainsi que toutes les citoyennes et tous les citoyens soucieux de préserver l’avenir de nos enfants dans la paix, dignité et le progrès à une rencontre régionale où seront mises à contribution l’ensemble des bonnes volontés. Un comité de suivi en assurera la préparation.

Sources

C’est la France qui « inventa » l’Algérie

Lettre du Général Schneider, Ministre, Secrétaire d’Etat de la Guerre, en date du 14 octobre 1839 au Maréchal Valée, gouverneur général, créant l’appellation d’Algérie. – Archives Service Historique de l’Armée.

Monsieur le Maréchal, jusqu’à ce jour, le territoire que nous occupons dans le Nord de l’Afrique a été désigné, dans la communication officielle, soit sous le nom de Possession française dans le Nord de l’Afrique, soit sous celui d’Ancienne Régence d’Alger, soit enfin sous celui d’Algérie.

Cette dernière dénomination plus courte, plus simple et en même temps plus précise que toutes les autres, m’a semblé devoir dorénavant prévaloir. Elle se trouve d’ailleurs déjà consacrée par une application constante dans les documents distribuées aux chambres législatives et dans plusieurs discours du trône. Je vous invite en conséquence à prescrire les mesures nécessaires pour que les diverses autorités, et généralement tous les agents qui, à un titre quelconque se rattachant aux services civils ou militaires de notre colonie, aussi dans leur correspondance officielle, et dans leurs actes ou certificats quelconques qu’ils peuvent être amenés à délivrer, à substituer le mot algérie aux dénominations précédemment en usage.

Recevez, Monsieur le Maréchal, l’assurance de ma très haute considération.

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Chronologie du boycott scolaire de 1994-1995

chronologieduboycottscolaire.bmp29/08 : Le MCB-coordination nationale appelle au boycott de la rentrée scolaire et universitaire jusqu’à l’introduction de l’enseignement de Tamazight du primaire à l’université. Réunion à Tizi Ouzou de la coordination locale du MCB : la première tentative de remise en cause de l’opportunité du boycott échoue.

- 31/08 : Le MCB- commissions nationales appuie l’appel au boycott scolaire.

SEPTEMBRE 1994

- 04/09 :D ans un entretient accordé au journal  » Le Matin  » Ferhat MEHENNI déclare :  » Le MCB a retrouvé l’unité (….) j’invite les commissions nationales à coordonner nos actions au sein d’un MCB structuré pour l’avenir de notre pays et de nos enfants. « 

-10/09 : Généralisation du boycott scolaire et universitaire, marches à travers les chef-lieu de Daira à l’appel du MCB-coordination nationale.

- 19/09 : Le pouvoir tente de prendre langue avec le MCB par l’intermédiaire du ministre de l’intérieur Mr Meziane Chérif. La réponse de Ferhat Mehenni est tranchante :  » Le ministre de l’intérieur n’a pas en charge le problème que nous soulevons, à savoir la reconnaissance de Tamazight en tant que langue nationale et officielle. « 

- 21/09 : La Kabylie est paralysée par une grève générale.

- 25/09 : Le chanteur MATOUB Lounès est enlevé par les terroristes.

- 26/09 : Le MCB-coordination nationale lance un ultimatum de 48H aux ravisseurs et les menace de guerre totale.

- 28/09 : Le MCB-coordination nationale suspend l’ultimatum.

OCTOBRE 1994 :

- 01/10 : Le chef du gouvernement Mokdad SIFI annonce l’installation d’une commission nationale ayant pour but l’introduction de Tamazight à l’école. Marche pour Tamazight à M’chounèche ( Biskra ).

- 02/10 : Imposante marches à Tizi ouzou et Bgayet pour Tamazight et pour la libération de MATOUB Lounès.

- 04/10 : Rencontre amicale entre le MCB-coordination nationale et la centrale syndicale UGTA.

- 05/10 : Début de la grève de deux jours, lancée par les deux tendances du MCB, qui paralyse les secteurs économiques et administratifs en Kabylie et qui est suivi partiellement à Alger ( EDIPAL-DVP ) et Rouiba ( SNVI ).

- 06/10 : Première rencontre entre le chef du gouvernement et le MCB-coordination nationale. Pas de résultat.

- 07/10 : Interdiction de la marche du MCB à Bordj Bou-Arreridj.

- 10/10 : MATOUB Lounès est libéré.

- 11/10 : Imposante marche du MCB à Boumerdès.

- 13/10 : Meeting du MCB-coordination nationale à Tizi Ouzou suite à la libération de MATOUB Lounès.

- 27/10 : Interdiction de la marche nationale du MCB ( les deux tendances ) à Alger.

La coordination nationale organise alors un meeting à la salle Harcha dans l’après-midi.

Devant une salle comble, Ferhat MEHENNI déclare :  » Je revendique Tamazight point !(…) Tamazight est une dette qui n’accepte pas le rééchelonnement.. « 

- 29/10 : Installation officielle de la commission nationale sur Tamazight par le chef du gouvernement Mokdad SIFI.

- 31/10 : Dans une lettre ouverte, Ferhat MEHENNI interpelle le chef de l’état afin de faire du 40eme Anniversaire du déclenchement de la révolution l’avènement d’une Algérie réconciliée avec son Amazighité.

NOVEMBRE 1994 :

- 12/11 : Début de la grève générale de 03 jours en Kabylie. Le MCB-commissions nationales décide d’un piquet de grève de 10h à 11h pour les deux derniers jours.

- 13/11 : Ferhat MEHENNI annonce lors d’une conférence de presse tenue à Tizi Ouzou, l’organisation d’un colloque Maghrébin sur l’Amazighité.

- 16/11 : Invité par les étudiants de l’université de Bgayet à une table ronde avec Djamel Zenati, Ferhat MEHENNI déclare devant une salle comble :  » Aujourd’hui la communauté universitaire a pris une initiative très louable et je regrette que mon ami Zenati n’ait pu venir. Notre but n’est pas d’opposer une personne à une autre ni une tendance à une autre, mais de tenter de construire de notre mieux l’unité qui puisse faire triompher notre cause (…) L’unité sera difficile à réaliser parce que notre réussite gêne nos adversaires et ces derniers ne sont pas toujours ceux que l’ont croit (…). « 

- 24/11 : Une délégation du MCB-commissions nationales conduite par Djamel Zenati est reçue par le chef du gouvernement.

- 27/11 : Dans un entretient accordé au journal l’OPINION N°706 Djamel Zenati déclare à propos de la rencontre avec le chef du gouvernement :  » Nous n’avons pas demandé que Tamazight soit consacrée aujourd’hui comme langue nationale et officielle. Nous savons pertinemment que nous sommes en pleine période d’inconstitutionnalité. nous avons exigé des garanties publiques et officielles pour que la future reconnaissance constitutionnelle soit irréversible (…). « 

DECEMBRE 1994:

- 19/12 : Réunion du bureau national du MCB-coordination nationale à Tizi Ouzou. Bien que le principe du boycott des impôts avait été retenu lors de cette réunion, le coordinateur de Tizi Ouzou déclare le contraire à la presse afin de faire avorter cette action d’envergure.

- 22/12 : Marches à Tizi Ouzou et Bgayet. Incidents entre les militants des commissions nationales et ceux de la coordination nationale concernant les slogans. Retrait de la coordination nationale de la marche.

- 24/12 : Prise d’otage de l’air bus d’Air France. Ferhat MEHENNI qui devait être exécuté revient de loin.

JANVIER 1995:

- 12/01 : Interdiction de la marche initiée par les commissions nationales à Alger.

- 15/01: Marche du SATEF contre les retenues sur salaires des enseignants.

- 28/01 : une tentative de reprise des cours initiée par un groupe de parents d’élèves échoue.

FEVRIER 1995:

- 21/02 : interdiction de la marche initiée par les collectifs universitaires à Alger.

- 23/02 : Interdiction de la marche initiée par la CELA à Alger.

- 25/02 : Dans un entretient accordé au journal LE MATIN Ferhat MEHENNI rend publiques ses divergences avec Said Sadi qu’il accuse de fossoyeur du boycott.

MARS 1995:

- 01/03 : Les partisans du SG du RCD au sein de la coordination nationale du MCB adressent un ultimatum à Ferhat MEHENNI lui demandant de rectifier le tir en retirant ses accusations contre leur chef.

- 05/03 : Ferhat MEHENNI répond a l’ultimatum : » (…)cela fait six mois que je tiens le siège du boycott scolaire et que je résiste tant au pouvoir qu’à ses alliés conjoncturels de tout bord. Ces attaques visent à faire échouer le boycott scolaire qui n’a jamais cessé d’être la cible de tentatives de déstabilisation de l’intérieur aussi bien que de l’extérieur du pouvoir. Elles ont aussi pour but de voler en éclat toute idée d’unité d’action au sein du MCB pour que du même coup échoue toute tentative de construction du pôle démocratique que les algériens appellent de tous leurs vœux. (…) Je revendique Tamazight. Tamazight point !

On me dit qu’elle est indissociable du combat démocratique. Je n’ai jamais énoncé le contraire. Mais entre nous, ayons l’honnêteté de reconnaître que pour le combat démocratique, Tamazight a plus donné qu’elle n’en a reçu. Car pour nous , elle en est la source. Tamazight est aujourd’hui majeure. Elle n’a besoin d’aucune tutelle.

Elle refuse d’être l’éternelle otage des priorités qui sont de pures inventions des hommes politiquement intéressés. Donc en matière de rectification de tir je pense que ceux qui me le demandent se trompent de cible. Moi, je n’ai pas changé « .

- 06/03 : Exclusion de Ferhat MEHENNI de la tête du MCB-coodination nationale à cause de son refus catégorique d’instrumentaliser la cause Amazighe. L’objectif principal de ce honteux coup d’état, opéré au siège national du RCD à l’insu de la base militante du MCB, était de permettre à ceux qui font de Tamazight un fond de commerce, de sacrifier le boycott sur l’autel des élections présidentielles.

- 07/03 : Dans une déclaration ,Ferhat MEHENNI réagit en qualifiant sa mise à l’écart de « coup d’état honteux « .

 » (…) Le plus grave est que ce crime contre la démocratie est commis au siège du parti et sous la haute autorité des responsables politiques pour les besoins des pressions sur les quelques militants assommés par le poids des mensonges (…) C’est parce que j’ai refusé que le MCB devienne une organisation de masse au service d’intérêts qui n’ont rien à voir Tamazight que j’ai déclenché les foudres de guerre d’un allié du régime et je suis voué aux gémonies.(…) Ce qui m’est reproché n’est pas tant d’avoir eu le moindre écart à la ligne politique de la coordination nationale que j’ai fondé, que d’avoir révélé la trahison d’un homme qui n’a pas cessé de demander au pouvoir de ne pas céder au boycott scolaire, afin que Tamazight reste ce levier de mobilisation pour des objectifs qui ne sont toujours les nôtres (…) « .

- 09/03 : Conférence des cadres du MCB organisée par la coordination nationale à Tizi Ouzou pour évaluer le mouvement du boycott de l’école et débattre des perspectives.

- 13/03 : Sit-in des enseignants à l’intérieur de l’enceinte de la direction de l’éducation suite à l’appel lancé par le SATEF pour protester contre les stages de recyclage conçus comme moyens de pression sur les enseignants.

- 14/03 : Le MCB Paris est né. Dans un communiqué rédigé à l’issue de la réunion constitutive Ferhat MEHENNI considère que :  » cette décision est l’aboutissement d’un projet mûri de longue date pour pouvoir venir en aide au mouvement du boycott scolaire qui se poursuit en Algérie sous l’autorité du MCB toutes tendances confondues « . Ce nouveau MCB vient s’ajouter aux six autres déjà crées par cette même personnalité ( Ferhat ) Dans la Lorraine, le nord de la France, les bouches-du-Rhône, La Loire et le Sud Est en vue d’aller vers une confédération mondiale des associations Amazighes

- Du 07 au 20/03 : Dans certaines wilayas ,des assemblées générales de militants ont retiré leur confiance à leurs coordinateurs impliqués dans la déstabilisation du MCB. C’est le cas de Tizi Ouzou, Bouira, Alger où de nouveaux bureaux favorables à Ferhat MEHENNI sont installés.

- 22/03 :Une délégation du MCB conduite par Ferhat MEHENNI est reçue au siège de la présidence.

- 23/03 : Dans une conférence de presse, Ferhat MEHENNI propose aussi bien à la présidence qu’à l’ensemble des animateurs du boycott la création d’une institution suprême chargée de la mission Amazighe. Il déclare :  » Si tout le monde est d’accord, moi aussi à ce moment là je serai d’accord à ce que les élèves reprennent le chemin de l’école. «  La télévision Algérienne est au rendez-vous et censure toute les conditions énoncées par Ferhat pour l’arrêt du boycott.

- 25/03 : Les deux tendances du MCB dénoncent et condamnent la démarche de Ferhat MEHENNI.

- 26/03 : La CELA ( coordination des étudiants et lycéens Amazighs ) et le CEUTO ( Le comité des étudiants de l’université de Tizi Ouzou ) approuvent la démarche de Ferhat M’henni en estimant que la mise sur pied d’un conseil national à la langue Amazighe est une réponse salutaire pour débloquer la situation.

