Archive pour 'Histoire des Berberes'

Awal d’wuzzal : La révolte des Abdoun

Par  Moumouh Icheboudène*

“… Cet homme de fer, ce brave homme, dont l’énergie et la colère n’ont pas été émoussées par l’adversité, ni par les souffrances de toute nature, se jette dans la montagne, où, avec l’aide de son neveu El Bachir Abdoun, il organise une bande de partisans, dont il laisse la direction à son frère aîné, Mohamed Abdoun, évadé pour la deuxième fois…”

Deux familles, rivales, se disputaient la présidence du douar d’Agraredj. La famille Achabo accuse la famille Abdoun, d’être derrière l’assassinat d’un des leurs, qui venait d’être élu président du douar. Malgré les multiples témoignages qui viennent innocenter les accusés, le parquet de Tizi Ouzou arrête les Abdoun. Après une instruction erronée du procès, le parquet envoie les Abdoun devant la cour des assises d’Alger, qui les condamne à mort. Les frères Abdoun ont sans cesse crié leur innocence. Mais, après le verdict et malgré les encouragements de leurs avocats, les supplications de leurs parents, ils refusent de se pourvoir en cassation : “Vous nous croyez coupables, exécutez votre sentence, disent-ils… Nous sommes entre les mains de Dieu.”

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Boulifa sur la langue berbère de Kabylie : Un outil de résistance

Par : Abdennour Abdesselam

boulifa.jpgDans son ouvrage intitulé « Le Djurdjura à travers l’histoire », Boulifa traite du caractère assez particulier des Berbères qui ont toujours échappé aux empreintes des différents conquérants grâce, dit-il, à leur attachement spécial à leur culture, à leur organisation sociale, à leur terre natale mais tout particulièrement et notamment à leur langue. Cet intérêt spécifique que Boulifa a rapporté au sujet de la langue ne renvoie pas seulement à la donnée strictement théorique, c’est-à-dire à l’étude et à la description linguistique et à sa grammaire. Cet intérêt pressant révèle plutôt une observation beaucoup plus large. Pour Boulifa la langue kabyle n’est pas un tout-venant de mots. Elle est une vision du monde, une manière générale de penser et d’agir. En découvrant cette extraordinaire fonction sociale Boulifa déclarait que : “L’esprit, l’état intellectuel et moral d’un peuple, le degré de civilisation qu’il atteint se reflète toujours dans sa littérature c’est-à-dire dans sa langue.” 

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Le roi Massinissa

D’après les portraits que nous possédons de lui, par quelques sculptures et par les monnaies qu’il fit frapper, massinissa.jpgMassinissa était de traits réguliers et portait une abondante chevelure bouclée, ainsi qu’une barbe fournie. Il portait le diadème sur le front, signe de sa royauté. Massinissa était d’une vigueur exceptionnelle. Il est décrit comme possédant un corps athlétique, d’une grande beauté, et surtout comme une force de la nature. Il pouvait rester une journée entière