AVRIL 1995:

- 02/04 : Dans un entretient accordé au quotidien El Watan Ferhat MEHENNI déclare :  » d’abord, je n’ai pas fait d’appel à la reprise des cours. J’ai pris l’initiative d’une proposition pour faire aboutir le boycott scolaire par l’institutionnalisation de la langue Amazighe, faute de constitutionnalisation dont le pouvoir de transition se dit incompétent. Ma proposition a été faite devant toute la presse nationale et soumise aussi bien à nos populations qu’au pouvoir de mettre sur pied un conseil national à la langue Amazighe et à l’Amazighité. Si les parents d’élèves, les enseignants, les lycéens, les étudiants et les associations culturelles y sont favorables en même temps que le pouvoir, nous aurons alors écrit l’une des plus belles pages de notre histoire. A’ ce moment là et uniquement à ce moment là, moi aussi je serait favorable à la reprise des cours. Malheureusement, des officines occultes, liées aux Baâthistes au sein du pouvoir ont été tentées par la manipulation pour faire avorter le projet.

Pour elles , la suite avancée de la revendication est quelque part leur mort. En tout état de cause, l’honneur et la crédibilité ont été mis en cause par cette scandaleuse déformation de mes propos. Le plus grave est cette cohue de journaux qui ont fait chorus avec l’ENTV pour me prêter des propos qui n’ont jamais été les miens  » .

- 04/04 : Importante réunion à Tizi Ouzou regroupant Toutes les tendances du MCB ( la coordination nationale, les commissions nationales, le rassemblement national ), Le MCA-Aurès, une délégation du M’zab, la fédération des parents d’élèves, la FFC, la CELA, les syndicats ( SATEF,UGTA, UDT, SPS ) pour proposer une solution.

Une plate-forme de négociations est adoptée à l’unanimité. Cette plate-forme conclu :  » Toute négociation ne saurait se faire en dehors du cadre unitaire et transparent matérialisé par cette plate-forme. « 

- 08/04 : Réunion des tendances du MCB ( coordination N- commissions N ) à l’insu des autres acteurs du boycott. Première violation de la plate forme du 04 Avril.

- 09/04 : Les signataires de la plate-forme sont reçus à la présidence ( Le MCB-RN n’a pas pris part à ces négociations en raison des pressions partisanes qui ont exclu les autres acteurs du boycott scolaire en l’occurrence, le CEUTO, le CELA, Agraw Adelsan amazigh ). Le communiqué de la présidence est jugé comme une avancée considérable par la coordination nationale mais est rejeté dans sa totalité par les commissions nationales.

- 20/04 : Grève générale et marches en Kabylie. A Tizi Ouzou chaque tendance a organisé sa propre marche.

Les militants du MCB-RN, noyés dans les deux marches ont crié des slogans appelant à l’unification des rangs : «  Tamazight dans l’union « .

- 22/04 : Après plusieurs heures de négociations un accord est signé entre la présidence et les partenaires du MCB. Les commissions nationales et le SATEF se retirent en se démarquant des négociations ainsi que de l’accord.

Le MCB-coordination nationale appelle à la reprise des cours à partir du 29 Avril. Pour les commissions nationales le boycott continue.

Une déclaration de Ferhat MEHENNI intitulée :  » l’union pour une solution de raison « , souligne :  » La coordination nationale vient de s’approprier toute honte bue, notre proposition de conseil national à l’Amazighité et à la langue Amazighe, qu’elle dénonçait violemment il y a encore quelque jour (..) il apparaît clairement que Said Sadi, tuteur politique de cette tendance, fait le jeu du pouvoir en tentant de détourner au profit du régime le fruit d’énormes sacrifices communs « . La déclaration conclut par un appel à de véritables négociations.

- 27/04 : Dans un communiqué commun, deux partis politiques, le RCD et TAHADDI appellent la population à reprendre les cours.

MAI 1995:

- 02/05 : Interdiction du meeting des commissions nationales prévu au stade Oukil Ramdane de Tizi Ouzou. Le meeting se transforme alors en marche spontanée.

- 06/05 : La grève à laquelle avaient appelé les commissions nationales a échoué dans plusieurs localités et notamment dans la ville de Tizi Ouzou

Dimanche 28 : Signature du décret portant création du haut commissariat à l’Amazighité.

JUIN 1995:

- 07/06 : Installation officielle du HCA par le président Liamine Zeroual.

- 11/06 : Première réunion du HCA avec à sa tête Idir Ait Amrane comme président.

- 28/06 : Rencontre nationale des militants de la cause Amazighe organisée par le MCB-rassemblement national. Un comité a été mis sur pied afin d’élargir les contacts à toutes les sensibilités pour dépasser les clivages partisans en vue de tenir un congrès national Amazigh.

Arezki u Lbachir – Un bandit d’honneur

arezki1.jpgBandit d’honneur, il a défrayé la chronique à la fin du XIXe siècle, dans la région de Yakouren, du Tamgout et de l’Akfadou.

Les registres d’état-civil indiquent qu’Arezki Lbachir (1) est né « vers 1859 » à Bou-Hini. Lors de son arrestation à la fin de l’année 1893, il avait «peut-être quarante ans » (Violard, p. 146). Il est le fils de El Bachir ou Ali Naït Ali et de Tassadit Tadjibat ; il appartient à la tribu des Aït-Ghobri.En dehors des documents d’état-civil (2), les informations écrites les plus précises à son sujet sont rapportées par Emile Violard dans ses deux ouvrages (3) (1895 et 1895/1998) qu’il a sans doute écrits entre la fin 1893 et 1894, au moment du démantèlement du groupe d’Arezki Lbachir et de celui de Abdoun*. L’auteur, qui a enquêté sur le terrain et a rencontré Arezki dans sa prison de Tizi-Ouzou, a une position très critique vis-à-vis de l’administration coloniale. Son ouvrage Le banditisme en Kabylie (1895) est la source principale (4) de la présente notice.Arezki Lbachir a dû, de son vivant déjà, entrer dans la légende puisque Violard éprouve le besoin de préciser : « Je ne rapporterai, ici, que les anecdotes dont j’ai, sur les lieux mêmes, vérifié l’authenticité » (p. 123). Les longues pages que lui consacre Violard révèlent un personnage aux multiples facettes.

Une jeunesse difficile

La Kabylie fut conquise en 1857, mais l’autorité française y fut encore sérieusement ébranlée lors de l’insurrection de 1871. Cette période correspond à l’enfance et à l’adolescence d’Arezki Lbachir. La répression de l’insurrection de 1871 fut d’une extrême sévérité et ses conséquences n’épargnèrent aucune région de la Kabylie. La vie d’Arezki fut donc, à l’image de celle de l’écrasante majorité de ses compatriotes : « D’abord berger, puis cireur de bottes à Alger, garçon de bain maure, manœuvre, bûcheron, petit khamès à Azazga » (Violard, p. 117).

L’entrée au maquis

C’est à la suite de démêlés avec la police et la justice française qu’Arezki prit le maquis. Son cas était loin d’être isolé : la Kabylie a connu, à la fin du XIXe siècle, une vague de banditisme qui inquiéta sérieusement les autorités françaises, en particulier le gouverneur Jules Cambon. Sur la nature du délit qui incita Arezki à prendre le maquis, les sources divergent ; Jean Brune, qui ne cite pas ses sources, affirme qu’il s’agit d’un meurtre : « Arezki alla s’engager comme manœuvre chez un entrepreneur de Fort-National. C’était un bon ouvrier. Un jour, il se prit de querelle avec un employé de l’entreprise et le tua. Pour échapper aux gendarmes, il prit le maquis » (Brune, 1948).

Pour Violard, il s’agit d’un vol, commis en 1887, dans : « la villa Régina, occupée par un médecin, le Docteur Geutner, à Mustapha Supérieur. Surpris par les agents de police, il réussit néanmoins à s’échapper ; mais dénoncé par ses complices [...] Areski crut opportun de gagner la forêt. La Cour d’assises d’Alger le condamna, de ce chef, à vingt ans de travaux forcés par contumace » (p. 118).
Pourtant, lors de son procès, alors qu’il se savait condamné à mort, Arezki revendique tous les meurtres qu’il a commis et en explique les raisons, mais il rejette catégoriquement les accusations de vol (Cf Annexe).

Un brigand chevaleresque et facétieux maniant la parole et les armes

Aussi bien la presse de l’époque (La Dépêche algérienne du 3 février 1895) que Violard décrivent Arezki Lbachir comme un homme au physique ingrat: « Areski a bien le type bestial que les journaux illustrés ont reproduit : tête ronde, pommettes saillantes, lèvres épaisses, nez camard, barbe rude et grisonnante, regard faux et cruel, teint bistré. Il est vêtu d’une veste et d’un large pantalon bleu comme en portent les Turcos, une haute chéchia rouge est enfoncée sur la nuque. Il a peut-être quarante ans » (Violard, p. 146).D’origine très modeste — Jean Brune affirme même que ses origines sont « obscures » —, son premier atout fut la parole :
« Il n’acquit une certaine prépondérance sur ses coreligionnaires, dit Violard, que par son bagout extraordinaire, sa loquacité merveilleuse et ses réparties cocasses » (p. 117).
A la parole, s’ajoutèrent, après l’entrée au maquis, les armes. Il y a peut-être une certaine exagération dans la description, mais Violard affirme que :

« il était possesseur d’un fusil donné par l’ancien gouverneur Tirman à Saïd-ou-Ali, le fameux tueur de panthères [...] et il vantait à tout propos la précision de cette arme à laquelle il tenait plus qu’à sa femme, disait-il cyniquement [...] Indépendamment de son fusil, Areski était armé de deux révolvers, d’un poignard et d’un couteau empoisonné. Il portait une ceinture pouvant contenir cinquante cartouches qu’il faisait toujours lui-même car il n’accordait qu’une confiance relative à ses meilleurs compagnons. On affirme que certains habitants de la région lui fournissaient des quantités prodigieuses de munitions » (p. 119-120).

La parole et les armes, awal d wuzzal disait la tradition kabyle pour qualifier tout homme d’honneur. Car « le brigand n’est pas vulgaire », dit Violard (p. 125), « malgré ses nombreuses « fredaines », il eut néanmoins de fort beaux gestes et de grands mouvements de générosité » (p. 123).

Violard dresse un portrait assez précis du personnage ; plusieurs traits y sont soulignés, souvent avec humour. Il y a d’abord le rapport d’Arezki à la violence, son « maniement » de la violence, pourrait-on dire. Il faut préciser que cette violence était ciblée : elle ne touchait pas les Français mais l’administration coloniale à travers ses relais autochtones (présidents de douar, amins nommés par l’administration, caïds…).

« Areski n’allait jamais seul, il divisait sa bande en deux, la première moitié marchait à 300 mètres en avant de la seconde, le capitaine se tenait au centre avec ses lieutenants. Lorsqu’il y avait une vengeance à exercer, un président de douar ou un mouchard à envoyer au paradis de Mahomet, c’était toujours lui qui se chargeait de la besogne. Il opérait d’ailleurs en artiste, tuant loyalement, par devant, après avoir averti son monde, [...] souvent, il assista à l’enterrement de ses victimes » (Violard, p. 126).
La parole et les armes, certes, mais à condition de savoir s’en servir, disait le code de l’honneur. La loyauté était la condition première que posait ce code dans l’exercice de la violence : ne jamais abuser de la victoire que l’on pouvait avoir sur son adversaire (car il était supposé être un pair; dans le cas contraire, le cycle de violence, qu’elle soit physique ou symbolique, ne pouvait être engagé sous peine de déshonneur). Il était aussi impératif d’agir dans le face à face; tuer son adversaire par derrière était une infamie. Cette loyauté ne se cantonnait pas, pour Arezki, dans l’exercice de la violence. Violard rapporte plusieurs anecdotes (gestes de générosité, restitution par Arezki d’objets volés à leurs propriétaires, etc.).

Enfin, chez Arezki, loyauté allait souvent de pair avec courage :

« Un président de douar avait été tué ; sur dénonciation d’un cousin de la victime, l’autorité s’était emparée d’un Kabyle du douar et l’avait emprisonné. Areski, informé de l’arrestation, se rendit en plein marché de Tizi- Wuzu, chercha et rejoignit le dénonciateur; puis, devant plus d’un millier d’indigènes, il le traita de lâche, de vendu, de fils de chienne, et il ajouta : — Tu vas, dès aujourd’hui, te rendre chez l’Administrateur, tu lui diras que tu as menti, que je suis le seul auteur de ce meurtre que, si dans quarante-huit heures, l’innocent n’est pas relaxé, je tuerai l’Administrateur et le dénonciateur. Vingt-quatre heures après, le Kabyle était en liberté » (Violard, p. 125).

Arezki Lbachir ne cultivait pas seulement les qualités d’homme d’honneur : il était aussi facétieux. Violard évoque « ses réparties cocasses » et rapporte plusieurs anecdotes dont il affirme avoir vérifié la véracité. Les journalistes l’avaient taquiné, y compris durant son procès (La Dépêche algérienne du 03/02/1895) ; mais lui aussi savait taquiner l’administration coloniale avec une élégance remarquable :

« M. Robe, bâtonnier de l’Ordre des avocats, a conté, en pleine séance du Conseil général, qu’un juge de Tizi-Ouzou (5) reçut un matin, la visite d’un Kabyle propre, s’exprimant en termes corrects. L’indigène venait lui donner des renseignements sur la bande d’Arezki. Le magistrat prit des notes et remercia chaleureusement son visiteur.

Le soir-même, le chaouch du tribunal lui apportait une carte ainsi libellée :

Areski El Bachir — remercie Mr le Juge X … de lui avoir accordé audience et le prie de croire qu’il se souviendra, à l’occasion, de la courtoisie avec laquelle il a été reçu par lui » (Violard, p. 134).

Il faut préciser que ces échanges d’amabilités entre Arezki Lbachir et l’administration française n’avaient pas lieu seulement dans les bureaux de Tizi-Ouzou ou d’Alger mais aussi au maquis ; car, aussi paradoxal que cela puisse paraître, Arezki entretenait d’excellentes relations avec les agents locaux de cette administration.

Un bandit garant de la sécurité

medussaiduebdun.jpgLa position de l’administration vis-à-vis d’Arezki Lbachir n’était pas homogène : au niveau central, il était l’ennemi à abattre : ce fut le Conseil général d’Alger qui vota, lors de sa session d’octobre 1892, la mise à prix de la tête d’Arezki (125 000 francs ; Violard, p. 130) ; ce fut aussi Cambon qui prit la décision d’organiser — nous y reviendrons — l’expédition au cours de laquelle Arezki fut arrêté (Violard, p. 159) ; mais l’administration locale, nécessité oblige, lui était beaucoup moins hostile. Il comptera même, en son sein, de solides alliés.

Plusieurs faits rapportés par Violard rendent compte de la nature de ces relations. Il faut d’abord souligner que la clandestinité d’Arezki était toute relative car il lui arrivait de descendre à Tizi-Ouzou en plein marché, au vu et au su de tous, y compris des gendarmes qui avaient son signalement (Violard, p. 106). Par ailleurs, bien qu’ayant pris le maquis, il entretenait des relations, en bonne et due forme, avec les colons:

« Un colon avait loué sa concession à Areski, quand l’administrateur lui reprocha cet acte, le Monsieur répondit :

— Si je louais aux autres Kabyles, je serais mal payé, les colons ne me paieraient pas du tout, Areski, au contraire paie très largement et entretient admirablement mes terres » (Violard, p. 144-145). Il lui arriva aussi — les circonstances étaient sans doute exceptionnelles — de rencontrer l’administrateur en plein maquis. Ce fut lorsque sa tête fut mise à prix.« Il attendit Mr. Michaud, administrateur d’Azazga, qui revenait un matin de la chasse, et l’aborda sans autre préambule :

— Dépose ton fusil sous cet arbre, j’ai à te causer longuement, je suis Areski. Mr. Michaud, tout d’abord estomaqué, se remit bien vite et fit jouer les batteries de son arme.

— Ne t’amuse pas à cela, tu es père de famille et je ne veux pas qu’il t’arrive malheur. En même temps, il lui montra un gros buisson, distant d’une trentaine de mètres, d’où sortaient une demi-douzaine de canons de fusil. Il avait plu la nuit, la terre était mouillée ; le prévenant Areski se dévêtit de son burnous, l’étendit sur le gazon et, après avoir prié l’administrateur de s’asseoir, il prit place à son côté ; puis, longuement, il lui causa, lui donnant des détails sur sa vie, sur sa bande, s’engageant à laisser là son métier de brigand si le gouverneur voulait lui accorder l’aman.

— En somme, qu’avez-vous à me reprocher vous autres, Français? demanda-t-il? Ne suis- je pas au mieux avec les colons et ai-je jamais porté aucun tort ? Au contraire, je débarrasse le pays d’un tas de fripouilles indigènes, ce que vos gendarmes n’ont jamais pu faire. Pourquoi me traquer ainsi et mettre ma tête à prix? Je fais la police dans les douars, j’assure la sécurité dans la forêt et je protège les agents de l’administration qui ne me sont pas ouvertement hostiles » (Violard, p. 130). Ce fut sans doute ce rôle de police parallèle joué par Arezki qui faisait de lui un interlocuteur incontournable.

« Des détrousseurs kabyles arrêtaient fréquemment la voiture d’Azeffoun à Azazga et détroussaient les voyageurs. Comme personne ne se hasardait plus à tenter le voyage, l’entrepreneur du routage demanda une entrevue à Areski et, celui-ci moyennant une subvention mensuelle de 100 francs, promit d’assurer la sécurité de la voiture. En effet, depuis cette époque, les voyageurs n’ont jamais été inquiétés et le service postal s’est fait très régulièrement » (Violard, p. 131 à 132).

En dehors de ces liens rendus nécessaires puisque Arezki jouait ce rôle de police parallèle, on soulignera qu’il entretenait aussi de bonnes relations avec l’administration des forêts car, nous dit Violard :« Avant de devenir le brigand que nous connaissons, Areski avait été employé en qualité de chef de chantier par l’administration forestière d’Azazga. Depuis lors, cette administration entretient avec lui d’étroites relations » (p. 138).

Enfin, Arezki avait d’excellents rapports avec M. Faure, instituteur à Yakouren, qui avait comme élève le fils d’Arezki ; on peut même parler d’une solide amitié :

« Madame Faure [institutrice elle aussi] blanchissait le linge du Capitaine et de ses lieutenants; et, lorsque l’administration eut mis à prix la tête d’Arezki, elle remit des armes à Mr. Faure dans le but de l’arrêter. Mr. Faure s’empressa de les distribuer, avec les munitions aux amis d’Areski. Faure fut envoyé en disgrâce dans la région de Constantine. Plus tard, on l’arrêta [...] Il comparaîtra prochainement devant les assises d’Alger (6) ) » (Violard, p. 139-140).

Il s’agit là d’un cas de complicité avérée que l’administration pensait sans doute pouvoir utiliser pour arrêter Arezki. D’autres exemples le prouvent.

Un contre-pouvoir potentiel

Tous ces détails mettent en relief deux faits :

- Les rapports entre l’administration française et la Kabylie n’obéissaient pas à une division manichéenne; cette administration était traversée par des lignes de clivage.

- A la différence de la famille Abdoun*, dont l’opposition revêtait un caractère nettement plus radical, Arezki Lbachir a sans cesse défié l’autorité coloniale sans pour autant la remettre en cause. Partant de ce dernier constat, la sévérité avec laquelle l’administration poursuivit Arezki peut paraître disproportionnée; en effet pourquoi traquer de manière aussi implacable un bandit qui n’avait jamais inquiété l’administration française et qui dirigeait sa violence contre les siens ? Arezki s’était d’ailleurs lui-même posé cette question. En fait, cette sévérité n’était en rien disproportionnée : la vague de banditisme qui avait secoué la Kabylie en cette fin de siècle inquiétait les autorités coloniales en haut lieu (notamment les gouverneurs généraux Tirman, puis surtout Cambon) et, au niveau central, les ministres de la Justice et de l’Intérieur (7) ; elle les inquiétait en raison de sa dimension sociale et de ses implications politiques potentielles.

Ce qui inquiétait dans le personnage d’Arezki, ce n’étaient pas « ses fredaines » mais le soutien indéfectible que lui apportait la population :

« Les indigènes d’ailleurs l’encourageaient, lui créaient des alibis parce qu’il avait pris la douce habitude d’escoffier proprement amins, notables et complices de cette autorité qui les tyrannisait et les ruinait » (Violard, p. 121).

Maurice Colin confirme les mêmes faits :

« … Après cela, il ne faut pas s’étonner que pendant plus de trois ans, son autorité [i.e. celle d'Arezki] ait, dans presque tout le territoire des trois communes mixtes d’Azeffoun, du Haut Sebaou et de la Soummam, supplanté l’autorité de l’administration française. Il s’y était taillé un véritable royaume dans lequel plus de 160 000 Kabyles ne songeaient plus à discuter ses ordres ou ses caprices » (Colin, 1899 : 22).

Il s’agissait donc nettement d’un contrepouvoir, potentiel, car Arezki n’en mesurait pas ou n’en appréhendait pas la dimension politique. Enfin, un dernier fait inquiétait par-dessus tout l’autorité coloniale : il s’agissait de la très forte capacité de mobilisation attribuée à Arezki Lbachir :

« Si ce dernier avait été marabout, et si, à l’époque de la fusion les Abdoun l’avaient voulu, le Kébir du Sébaou [i.e. Arezki] eût pu grouper plus de 20 000 hommes prêts à combattre. Mais on disait à Areski — et les Abdoun affirmèrent sur le Coran — que le drapeau de la révolte ne pouvait être confié qu’à un marabout. Sans cet esprit de jalousie, l’insurrection éclatait, formidable, surprenant l’administration, qui n’était pas sur ses gardes » (Violard, p. 122-123).

Violard prend soin de préciser en note infrapaginale (p. 122, note 1) que :

« ce chiffre [de 20 000 hommes] a été constaté dans les rapports du sous-préfet de Tizi- Wuzu ».

Ces bandits d’honneur, par delà leur parcours individuel, jouaient en réalité un rôle de catalyseur. La mémoire collective les hisse d’ailleurs au rang de héros (8).

Les autorités françaises avaient donc parfaitement compris que la région, bien que brisée et broyée par l’insurrection de 1871, n’était pas « pacifiée » : l’implacable répression consécutive à 1871 n’avait pas réussi à la soumettre.

C’est la lecture politique qui a été faite de ce banditisme qui explique l’importance de l’expédition menée en Kabylie la fin de l’année 1893 ; cette expédition était destinée principalement à arrêter Arezki Lbachir et les Abdoun. « Prenez ces bandits vivants autant que possible, dit Cambon » (Violard, p. 159).

Une fin tragique

excutiondearezkilbachir1895.jpgL’expédition de novembre 1893 qui permit l’arrestation d’Arezki Lbachir (et d’Ahmed ou Essaïd ou Abdoun) n’était pas la première. En 1891, une première tentative pour arrêter Arezki Lbachir avait échoué :« la plupart des agents kabyles [mobilisés pour la circonstance] prêtèrent leur concours aux malfaiteurs » dit Violard (p. 106).

En 1892, pendant sa session d’octobre, le Conseil général vota la mise à prix (125 000 francs) de la tête d’Arezki. Enfin, entre octobre 1892 et novembre 1893 (à une date que Violard ne précise pas), l’administrateur d’Azazga, Michaud, tenta de l’empoisonner par l’intermédiaire du colon Reiber ; celui-ci ayant refusé de coopérer, l’administrateur fit appel à Tassadit, l’épouse d’Arezki (internée à Alger mais libérée pour la circonstance) ; l’opération échoua (p. 155-156).Une autre tentative dans laquelle devait être impliqué M. Crouzet, agent de la sûreté à Alger, fut également déjouée par Arezki (p. 157).

En 1893, la bande d’Arezki prenait des proportions inquiétantes, elle « grossissait chaque jour. Le Capitaine refusait du monde. Il fallait maintenant, pour être admis, se faire présenter par deux bandits bien en cours et payer 150 francs » (Violard, p. 147).La répression devait sans doute se préparer mais elle fut précipitée par une expédition punitive que mena la bande d’Arezki (avec d’autres bandes) contre le village de Tabarouzt, situé dans la commune mixte d’Azeffoun. Trois habitants de ce village auraient fourni des renseignements sur la bande d’Arezki et c’est dans ce village qu’eut lieu l’accrochage qui coûta la vie au fils de Abdoun. Le village fut alors attaqué de nuit en novembre 1893 et incendié.

« Cet acte de brigandage exaspéra au plus haut point la population kabyle qui descendit en masse de la montagne pour réclamer la punition des coupables. Le sous-préfet de Tizi-Wuzu se rendit aussitôt à Alger, exposa la situation grave au gouverneur et obtint d’organiser sous son entière responsabilité une nouvelle campagne » (Violard, p. 159).

Cette exaction fut une erreur fatale à Arezki et aux Abdoun, car elle leur aliéna le soutien de la population; celle-ci les a, en quelque sorte, livrés à l’administration. La décision de leur arrestation fut prise au plus haut niveau : ce fut le gouverneur Cambon qui donna à M. Lefébure, sous-préfet de Tizi-Wuzu, l’autorisation d’organiser l’expédition, car ce fut une véritable expédition :

« On mit sous ses ordres [de M. Lefébure] les administrateurs d’Azeffoun, du Haut Sebaou, Michelet et de la Soummam, leurs adjoints, les cavaliers et les goumiers des communes mixtes, les brigades de gendarmerie de la région, deux compagnies de zouaves et un demi-peloton de Spahis. De plus, on arma de fusils « Le Faucheux » des Kabyles chez lesquels Areski avait « travaillé » soit en volant, soit en assassinant soit en violant. Les marabouts ayant prétendu qu’Areski ne pouvait être tué avec du plomb, l’administration fit fabriquer des balles d’argent qu’elle remit aux tireurs les plus renommés, à ceux qui avaient à leur actif quelques cadavres de lions ou de panthères. Et ce fut en plein hiver, le 25 novembre 1893, par un froid rigoureux, au milieu des tourbillons de neige que l’on commença les opérations » (Violard, p. 161).

Les bandes, isolées des villages qui leur étaient solidaires, furent alors traquées. A la différence des Abdoun qui optèrent pour une résistance unifiée, Arezki proposa la dislocation des groupes ; cette erreur tactique lui fut fatale : il dut se rendre.

« Le Roi des forêts, dit Violard, qui tant de fois avait fait preuve de courage se rendit lâchement au Caïd Belkacem du village de Seddouk, près d’Akbou. Belkacem qui était l’ami d’Areski, hésitait à l’arrêter. Mais le bandit le pria avec tant d’insistance qu’à la fin, le Caïd s’exécuta. Belkacem, pour ce haut fait d’armes, a été promu officier de la légion d’honneur, il a reçu, en outre, une prime de 20 000 francs » (Violard, p. 164).

Le procès d’Arezki Lbachir eut lieu à la Cour d’assises d’Alger les 1er, 2 et 3 février 1895, l’accusé fut défendu par maître Langlois. Il fut condamné à mort par la Cour d’assises d’Alger le 4 février 1895 et exécuté avec cinq autres le 14 mai suivant (9).L’arrestation et la condamnation d’Arezki Lbachir et d’Ahmed ou Essaïd ou Abdoun ne mirent pas fin au banditisme en Kabylie puisque Violard précise dans la conclusion de son ouvrage (donc très probablement fin 1894) :

« En ce moment, sur les lieux mêmes où les Areski et les Abdoun ont travaillé, les bandes se réorganisent; les brigands, tout d’abord surpris par la furia apportée dans la répression, reprennent assurance et recrutent les conscrits. Le sous-préfet de Tizi-Ouzou, encouragé par un premier succès, réclame, ces jours derniers, une nouvelle expédition (10) » (p. 169). Cette forme de banditisme n’est pas née au XIXe siècle, elle est ancienne et constitutive de l’ensemble des sociétés méditerranéennes; pratiqué dans ce contexte nouveau créé au XIXe siècle par la domination française, ce banditisme a été, en Kabylie, l’ultime parade, le dernier baroud d’honneur livré par une société qui avait, momentanément, épuisé toutes ses cartouches.

D. ABROUS, in DBK in Hommes et Femmes de Kabylie

Note :

1. Son vrai nom devait sûrement être Arezqi-u-Lbacir; il a été dénommé « Areski Ben El Bachir » par Colin (1899, p. 21), Déjeux (1978, p. 45) et dans les documents des Archives nationales de Paris oh tout un dossier lui est consacré (BB18-1913.3001A92, Areski Ben El Bachir »).

2. Lenquête de terrain a été menée par Mohamed Mezari, étudiant de magister à l’Institut de langue et culture amazigh de l’Université de Bgayet.

3. Les ouvrages de Violard sont bien documentés car toutes les données qu’il livre, en particulier pour l’aspect judiciaire, sont confirmées par les dossiers des Archives nationales de Paris (voir dossiers BB18- 1913.3001.A92 et BB1968-920.A94 « Répression du brigandage en Kabylie »).

4. Les renvois de la présente notice référent donc, sauf indication contraire, à ce livre.

5. A propos de cette visite de courtoisie, Violard (1988: 28, note n° 1) rectifie : « Dans Le banditisme en Kabylie, je disais qu’Areski s’était présenté à un juge d’instruction de Tizi-Ouzou. C’était une erreur. Areski fut reçu par le Procureur général d’Alger, le mémorable Flandin, ami de Reinach. »

6. La comparution de ces complices européens est confirmée par les documents des Archives nationales de Paris, voir série BB18-1913.3001.A92, lettre n° 826 du 1EL avril 1895 adressée par le procureur général au ministre de la Justice : « Seize individus, dont plusieurs Européens, accusés de complicité pour recel ont été acquittés.

7. Voir l’importante correspondance échangée entre le procureur général d’Alger et les ministres de la Justice et de l’Intérieur à propos de « Areski Ben El Bachir et de sa bande qui désolaient la Kabylie », notamment les lettres : n° 3397 du 17 octobre 1892, n° 1971 du 4 novembre 1892, n° 728 du 6 juin 1894, n° 3001-A92 du 26 juin 1894, n° 826 du 1°’ avril 1895, n° 2266 du 14 août 1895.

8. Aujourd’hui, deux associations perpétuent le nom de Arezki ou Lbachir, l’une dans son village natal, Aït Bouhini, l’autre à Azazga, ville dans laquelle il a été exécuté. Cette dernière propose d’ailleurs que la place où fut guillotiné Arezki avec cinq de ses compagnons porte le nom de Arezki ou Lbachir.

9. Sur ce procès, voir Archives nationales de Paris, Dossier BB18 1968 – 920A94, lettre n° 826 du avril 1895 et lettre n° 2266 du 14 août 1895, adressées par le procureur général au ministre de la Justice; voir aussi Violard 1895/1998. Les actes de décès d’Arezki et de ses compagnons sont enregistrés à la mairie d’Azazga.

10. Ces faits sont confirmés par la lettre n° 2266 du 14 août 1895 (Archives nationales de Paris) : le procureur général informe le ministre de la Justice d’une nouvelle expédition destinée à « arrêter les derniers partisans des bandes de malfaiteurs qui opéraient sous la direction du nommé Areski Ben El Bachir, condamné à mort par la Cour d’Assises d’Alger le 4 février 1895 et exécuté avec cinq autres le 14 mai suivant ». Cette expédition, organisée le 27 juillet 1895 à Azazga, ne parvint pas à arrêter Mohamed ou El Hadj ou Abdoun.

Bibliographie :

- AGERON (Charles-Robert) : 1968 – Les Algériens musulmans et la France, t. I., PUF, Paris.« (Chapitre : La crise algérienne et la sécurité », p. 552 à 564).

- BRUNE (Jean) : 1948 – « Maquis Kabyle : Arezki El Bachir, le Fra-diavolo kabyle », Le Journal d’Alger, (quotidien) du 13 novembre.

- CAMBON (Jules) : 1918 – Le gouvernement général de l’Algérie, (1891-1897), Paris, Librairie Champ ion/Alger, Librairie Jourdan.

- COLIN (Maurice) : 1899 – Questions algériennes, Paris, Éditions Larose (Chapitre : « Banditisme et sécurité en Kabylie », p. 21 à 27).

- De/EUX (Jean) : 1978- « Un bandit d’honneur dans l’Aurès de 1917 à 1921 : Messaoud Ben Zelmat », Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, 26, p. 35 à 54.

- La Dépêche algérienne (quotidien) du 3 février 1895.

- DESMONTÈS (Victor) : 1923 – L’Algérie économique, t. II : « Les populations algériennes », Alger, Imprimerie algérienne.

- HUGOLIN : [1896]- Le banditisme en Algérie. Les causes de l’insécurité, moyens pratiques pour la faire disparaître, ce que l’on n’a pas encore dit, conseils aux colons. Mostaganem, Impr. E. Balland, 191 p.

- EACOSTE – DUJARDIN (Camille) : 1995 – « Du banditisme comme faire-valoir de la virilité socialisée en Kabyle ». Actes du Colloque de Bastia : « Banditisme et violence sociale dans les sociétés méditerranéennes » (Bastia, 27 au 29 mai 1993), Revue d’études corses, 21= année, n° 40-41, p. 59-75. — ROBIN (Colonel) : L’insurrection de la Grande Kabylie, Paris, Éditions Henri-Charles Lavanzelle, s.d. (en particulier le chapitre XIII).

- VIOLARD (Emile) : 1895 – Le banditisme en Kabylie, Paris, Éditions Albert-Savine.

- VIOLARD (Emile) : 1895/1998 – Areski, Abdoun Co;Beni-Flick, Beni-Haçaïn et colons, Imprimerie Baldachino/ Laronde-Viguier, Alger, 1895. Réédité en 1998 sous le titre : Areski, Abdoun er Cie, Hors-la-loi et bandits d’honneur en Kabylie à la fin du rwo siècle, par les Éditions Echo-Plus, Alger, 80 p.- TAGMOUNT (Azedine) : Arezki Oulbachir ou l’itinéraire d’un juste, Alger, ENAL, 1984, 182 p.

Archives :

Archives nationales de Paris :- Dossier BB18.1913 – 3001 – A92, « Areski Ben El Bachir »

- Dossier BB18.1968 – 920 – A94, « Répression du brigandage en Kabylie ».

Annexe :

Le second ouvrage Violard (1895/1998), presque entièrement consacré au procès, accorde une place importante à la comparution d’Arezki : « Areski comparaît seul sous un burnous d’éclatante blancheur, sur la tête une chéchia toute neuve. Le bandit a soigné la mise en scène. Il est accusé, pour son compte personnel, de quatre assassinats et de plusieurs vols individuels. Il parle assez correctement le français mais refuse de répondre dans cette langue. Aussi, le président des Assises, Me d’Andrée de Renouard, un magistrat d’une probité et d’une intelligence peu commune dans le monde des magistrats, désigne-t-il Me Kellerman, interprète très érudit, pour assister Areski et, plus tard, ses auxiliaires

Interrogatoire : Areski dit : « J’ai tué, je le reconnais et je revendique hautement la responsabilité des meurtres que la société française me reproche. Mais je repousse avec la dernière énergie l’accusation de vol qui pèse sur moi.

Je suis entre vos mains et entre les mains de Dieu, faites de moi ce qu’il vous plaira : d’avance, je m’incline devant votre verdict. Je dois cependant, à la veille de la mort, proclamer la vérité sans restriction et sans lâcheté. [...] Si j’ai pris la forêt, à qui la faute ?… A l’Administration; mon père était propriétaire de cent cinquante hectares de terre; il avait des oliviers, des figuiers; il pouvait faire des céréales. Petit à petit, il a été dépouillé par les Domaines, par les agents forestiers, par les amins alliés aux administrateurs des communes mixtes. A ces gens-là, il faut sans cesse donner de l’argent, des moutons, des chèvres, des volailles. Mon père et mon grand-père ont toujours refusé : j’ai suivi leur exemple. Alors commença contre notre famille une guerre sourde, acharnée de la part de ces prévaricateurs.

Avant de prendre la forêt, j’étais riche; je possédais des terres labourables ; j’avais des troupeaux. Depuis mon incarcération, on a assassiné mon père, on a séquestré ma femme, on a pris mes biens. Mon enfant n’a plus rien, c’est un paria. Voulez-vous en faire un bandit ? [...] . Non, je ne suis pas un voleur! J’ai tué ceux qui étaient payés par l’administration pour me livrer; ceux qui ont causé ma ruine. J’ai supprimé mes ennemis » » (Violard, 1998 : 16-18). Au-delà de la défense individuelle de son client, ce sera Me Langlois qui expliquera les raisons profondes de ce banditisme :

« Très sobrement, Me Langlois montre le banditisme enfanté par notre société moderne, par les fautes administratives accumulées depuis soixante ans [...]. « Areski, c’est le porte-parole de ce pays que nous n’avons pas su comprendre et que nous avons stupidement opprimé. Areski, c’est la Kabylie tout entière qui vient vous dire : Ce n’est pas en faisant couler des flots de sang sur l’échafaud d’Azazga que vous transformerez nos mœurs et nos coutumes. Vous n’avez pu nous amener progressivement à ce que vous appelez la ‘civilisation’, vous avez désagrégé la société kabyle sans rien mettre à la place de nos Kanouns détruits. » [...]

Maître Langlois conclut : « Areski n’est pas le malfaiteur présenté par l’avocat général, c’est le révolté kabyle et ses crimes qu’il revendique courageusement sont des crimes politiques » (Violard, 1998 : 30, 33).

« Hommes et Femmes de Kabylie Dictionnaire Biographique de la Kabylie »

Sources.

Lien fiche du film .

Rapport d’Hélène Flautre sur le Printemps noir 2001

Députée européenne, Hélène Flautre s’est rendu en Kabylie suite à l’insurrection du Printemps 2001 



Le rapport d’Hélène Flautre  Députée européenne – les Verts/Ale – Vice Présidente de la délégation Maghreb du Parlement européen Rédigé en collaboration avec Claude Taleb Juin 2001 Groupe des Verts-Ale au Parlement européen 

PREAMBULE

Partir en délégation officielle du Parlement Européen, c’est reconnaître une légitimité au dialogue interparlementaire. Cela ne pose aucun problème de principe, seulement de situation. Pour le moment, c’est elle qui prime. Plutôt inconfortable quand vos interlocuteurs sont une représentation notoirement déformée par la fraude électorale, quand la question de l’autonomie parlementaire, par rapport à l’exécutif, déclenche le sourire entendu de tout Algérien, quand le pouvoir paraît jouir d’un discrédit avéré. Votre position de parlementaire délégué au Maghreb en visite officielle à Alger devient alors délicate ! Je ne veux pas me satisfaire du rôle de « voyeur » qui rapporte après coup. A qui ? à l’opinion publique internationale ? Encore moins me contenter du « confort » du protocole. En fait, c’est le désir d’entrevoir un bout de vérité, au détour d’un discours convenu, provoqué par une question jugée agaçante. L’envie de débusquer derrière le titulaire du pouvoir officiel, le doute qu’il s’applique à nier. La conviction que votre interlocuteur, fusse-t-il tortionnaire, qu’il vous révulse ou pas, est un être humain… de la même humanité que vous. C’est cela qui dissipe l’inconfort de ma position qui, à priori, est utilisée par le pouvoir en place pour dorer son blason. En fait, très vite, l’évidence vous tient : il faut tenter de comprendre. Et pour cela, entendre beaucoup d’histoires, des histoires de vies, des histoires à ne pas dormir… La mère qui pleure son fils mort, ou peut-être mort et le général qui commandait les forces de sécurité. Le journaliste qui cherche la vérité et le Ministre de la justice qui se félicite de la concorde civile. La famille d’un jeune tué à Béjaïa et le président de la commission d’enquête qui parle de légitime défense, … Ni voyeur, ni donneur de leçons, vous êtes directement interpellés : le chaos algérien est aussi le nôtre. Fonder un avenir commun après être morts les uns contre les autres, lutter démocratiquement contre la violence armée, penser son identité en pleine relation au monde, vivre ensemble dans la diversité des langues, des cultures et des histoires entremêlées, répondre au discrédit total du politique, à la mainmise de 20% de la population sur 80 % des richesses… 

Défis du présent algérien… Possibles demains du monde. Les familles de disparus sont la manifestation la plus violente de la schizophrénie du pouvoir : comment être juge et assassin ? Supposer comme le général Nezzar que la majorité des disparus sont, étaient des militants islamistes, que le pays était en guerre civile et que l’éradication de l’islamisme armé est une cause supérieure de l’Etat, c’est finalement, répondre et invalider toute demande de justice. Le besoin des familles de connaître la vérité n’est pas soluble dans la raison d’Etat. Les grandes enquêtes, jamais individualisées dans leurs conclusions, sont un masque sur une question à laquelle l’Etat ne veut pas répondre : qu’a fait l’armée de l’Etat au nom de la raison d’Etat ? Pour lever le voile, toutes les familles de disparuss que j’ai rencontrées, demandent la venue du rapporteur spécial de l’ONU sur les disparitions forcées. Y a-t-il une raison de nos Etats qui pourrait nous interdire de soutenir cette demande ? Après la guerre civile, la réconciliation… « La concorde civile », dit le Général Nezzar, « est la couverture politique tardive d’un accord de 1997 entre l’armée et l’Armée Islamique du Salut ». Le Ministre de la Justice mesure au nombre des 6 000 islamistes descendus du maquis sa pleine réussite. Une députée raconte la tragédie de cette grand-mère tenant dans les mains ses deux petits-enfants, leurs pères sont morts, l’un tué par l’armée, l’autre par les islamistes. Elle dit : quand ils auront vingt ans sauront-ils ne pas s’entretuer ? D’autres reconnaissent dans leur voisinage l’assassin de leurs enfants, dénoncent l’arrogance des repentis, crient à l’impunité :  » C’est un accord d’impunité réciproque sur le dos du peuple, de la justice et de la vérité ! ». Le Ministre de la Justice dit que plus de 400 maquisards et 300 militaires sont poursuivis actuellement par la justice… on attend les procès. « Si nous avions promis des procès, croyez-vous qu’ils seraient descendus des maquis ? » interroge le général Nezzar. La concorde civile sème la discorde. Comprendre, faire justice, permettre aux douleurs individuelles de se raconter publiquement, de faire l’histoire, tragique mais commune. C’est peut-être le chemin de la réconciliation. Aux otages de la guerre civile, que la logique des camps armés a étouffés, d’ouvrir la voie… Ingérence de les soutenir ? Les exigences citoyennes sont réelles, les balles aussi A Tizi-Ouzou, à l’écoute des témoignages des parents, des frères des jeunes tués, des blessés, vous comprenez vite, malgré l’émotion, que les  » événements  » dits de Kabylie sont le précipité d’un état prolongé de domination par la force, d’un pouvoir spoliateur sur une population pauvre et digne, en quête d’avenir.  Vous êtes épatés par leur incroyable sang-froid, maturité citoyenne, et détermination et vous prenez l’engagement de les aider à débroussailler des chemins de liberté. Repassent dans votre tête les propos du Ministre de la justice, tardivement compatissants et globalement insipides, les déclarations vainement volontaristes des présidents de commissions d’enquête, les phrases trop générales sur la situation économique et sociale des leaders politiques. Vous vous dites : La société algérienne est très loin devant, saurons-nous être à sa hauteur ? Arras, 10 juin 2001. 



SOMMAIRE : Page 4. le contexte de la visite Page 5. une société qui étouffe, un régime à bout de souffle page 6 1. La sale guerre 1.1 Sale guerre : la version officielle page 7 1.2  » Dépassements  » et massacres page 9 1.3 Arrestations illégales et disparitions forcées page 12 2. L’insécurité page 12 2.1 Les islamistes armés aujourd’hui page 12 2.2 Cinq cent mille hommes armés « contre le terrorisme » page 13 2.3 La concorde civile, échec de Bouteflika ? page 15 3. Les enjeux d’un partenariat euro-méditerranéen page 15 3.1 Un pays riche peuplé de pauvres page 16 3.2 Un environnement saccagé page 17 3.3 Des libertés publiques mises entre parenthèses page 19 3.4 L’accord d’association Europe-Algérie  page 21 l’insurrection démocratique page 22 octobre 88-printemps 2001 page 22 22 mai 2001, TIZI OUZOU page 23 1. Victimes de la  » hogra  » page 26 2.  » Vive la gendarmerie, à bas tamazight  » page 27 3.  » Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir  » page 28 4. Promesses de Démocratie page 29. 5. Notre responsabilité, en Europe page 31 les Annexes 

 



 

Un contexte particulier Cette visite, « ordinaire » prévue de longue date dans le cadre du dialogue inter-parlementaire Algérie-Union européenne, s’est déroulée dans un contexte « extraordinaire » : en plein renouvellement des termes mêmes du débat national et international sur « les sales guerres » qui ont endeuillé l’Algérie tout au long de la seconde moitié du siècle. En plein développement de la contestation et de la révolte commencée en Kabylie : l’histoire récente de l’Algérie en débat Pour la première fois à cette échelle, en France notamment, un large débat public met en évidence, depuis plusieurs mois, les méthodes criminelles employées par l’armée française, entre 1954 et 1962, pour contenir la lutte de libération nationale algérienne. Les témoignages de victimes mettent directement et personnellement en cause plusieurs haut responsables militaires français. Concernant l’Algérie, c’est surtout son histoire récente qui fait l’objet d’interrogations ; le Président Bouteflika a lui même estimé, dans une déclaration publique, à plus de 100 000, le nombre de victimes de la guerre civile commencée en 1992. Plusieurs livres et témoignages de protagonistes de cette sale guerre, de victimes et de témoins, accusent gravement les méthodes employées par les forces de sécurité contre des civils suspectés de complicité ou de complaisance envers les islamistes. Une plainte portée contre l’une des principales figures des généraux « décideurs » algériens a failli aboutir à son arrestation à Paris, quelques jours avant la visite, sous des inculpations de crime universel. la révolte des jeunes A la suite de la mort, consécutive à ses blessures par balles, dans les locaux de la gendarmerie de Béni Douala, le 18 avril, d’un jeune lycéen, Massinissah Guermah, la révolte de la jeunesse s’est généralisée à toute la population de Petite et Grande Kabylie. Alors que la délégation était à Alger, Le 21 mai, 500 000 personnes manifestaient à Tizi Ouzou contre la violence et les meurtres commis par les forces de sécurité, contre le mépris et l’injustice généralisés, pour demander la justice sociale, la démocratie, la reconnaissance des identités culturelles. Ces événements dits « de Kabylie », si distants et si proches, ont alimenté, sous tendu, toutes les conversations officielles et informelles, tout au long du programme de visite. A l’évidence, cette mobilisation populaire avait un impact et une résonance qui allaient alors déjà, bien au delà des limites géographiques de cette région ; c’est l’avenir de toute l’Algérie qui était -qui est- en suspens. Plusieurs « grandes questions » émergeaient de la préparation à la visite : Où en est l’Etat de droit mis « entre parenthèses » depuis le décret de l’état d’urgence le 9 février 1992 (réforme de le magistrature, lois sur la communication, suspension des libertés publiques, loi sur le terrorisme) ? Quels sont les résultats de la concorde civile ? de la création des milices d’autodéfense (GLD) ? Quelle est la réponse apportée aux dossiers des arrestations illégales et des disparitions forcées ? Quelles conclusions sont tirées de la révolte des jeunes ? Ou en est la situation économique et sociale ? Quelles perspectives faut il en déduire pour les relations euro-algériennes ? Tel fut le fil conducteur des questions posées, dans le cadre du dialogue interparlementaire, des rencontres avec la société civile, et, avec les autorités algériennes. 

 



 

L’INSURRECTION DEMOCRATIQUE A Dahman et Yayiah, sans oublier notre chauffeur Octobre 1988 – printemps 2001 Plusieurs parlementaires rencontrés, des journalistes, des témoins, le général Nezzar…se rejoignent, paradoxalement, pour comparer ces deux « insurrections » motivées par une « protestation générale contre la misère, le manque d’emplois, de logements, de perspectives, la hogra, le rejet des autorités… » Le massacre de 500 manifestants mitraillés par l’armée, à Alger, en octobre 88, avait été suivi de mesures politiques d’ouverture, de l’instauration du pluralisme, du droit d’association. Il avait également eu pour conséquence la montée du FIS. L’interruption du processus électoral et l’instauration de l’état d’urgence, en février 92, alors que le FIS, avec 28 % des voix, était sur le point d’obtenir la majorité absolue des sièges à l’Assemblée Populaire Nationale, a été suivie du développement de l’islamisme armé, de longues années de tragédie, d’une violence extrême qui a coûté la vie à (100 000 selon le président Boutéflika , 200 000 selon le FFS) algériens et algériennes. A ces chiffres effrayants, il faut ajouter toutes celles et ceux, plus nombreux et nombreuses encore qui portent les stigmates des blessures physiques et morales qui ont affecté de larges secteurs de la population, bien au delà des protagonistes directs du conflit armé. La décroissance des conflits armés et de la pression qu’ils exercent sur la population semblent bien rendre possible la reprise de la contestation et de la protestation d’aujourd’hui. 

22 mai 2001, à Tizi Ouzou Comment repartir d’Algérie sans essayer, sans écouter, les acteurs de ces manifestations quotidiennes ? Comment ne pas avoir envie de transgresser le protocole de la visite officielle pour aller à la rencontre de ces manifestants,  » vus à la télé  » derrière ces calicots tragiques sur lesquels ils écrivent  » vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts «  ? Il s’agit moins de rapporter que de comprendre. La triple revendication, de justice sociale, de démocratie et de reconnaissance de l’identité culturelle et l’opposition au  » pouvoir assassin  » n’annoncent elles pas l’émergence d’une troisième voie, d’une Algérie plurielle qui ne demande qu’à s’épanouir en rejetant les deux termes de l’alternative violence islamiste/violence d’état ? Qu’attendent ils de l’Europe, de ses citoyens, de ses institutions ? Le refus, exprimé tardivement, par le protocole de l’APN, d’organiser cette visite, l’a sans doute finalement facilitée : aucun protocole officiel n’aurait su organiser un programme d’une telle intensité : aller-retour en voiture Alger-Tizi, accueil par les responsables de la Maison des droits de l’homme et du citoyen, rencontre avec les victimes et leurs proches, avec la coordination des étudiants, avec la ligue algérienne de défense des droits de l’homme (laddh), de la willaya de Tizi, avec les élus (Sénat et commune de Tizi), avec la coordination des aouch (comités de villages). § 1 Victimes de la  » hogra «  La première étape fut la plus bouleversante et la plus éprouvante de tout le voyage : à la Maison des droits de l’Homme et du citoyen, lieu défini par nos hôtes comme « un espace dédié au développement des droits de l’homme, créé par le bénévolat, dans une cité populaire « , ou attendaient plusieurs dizaines de personnes. Le témoignage de victimes et de parents de victimes des violences des forces de sécurité, pendant plus de 3 heures, fut un grand choc émotionnel et …un réquisitoire implacable contre la férocité et le caractère délibéré des crimes et des exactions commises au nom de l’Etat. 

 

Bélaïd Bouzerma, 31 ans, de Larba Nath Irathène Blessé par balles tirées à la mitrailleuse depuis la terrasse de la gendarmerie, le 28 avril, à Larbaa Nath Irathène (LNI), amputé d’un jambe. Il dit :  » il n’y a pas de boulot, que du chômage, aucun espoir pour notre génération… C’est après la mort de Massinissah que nous avons manifesté…Pourquoi cette hogra ? on est jeunes, démocrates, je n’ai jamais manqué de respect pour les autorités…j’ai été deux fois militaire et me suis mis à la disposition de cet Etat qui n’est pas à la hauteur…nous sommes des hommes libres -imazighen- nous n’acceptons pas cette hogra… «  § M Guermah, père de Massinissah Guermah, 20 ans, de Béni Douala  » Depuis quelque temps les gendarmes multipliaient les provocations, ils avaient été dénoncés le 16 avril par le comité de village. Le 18, mon fils, interrompant ses révsions du bac pour prendre l’air a été interpellé par 2 gendarmes sur le trottoir au pied de notre logement. Frappé durant son transport, il est entré titubant au poste. 5 minutes plus tard, des témoins qui se trouvaient dans le gendarmerie ont entendu 2 rafales. Il a été transporté à l’hôpital de Tizi puis à celui d’Alger où ils est décédé deux jours plus tard, le 20 avril. Mon fils était une force de la nature, qui a résisté deux jours, avec 6/7 de tension, après avoir perdu beaucoup de sang, les 2 jambes déchiquetées par des balles explosives tirées à bout portant, j’ai vu de mes propres yeux ses blessures… C’était un ange, il ne supportait pas l’injustice…10000 personnes ont assisté à son inhumation…je n’ai pas assisté à la mise en terre car je suis resté à l’entrée du cimetière pour supplier les jeunes de renoncer à toute violence…j’ai perdu un ange, je ne veux pas en perdre d’autres…Les instances ont embrasé les chose avec les communiqués du commandant de gendarmerie insultant moi fils accusé d’être un voleur et un agresseur et avec celui du Ministre de l’Intérieur, Zerhouni, parlant d’un délinquant âgé de 26 ans… J’ai peut être été formé à l’école des ânes mais je suis plus intelligent qu’eux : je ne veux pas de violence ! … je ne témoignerai pas devant leurs instances (les commissions d’enquête présidentielle et parlementaire)…je tiens à rendre hommage aux avocats et au personnel hospitalier de la région qui font tout pour aider la population… «  § Hamza Bellahouès. 31 ans, Mekla Blessé de 2 balles dans le dos.  » on ne peut faire du bien qu’avec du bien, pas avec du mal… « . Il parle d’une vie  » inutile, de mort anticipée… nous sommes déjà morts… «  § M Saïd Mokrab, père d’Oulbane Mokrab, dit Azzedine, 25 ans, Larbaa Nath Irathène, tué le 28 avril Les gendarmes ont tiré sur mon fils alors qu’il se trouvait à plus de 150 mètres de la gendarmerie ; il a reçu une balle qui lui a traversé le cou. Il était a- politique, il a été tabassé le jeudi (26), assassiné le samedi. Ici, ce n’est pas le problème d’une région, c’est le problème d’une Nation. C’est une lutte pacifique de jeunes contre la mal vie, pour l’identité… Nous voulons le jugement des criminels, je veux entendre prononcer le nom de l’assassin de mon fils… Il voulait vivre, les enfants avaient des pierres, les gendarmes, postés sur les terrasses des gendarmeries, tiraient partout. Ils agissaient sur ordre. Ils avaient une stratégie, tirant derrière les manifestants pour qu’ils se rapprochent de la gendarmerie. Il faut que l’Union européenne fasse pression sur l’armée pour qu’elle livre les responsables des tueries car ici, la justice n’a aucun pouvoir sur l’armée… « . A ses cotés, d’autres témoins, membres de l’association des parents de victimes de LNI, dont l’un, faisant état de  » 24 mois de services dans la Mitidja « , ont vu, le 28 avril, à 15h30, Areski Hammache et Mouloud Belkalem, être  » achevés au P.A par le Chef de la brigade de gendarmerie de Larba N.I. « . 

Belkacem Bouguera, frère de Rachid Bouguera, 25 ans, de Boghni,  » Le 27 avril, mon frère, volontaire au Croissant Rouge algérien, a été abattu d’une balle dans le cou alors qu’il se rendait au siège du CRA. Les témoins ont vu que c’était un policier, membre de la Brigade Mobile de Police Judiciaire (BMPJ) qui l’avait tué. Les témoins ont subi des pressions de la police leur demandant d’accuser la gendarmerie. » Samir Allalou, 23 ans, de Borj Menaïel, Blessé par balles le 29 avril, à Boumerdès, avec 6 ou 7 autres personnes alors qu’ils se trouvaient à plus de 500 mètres du commissariat et de la gendarmerie. Etait hospitalisé depuis 23 jours souffrant de graves blessures à l’abdomen. M Béchar, père de Ali Béchar, 21 ans, Son fils a été blessé par une balle tirée, à Naciria, par un policier, non menacé, distant de 30 mètres au moment du tir, a plus de 500 mètres du commissariat. Khellil Raab, frère de Slimane Raab, 23 ans, de Bouzeguene Sorti de son domicile le 28 avril, une heure après le début des manifestations, son frère a reçu une balle dans le cou alors que des manifestants fuyaient dans tous les sens. Est décédé le 14 mai. Le frère de Kemal Irchène, 27 ans, d’Azaga, Dit que son frère a été abattu par des gendarmes tirant du toit de la gendarmerie alors qu’il portait secours à un blessé. Avant de mourir, il a écrit le mot  » Liberté  » avec son sang sur le mur du café en face de la banque. Depuis, les habitants avaient érigé une petite stèle à cet emplacement, déposaient des fleurs, allumaient, chaque soir, des bougies. A ce moment, les gendarmes à plusieurs reprises, on lancé des pierres. La veille, 21 mai, ils avaient tiré des grenades lacrymogènes sur les personnes se recueillant. On apprendrait le lendemain, que, pendant cet entretien, ils se livraient à une véritable profanation en brisant le portait de Kemal Irchène. Le juge d’Azazga a demandé au père de la victime  » d’apporter la preuve que son fils a bien été tué par les gendarmes « . Salah Ouidir, 22 ans, de Aïn El Hammam Blessé par balle, dans la jambe, le 28 avril, à Ain El Hammam. Dit qu’alors que des écoliers effectuaient une marche pacifique en criant  » pouvoir assassin « , les gendarmes ont commencé par proférer des grossièretés.  » Ils sont revenus 20 minutes plus tard avec des kalachnikovs, nous ont poursuivi en tirant jusqu’en lsière de forêt. « . Un de ses amis venu lui porter secours a été tué. M Aït Abba, époux de Nadia Aït Abba, 33 ans, institutrice, de Aïn El Hammam. Habitant à AEH devant la gendarmerie, dit qu’il  » a assisté à la guerre …le 26 avril, j’avais vu les gendarmes sur leur toit, filmant, photographiant… le 28 avril, son épouse, enseignante en arabe,  » qui avait peut être été vue donnant du vinaigre aux enfants suffocant dans les lacrymogènes « , a été abattue de plusieurs balles -dont une balle explosive qui lui a provoqué une lésion de 8 cm- (cf annexe) alors qu’elle se trouvait derrière la fenêtre, chez sa voisine, au 5 ème étage. Son beau frère témoigne :  » ils tiraient dans tous les sens…ils ont continué à nous tirer dessus alors que nous tentions de l’emmener sur un brancard… « . C’est ainsi qu’ils ont tué Omar Naït Amara, venu à son secours. Brahim Bouktoube, 17 ans, de Mekla Atteint d’une balle dans le dos, le 28 avril, à Mekla, alors qu’il allait chercher son petit frère à l’école.  » Aurait été achevé s’il n’avait été évacué par des témoins… « . 

le père de Kamal Rahim, 26 ans, de Boghni Décédé des suites des blessures consécutives à 3 coups de couteau. Son père ne dispose d’aucun témoignage confirmant qu’il a été frappé par les gendarmes. Mohamed Hassani, 26 ans, de Matkas Le 28 avril, à 15h30 ; ne participant pas à la manifestation, rencontrant des  » forces spéciales  » de gendarmerie sur le trajet entre la boutique où il travaille et son domicile. Ceux-ci lui intiment l’ordre de se déshabiller, en pleine rue, puis le forcent à le faire en déchirant ses vêtements à l’aide de leurs baïonnettes. Humilié en public, , contraint de boire l’eau des égouts, battu et ne devant son salut qu’à la fuite, après voir essuyé des coups de feu. Soutenu par le président de l’APC (maire) de son village, qui raconte une tentative d’interposition menée avec son collègue de Mekla pour faire remplacer, avec l’accord des jeunes, les gendarmes par des policiers. Démarche menée sans résultat auprès du Wali (Prefet). Le commandant de gendarmerie refusant quant à lui toute négociation et repoussant, avec brutalité, la médiation de l’élu. Dans un bilan établi en date du 21 mai, figurant en annexe de ce rapport, la Laddh dénombrait, 49 morts dans les willayas de T. Ouzou, Béjaïa, Bouira, Sétif et Boumerdès, 563 blessés, dont 221 par balles, 18 cas de sévices et tortures (Willaya de Tizi Ouzou), plus de 490 blessés (Willaya de Béjaïa). 2  » Vive la gendarmerie, à bas Tamazight «  Nous avons pu voir ce slogan inscrit au stylo feutre sur la blouse de Nadia Ait Abba, tuée par les balles de la gendarmerie le 28 avril. Le soir de l’assassinat, les habitants d’Aïn El Hammam accusent les gendarmes d’avoir saccagé l’école et ainsi manifesté leur haine. Contrairement aux hypothèses ou aux allégations entendues lors des rencontres avec des parlementaires et des membres du gouvernement, il suffit d’aller passer une après midi à Tizi Ouzou, ou sans doute à Béjaïa, et dans d’autres willayas, pour n’avoir aucun doute : comme les nombreuses blessures pas balles dans le dos l’attestent, les gendarmes n’ont, en aucune façon, agi, en état de légitime défense ; les moyens utilisés, armes de guerre, balles explosives, ne sont absolument pas proportionnées à la  » menace  » que peuvent représenter les manifestations pacifiques, le plus souvent d’écoliers et lycéens, du mois d’avril. Dans plusieurs villages, les tirs ont été opérés depuis les terrasses des casernements. Des victimes ont été poursuivies, achevées. Il convient d’observer que des policiers ont également participé à la répression et commis plusieurs assassinats. Ils sont accusés d’avoir cherché à faire disparaître des preuves en allant rechercher, dans les hôpitaux, les balles extraites des corps. 

De nombreuses victimes ont reçu des convocations de juges les sommant de prouver qu’ils étaient victimes de la gendarmerie. Aux demandes de rapports d’autopsie, il n’avait jusqu’alors été répondu que par la fourniture de certificats attestant que des autopsies avaient été éffectuées… Réponse à la  » hogra  » si fortement manifestée par les forces de répression, de nombreux habitants, des victimes, des témoins, la population, fin mai, boycottaient les gendarmes, ceux-ci étant contraints, suite au refus de les servir des commerçants, de s’approvisionner à l’extérieur de la région. Beaucoup demandaient  » le départ de la gendarmerie, qui en Kabylie, selon M.Aït Amara,  » représente la hogra  » « . Des représentants des comités de village n’hésitaient pas à affirmer que ce corps d’état joue un rôle essentiel dans la délinquance :  » allez en boîte de nuit, vous n’y verrez que des gendarmes, à la tête des réseaux de trafic de drogue, de prostitution etc… « . Si l’exigence de vérité, de justice, de punition des coupables, est, bien légitimement, générale, plusieurs familles de victimes expriment fortement leur conviction que ces actes sont commis parce qu’ils sont assurés de l’impunité. Sentiment résumé dans une expression :  » nous voulons la punition des coupables et au delà, savoir qui est coupable de n’avoir pas donné l’ordre d’arrêter de tirer ! « . § 3  » Un pouvoir qui tue ses enfants n’a pas d’avenir «  Cette sentence prononcée par un parlementaire local du FFS, dit toute la difficulté de la solution pacifique et démocratique de cette crise. Comment obtenir de ce pouvoir, sinon une proposition d’avenir convaincante et crédible, au moins qu’il reconnaisse la gravité de la situation et qu’il donne, toutes affaires cessantes, les ordres nécessaires à l’arrêt des crimes commis contre une population pacifique ? Comme le disait Belaïd, blessé par balles,  » cet Etat n’est pas à la hauteur « . Les médecins et les soignants de l’hôpital de Tizi Ouzou ont ainsi refusé de voir et parler au Ministre de l’Intérieur, M.Zerhouni, venu en visite impromptue à minuit, après avoir injurié la mémoire de Massinissah. A la date ou la laddh diffusait cet état de la situation, le Préfet (Wali) évoquait  » une quarantaine de victimes  » sans fournir de liste ni de précisions sur les circonstances, l’origine des blessures. 

A l’assemblée Nationale Populaire, dans les Ministères, les membres de la délégation ont pu entendre de façon unanime, les élus et Ministres rencontrés, pourfendre la dernière résolution du Parlement européen, votée quelques jours avant la visite sur la proposition de Députés qui souhaitaient surtout faire part de sa condamnation des massacres, au motif qu’elle contenait un passage certes inapproprié, singularisant les droits du  » peuple berbère de Kabylie « . Diversion bien opportune pour qui ne souhaitait pas se prononcer plus clairement sur les évènements en cours ! Tous ces interlocuteurs ont dénoncé ce qu’ils appellent des  » dépassements « . La main sur le cœur, ils ont appelé de leurs vœux enquêtes et punitions. Il s’est trouvé un responsable de groupe parlementaire, celui du groupe EnHada, islamiste membre du gouvernement, pour demander  » qu’on sanctionne les participants aux émeutes «  ! Le Ministre de la justice, tout en se disant « prêt à engager et à accompagner les poursuites « …évoquait la mise sous mandat de dépôt d’un seul gendarme,…  » celui dont l’arme est tombée… « . Le Président de la République et l’Assemblée Nationale Populaire ont diligenté deux commissions d’enquêtes. On a promis aux parlementaires européens qu’ils seraient parmi les premiers destinataires de ces rapports. Le président de la commission d’enquête parlementaire a assuré que toutes les pièces lui seraient communiquées,  » même les rapports d’autopsie « , quelques heures avant que le Ministre de la Justice n’affirme que les commissions pourraient accéder à tous les documents,  » sauf, bien sur, les rapports d’autopsie… « . M.Issad, Président de la commission d’enquête nommée par Abdelaziz Bouteflika, ne prétend pas, lui, faire le travail de la justice, mais plutôt savoir,  » si un chef d’orchestre se cache derrière ces évènements. «  Les victimes ne veulent rencontrer, ni l’une, ni l’autre, de ces commissions. Les étudiants de Tizi Ouzou, comme les représentants de la Laddh, mettent en cause la volonté de provoquer des troubles, une stratégie concertée, relevant qu’on a ouvert le feu, le même jour dans des localités distantes de plus de 200 kilomètres. De nombreux témoins affirment que les gendarmes avaient multiplié les provocations envers les habitants, les commerçants, dans les semaines précédant les premières manifestations. 

Un Sénateur (FFS) de Tizi, nomme l’enjeu de ces provocations :  » l’hégémonie par le désordre « . Il s’agirait de discréditer tel ou tel haut placé au pouvoir tout en autorisant la reprise en main d’une région qu’on tente d’isoler du reste de la population. Dans cette situation, seul l’affichage d’une volonté politique nouvelle de faire toute la lumière et d’assumer une transition légitimée par le retour de l’état de droit et des élections libres, semblent susceptibles de satisfaire la demande de dignité et de démocratie. Ce régime en est-il capable ? § 4  » promesses  » de Démocratie La société civile semble, en Algérie, dix pas en avance sur le système politique officiel. Il faut d’abord rendre hommage aux familles de victimes qui, sans aucune exception, malgré des souffrances indicibles de parents auxquels on a arraché leurs enfants, refusent de céder à la tentation de la vengeance, revendiquent leur non violence, et se concentrent sur l’exigence, sans concession, de justice. N’oublions pas non plus tous ces avocats, ces médecins, et tous les personnels médicaux, unanimement loués. Et puis aussi les femmes, frappées elles aussi, massivement présentes dans les rues le 21 mai, mais trop absentes lors des différentes rencontres. Les étudiants, reconnaissant n’être intervenus que dans un deuxième temps, en solidarité des enfants, élèves du primaire, collégiens et lycéens, premiers descendus dans les rues. Le 21 mai, jour de grande manifestation, ils tentaient de  » canaliser  » la virulence des plus jeunes, assurant un service d’ordre protégeant la police. Ils expriment avec beaucoup de conviction et de clarté ce qu’il appellent leur  » soif d’un avenir de liberté et de démocratie « . Les revendications de toute la population sont communes, sinon identiques ; ·refus de la hogra, du mépris érigé en système de gouvernement ·Justice sociale, de vivre dignement dans ce pays riche n démocratie ; élections libres et non truquées, justice, état de droit ·                    

Reconnaissance du Tamazight : identité culturelle et exercice de la pleine citoyenneté.  » Savoir être ensemble « , solidaires, s’appuyant sur la préservation des communautés de base. Tous réfutent toute visée uniquement identitaire. Pour les comités de villages, (aouchs)  » la revendication identitaire n’est pas une priorité, on assiste surtout à une explosion sociale « . Quant à la revendication séparatiste ? c’est complètement idiot ! « Notre révolte et nos revendications sont pour toute l’Algérie » disent tous les acteurs rencontrés. Les étudiants rappellent que 17 lycéens ont été tués, au sud d’Alger, à Médéa en décembre 2000. S’il faut singulariser leur région, beaucoup emploient le terme de  » soubassement démocratique  » pour décrire une tradition ancrée dans l’histoire de ses luttes. Pour le président de l’APC (commune) de Tizi Ouzou, FFS,  » en 80, on revendiquait beaucoup de Tamazight, un peu la démocratie, en 88 c’était une manifestation de ras l’bol général, pour la démocratie, en 2001 ; c’est justice sociale contre les licenciements, démocratie et Tamazight « . Les responsables de ce parti, disent que les incendies de permanences politiques, y compris du FFS, sont significatifs de  » l’absence de médiation politique dans laquelle se trouve le pays après 10 années d’état d’urgence « . Ils dénoncent  » la privatisation des pouvoirs publics  » à laquelle s’est livré le pouvoir et  » le droit de vie et de mort sur les citoyens  » qu’il exerce dans  » une guerre à huis clos. «  La coordination des comités de villages avait organisé, la veille, le 21 mai, à Tizi, la plus grande manifestation de l’histoire de la Kabylie, à laquelle ont participé 500 000 personnes, hommes et femmes, venus des villes et villages de toute la région. Cette organisation traditionnelle semble aujourd’hui ljouer un rôle fédérateur des aspirations citoyennes.  En s’organisant ainsi dans chaque village, ses représentants veulent » mettre fin à la démission des adultes, cesser de nous occuper de nos petites affaires, et alors que les jeunes et les enfants se sont soulevés, disent que plus un gosse ne doit mourir… qu’ils vont prendre leurs responsabilités et …restaurer des espaces naturels de citoyenneté… « . § 5 Notre responsabilité, en Europe Les interlocuteurs rencontrés formulent des reproches qui trahissent une attente jusqu’ici déçue. Le Président le l’APC et les étudiants reprochent une  » non assistance à population en danger « . Maître Zehouane le sage, avocat-militant de la Maison des Droits de l’Homme et des citoyens regrette que le  » Parlement européen pare de vertus démocratiques des éradicateurs qui vivent dans des enclaves « . Personne ne croit à l’objectivité des commissions d’enquête créées par le pouvoir, alors que les précédentes, destinées à enquêter sur la fraude électorale et sur l’assassinat de Matoub Lounès n’ont donné aucun résultat. Le FFS, la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme, les étudiants, souhaitent la mise en place d’une commission d’enquête internationale. Européens engagés dans la négociation du partenariat, le moindre que nous puissions faire est d’appuyer une transition démocratique sans laquelle aucun partenariat durable ne verra le jour. Chaque jour perdu à tergiverser laisse filer l’inflation de victimes, les fractures de toutes sortes qui déchirent la société algérienne. Peut on qualifier d’ingérence le soutien à l’internationalisation de la résolution démocratique de la crise algérienne tout en continuant à payer les commissions des exportateurs de gaz ou des importateurs de produits pharmaceutiques ? Nous pouvons aider à la mise en place d’une commission d’enquête internationale, conformément aux usages internationaux, avec l’ONU. 

 

Engagés dans une négociation bi-latérale Europe-Algérie, dans la situation actuelle, nous ne saurions conclure sans une investigation commune des blessures qui creusent un précipice entre dirigeants et dirigés en Algérie. Tel est le sens de la proposition d’une commission d’enquête euro-algérienne, premier acte d’un partenariat à construire. Si la résolution algéro-algérienne des questions est incontournable, dans une situation d’incommunication totale, il s’agit, par cette médiation, de promouvoir l’engagement de ce processus. Ce faisant nous ne nous occupons pas de l’Algérie mais de l’avenir de l’Europe. Parce que nous sommes favorables à un partenariat fondé sur l’exigence et le respect mutuels. Parce que nul ne peut parier, à la veille de l’élargissement, sur la singularité de l’histoire contemporaine de l’Algérie. A qui veut on faire croire que cette misère, ces violences, ces intégrismes, ce banditisme généralisé, ce goût de la manipulation, ne sont pas ou des choses vues, ou des questions, dans des régions d’Europe ? L’Algérie mérite sans conteste mieux que le vote d’une résolution d’urgence, ou qu’un débat bâclé, à la fin d’une session du Parlement. Assumons notre responsabilité et laissons le mot de la fin à Maître Zehouane :  » que l’Europe déjoue le piège de ceux qui veulent l’emprisonner dans le piège de la phobie de l’intégrisme et lui faire accepter comme un moindre mal, les massacres et l’état d’urgence… la société algérienne arrive à un seuil tel que la situation de pouvoir par la manipulation ne peut plus durer « . Contact · au Parlement européen : Rue Wiertz. Bureau 8 G 169. B-1047 Bruxelles Tel 00.32.2.284.73.64 Fax 00.32.2.284.93.64 Email : hflautre@europarl.eu.int· Arras : 10, rue de Justice. 62000 Arras. Tel 03.21.71.29.79 Fax 03.21.51.21.67 Email : hflautre@nordnet.fr 

ANNEXES Composition de la Délégation du Parlement européen· Raimon Obiols i Germa, Président, PSE, Espagne· Jorge Hernandez Mollar, 1 er Vice Président, PPE, Espagne· Hélène Flautre, 2 ème Vice Présidente, Les Verts-Ale, France· Yasmine Boudjenah, Gue, France ·Hugues Martin, PPE, France · Pasqualine Napoletano, PSE, Italie 

Personnalités rencontrées en Algérie 1) Programme officiel de la délégation · Assemblée Populaire Nationale (APN) : ·M. Abdelkader Bensalah, Président de l’APN · M. Abdelhamid Si Affif, Pdt de la commission des affaires étrangères ·Une délégation de députés de la majorité gvtale (RND-FLN-EnHahda-MSP· Les groupes parlementaires de l’APN (RND, FLN, EnHahda, MSP + le FFS et le RCD) · La coordination des femmes parlementaires 

· Le Président et les membres de la commission d’enquête parlementaire sur la Kabylie · Conseil de la nation (Sénat) : M.Boumaaza, Président et une délégation de sénateurs · Gouvernement Algérien : · M.Ali Benflis (chef du gouvernement). M.Ahmed Ouyahia (Ministre de la justice)·M.Adelaziz Belkhadem (Ministre des affaires étrangères) · M. Boauabdellah Gholamallah (Ministre des affaires religieuses) · M Mohand Issad, pdt de la commission d’enquête sur la Kabylie · Société civile : (Liste établie en concertation avec les autorités algériennes sur la base des propositions des membres de la délégation)· Mesdames Fathma N’Soumeur, Ouricha Chouaki, Fondation Belkhenchir· Mme Benhabib Sos Femmes en détresse ·Mmes Zazi Sadou et Kheira Dekali, RAFD (rassemblement algérien des femmes démocrates) · Ms.Aït Yahia et Hocine, Mme Rahma LADDH (Ligue algérienne de défense des droits de l’homme) · M Guéchir Boudjemaa, LADH, (Ligue algérienne des droits de l’homme) · Mme Lila Eighil, AFD,(association des famillles de disparus) ·M.Rabah Benlatrèche, AFD Constantine ·  M Djemil Benrabah, Comité de coordination vérité et justice · Les Directeurs de journaux suivants : El Watan, Liberté, Le Matin, EL Khabar, La Tribune, l’Authentique, el Hayat, Reuter, BBC 

2) Rencontres informelles, hors programme officiel · Maître Mahmoud Khellili . avocat et Mme Ferhassi, et M et Mme Bouabdallah, femme et parents de journalistes disparus · une soixantaine de femmes rassemblées devant le siège de l’ONDH à l’appel de l’association SOS Disparus. Mme Fatima Yous et M.Allalou, responsables de l’association. · Khaled Nezzar, Ancien Chef d’Etat major des armées (88-90), ancien Ministre de le Défense (90-91), l’un des 5 Membres du Haut Comité d’Etat mis en place en 92. · Dalila Taleb, responsable du RAJ (Rassemblement Action Jeunesse), Députée à l’APN · Différents journalistes : Yassine Temlali (Algérie Interface), Kadi Ahcen, Youcef Zirem (le jeune indépendant), Mohamed Mehdi (le quotidien d’Oran) · Maître Zehouane, M.Aït Yahia, M.Aknin, Mme Rahma, et d’autres responsables de la Maison des Droits de l’Homme et des Citoyens de Tizi Ouzou. militant-e-s de la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme. · Des parents et des victimes de la répression en Kabylie · le collectif des étudiants de Tizi-Ouzou · Le Président de l’APC (municipalité) de Tizi Ouzou, le Sénateur et des responsables du FFS-Tizi · Les représentants de la Coordination des aouchs (comités de villages) Personnalités rencontrées avant le départ ·                    

Driss El Yazami, Fédération Internationale des Droits de l’Homme · Rieu, Groupe des Verts au Parlement européen · Nacéra Dutour, association SOS Disparus · Nesroulah Yous, témoin du massacre de Benthala, auteur de  » qui a tué à Benthala ? «  · Habib Souaïdia, auteur de  » la sale guerre «   · M. Bendera, économiste, membre du courant des  » réformateurs « · Hamida Bensadia, représentante du FFS en France · Malika Matoub, fondation Matoub Lounès petite bibliographie. la gangrène et l’oubli, Benjamin Stora, ed la découverte/syros 1998 · Qui a tué à Benthala, Nesroulah Yous, ed la découverte. 2000 · La sale guerre, Habib Souaïdia, ed la découverte. 2001-07-08 · Mémoires du général. Khaled Nezzar. Chihab éditions. 2001· La guerre sans images. Benjamin Stora, PUF, France 2001· Etre journaliste en Algérie. Ghania Mouffok, ed Reporters sans frontières. Démocratie et corruption en Algérie. Djillali Hajjaj· Maison des droits de l’Homme et du Citoyen / Laddh : Etat non exhaustif des victimes (mortes ou blessées par balles), des évènements du mois d’avril 2001. Tizi Ouzou, mai 2001. lettre d’Akli Aït Abba à sa mère assassinée · Certificat médical descriptif ; blessures de madame Aït Abba · Courrier à la délégation européenne de l’association des disparus de Constantine· Coupure de presse (Le Soir d’Alger) : M Khellili :  » je défends la personne humaine » · coupures de presse (Alger le 23 mai) : La Tribune, le Jeune Indépendant, Le Matin · articles de la presse européenne : Le Monde, Libération, Le Soir · Article d’Algéria interface. Appel de Parlementaires européens (juillet 2001 

DEMANDE OFFICIELLE D’UN STATUT D’AUTONOMIE POUR LA KABYLIE

Timanit i Tmurt n Iqvayliyen
Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie MAK 

Demande officielle d’un statut d’autonomie pour la Kabylie 

Adressée à la Présidence de la République algérienne, au Gouvernement algérien
l’Assemblée populaire algérienne
Sénat algérien
Conseil constitutionnel algérien
  

avec copie à l’ONU, l’OUA, l’Union européenne, Human Right Watch, Amnesty International, FIDH, GITPA, CAF (Confédération des autochtones francophones), sommet de l’union pour la méditerranée du 13/07/2008, Nelson Mandela 

ferhatmehenniun3.jpgLa question kabyle empoisonne le climat politique de l’Algérie depuis que celle-ci a accédé à son indépendance. Au bout de quarante cinq ans de confrontation, les relations tendues entre le pouvoir algérien et la Kabylie ont structuré, de part et d’autre, des réflexes de défiance mutuelle qui, au fil du temps, n’ont fait que radicaliser leurs positions respectives. Leurs rapports sont minés par ce qu’il convient d’appeler le principe de la « rivalité mimétique », ceux d’ennemis irréductibles. L’avenir, selon cette logique et le processus enclenché par la rébellion armée de la Kabylie en 1963 ayant abouti à la révolte du « printemps noir » (2001-2003) en passant par le « printemps berbère » de 1980, est très gros de risques si, du moins, un pacte sérieux n’est pas conclu entre les deux parties. Nous savons que pour la présente initiative, les élus et les forces politiques auxquelles ils appartiennent auraient pu constituer de plus légitimes « représentants » de la Kabylie et de meilleurs interlocuteurs pour le pouvoir. Hélas ! Dès lors qu’ils ne reconnaissent même pas l’existence du peuple kabyle, celui-ci et l’Histoire les en a disqualifiés déjà à maintes reprises. Une fois insérés dans le jeu électoral algérien, ces partis et leurs élus ont des objectifs de carrières et de pouvoir aux antipodes des aspirations de leur société et de leur peuple. Si tel n’était le cas, le pouvoir algérien n’aurait pas été amené à négocier à deux reprises au moins (Boycott scolaire de 1994-95, et printemps noir en 2003-2004), avec des organisations populaires kabyles officiellement non reconnues : Le Mouvement Culturel Berbère (MCB) et le Mouvement des Ârchs ! Le problème de la représentation démocratique du peuple kabyle sera résolu par les urnes, en temps opportun. L’essentiel pour le moment est d’identifier le vrai problème et d’apporter la vraie solution. C’est du moins notre devoir de le faire devant les hommes et devant l’Histoire avant que cette solution ne soit dépassée sur le terrain.

Entre la Kabylie et le pouvoir algérien, il n’y a pas qu’un malentendu, il y a un abîme. D’un côté, la Kabylie qui avait son organisation propre avant la colonisation française de 1830 et contre lequel butait déjà la Régence d’Alger, croyait soit en un nouvel Etat algérien basé sur l’autonomie des Wilaya de la guerre d’indépendance, soit sur une Algérie confédérale dans laquelle la citoyenneté serait aux antipodes des « deux collèges » de la période coloniale qui discriminait les « indigènes » au profit des Européens. Bref, elle croyait en un possible recouvrement, ne serait-ce que de manière partielle, de sa souveraineté perdue face à la France. La guerre d’indépendance lancée le 1er novembre 1954 et sa Déclaration étaient davantage dictées par l’urgence historique qu’il y avait à mettre fin au système colonial que par la restauration d’un mythique Etat algérien. L’avenir de liberté était mal défini. Pire ! Il n’a été à aucun moment discuté entre les rédacteurs de la Déclaration du 1er novembre 1954 qui n’énumère que des principes généraux susceptibles d’entraîner le reste des régions du pays autres que la Kabylie et les Aurès qui étaient déjà prêts. L’essentiel était de déclencher un processus armé menant à terme à l’indépendance de l’Algérie. Les problèmes politiques internes étaient différés sine die. Le Congrès de la Soummam, tenu en Kabylie en pleine guerre et sur initiative de Abane Ramdane, un Kabyle, était préoccupé par les mêmes urgences et il fut contesté dans son fond comme dans sa forme par les adversaires déjà déclarés de la Kabylie et dont certains, même après avoir accédé à la magistrature suprême, en récusent à ce jour l’esprit et les termes. Cela n’a pas empêché la Kabylie de s’engager corps et âme dans la guerre jusqu’à son terme, le 19 mars 1962. C’est à ce moment-là que les responsables politico-militaires kabyles ayant survécu à plus de sept ans de guerre réalisèrent que leur idéal de liberté pour lequel leur peuple kabyle a tant donné, était en train de leur filer entre les doigts. Ils engagèrent une guerre contre le nouvel Etat algérien sous la houlette du FFS et de son leader charismatique Hocine Ait Ahmed qualifié par les tenants du régime de « sécessionniste » et de « séparatiste ». Après leur défaite face au régime d’Alger, les Kabyles ne se sont jamais reconnus dans l’Etat algérien qui se confond avec son pouvoir. Depuis l’indépendance de l’Algérie, le Kabyle tourne délibérément le dos au pouvoir et à ses institutions oppressives. Luttant pour son identité, sa langue et sa culture dans un nouveau pays qui se dit « arabe » et dans lequel il est minoritaire, il aspire à la démocratie et au respect des droits humains susceptibles de lui garantir un minimum d’espace de survie. La Kabylie a porté les coups de boutoirs les plus décisifs au parti unique à travers le « printemps berbère » d’avril 1980 et la création de la 1ere Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme. Après 1989, la Kabylie est isolée et son rêve de fraterniser avec l’Algérie démocratique s’envole en fumées de feux de pneus et de barricades, de grèves générales, de sit-in, de matraques et de répression qui la marque au fer pour au moins un siècle encore. Ce refus de s’intégrer dans une Algérie arabo-musulmane, anti-chambre d’une Algérie fasciste et arabo-islamiste à laquelle on arrive ces derniers temps, s’est manifesté par la marche du 25 janvier 1990, le boycott scolaire de 1994/95, la révolte ayant suivi l’assassinat de Matoub Lounes le 25/06/1998, et celle du « printemps noir » de 2001.

Depuis, la Kabylie manifeste son désaccord politique avec Alger par le BOYCOTT DE TOUTES LES ELECTIONS (Référendums, présidentielles, législatives ou élections générales). Du Côté de l’Etat algérien, les actes sont plus graves. En héritant de l’Etat colonial français, le régime algérien en a prolongé les pratiques, les méthodes, les visions et les réflexes colonialistes, du moins envers les Kabyles dont l’identité, la langue et la culture sont déclarées subversives et férocement combattues par le jeune Etat algérien. Celui-ci s’est donné pour objectif leur extinction définitive en mettant en place une politique de génocide culturel à travers l’arabisation de leur école qui n’a entr’ouvert ses portes (à la langue « amazighe » et non pas à la langue kabyle) que depuis 12 ans. La Constitution algérienne ne l’a intégrée qu’en 2002 en tant que « langue nationale » et non officielle, sans que cela se traduise par un changement réel de la situation de tamazight dans la société. Il y a donc, linguistiquement et culturellement des super-Algériens et des infra-Algériens. La politique des « deux collèges » sur la base de l’identité culturelle tant décriée pendant la période coloniale est ainsi largement reconduite depuis 1962.

Les Arabes sont en Algérie citoyens à part entière, les Amazighs en général et les Kabyles en particuliers sont des sous-citoyens. Ils sont tués, emprisonnés, torturés, surveillés, provoqués, insultés, rackettés et désignés à la vindicte nationale pour leur refus de l’arabisme et de l’islamisme, deux éléments qui sont pour le pouvoir la marque exclusive de l’identité algérienne. Jusqu’ici, tous ceux qui ont eu à présider aux destinées de l’Algérie ont poursuivi inlassablement une politique de dépersonnalisation de la Kabylie pour en finir avec son identité millénaire à travers une arabisation toujours recommencée et toujours plus sophistiquée. Ils n’ont jamais hésité à réprimer, tuer, emprisonner et torturer des opposants ou des manifestants attachés à leur identité kabyle. La résistance insoupçonnée de la Kabylie à ces assauts décuple à chaque fois la hargne des gouvernants à frapper plus fort, à aller plus loin dans leur hostilité et leur volonté de détruire les structures sociales kabyles. Nous en sommes au quadrillage militaire de la Kabylie pour prévenir des intentions qu’elle n’a pas. Les a-t-on du côté du pouvoir algérien ? On le voit, les suspicions et les méfiances mutuelles sont l’expression d’un long compagnonnage mortifère où l’engrenage de la défiance a mené les deux parties à un point de non-retour. Le pouvoir algérien estime que les prétentions et les revendications kabyles sont irrecevables pour l’ensemble du pays, Les Kabyles qui sont un peuple autochtone d’Algérie n’ont plus confiance en l’Etat algérien quelles que puissent être ses déclarations qui sont immédiatement contredites par ses actes.

On n’effacera pas d’un coup d’éponge tant de décennies de souffrance, de discrimination et d’injustice à l’encontre d’un peuple. Un peuple a toujours une mémoire. Même une déclaration lui demandant pardon pour tout ce qu’il a enduré ne résoudra le problème qu’en réparant les crimes commis contre lui. La cicatrisation ne pourra se faire que le jour où la Kabylie accéderait à son autonomie régionale. Il est vital d’éviter l’usage de la force et les dérives de la violence pour résoudre dans le sens des droits reconnus à chaque peuple, la question kabyle. 

Les négociations en période de crise aiguë sont toujours tributaires d’un rapport de force déséquilibré qui lèse l’une des deux parties. C’est maintenant qu’il y a une accalmie relative en Kabylie, que le pouvoir devrait faire preuve de sens des valeurs et de responsabilité en acceptant cette main tendue pour une solution de raison. Aussi, devant l’opinion nationale et internationale, au nom du Mouvement pour l’Autonome de la Kabylie, (M.A.K) nous proposons : 

1 – La reconnaissance par l’Etat algérien, du peuple kabyle 

2 – l’application d’un statut d’autonomie pour la Kabylie. 

Les textes internationaux ratifiés par l’Algérie font, normalement obligation à cette dernière, d’accéder à cette demande officielle émanant d’une organisation kabyle se réclamant du principe des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si certains ont des doutes sur l’aspiration de la Kabylie à prendre en main son destin à travers un Etat régional articulé à l’Etat central algérien, nous proposons la tenue, le plus tôt possible, d’un référendum précédé d’un débat dans tous les villages et cités de la Région. Pour tout démocrate, le verdict des urnes est la seule façon de connaître la volonté d’un peuple. 

Kabylie le 05/06/2008. 

Pour le MAK, Ferhat MEHENNI

Plate-forme d’El-Kseur (PFK)

Plate-forme d’El Kseur du 11 juin 2001
 

Nous, représentants des wilaya deTizi-Ouzou, Bgayet, Bouira, Boumerdes, Sétif, Bordj Bouareridj, Alger et le Comité collectif des Universités d’Alger, réunis ce jour 11 juin 2001 à la maison de jeunes Mouloud FERAOUN d’El Kseur ( Bgayet), avons adopté la plate forme commune suivante: 1. Pour la prise en charge urgente par l’Etat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant les événements.

2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques.

3. Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant ces événements et la protection de tous les témoins du drame.

4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS.
5. Pour l’annulation des poursuites judiciaires contre tous les manifestants ainsi que l’acquittement de ceux déjà jugés durant ces événements.

6. Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidations et des provocations contre la population.

7. Dissolution des commissions d’enquêtes initiées par le pouvoir.

8. Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions (Identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans conditions et la consécration de Tamazight en tant que Langue Nationale et Officielle.

9. Pour un Etat garantissant tous les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques.

10. Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple Algérien.

11. La mise sous l’autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l’Etat ainsi que les corps de sécurité.

12. Pour un plan d’urgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.

13. Contre TAMHEQRANIT( HOGRA) et toute forme d’injustice et d’exclusion.

14. Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour élèves n’ayant pas pu les passer.

15. Institution d’une allocation chômage pour tout demandeur d’emploi à hauteur 50%SNMG.


NOUS EXIGEONS UNE REPONSE OFFICIELLE, URGENTE ET PUBLIQUE A CETTE PLATE FORME DE REVENDICATIONS
ULAC SMAH ULAC LE COMBAT CONTINUE 

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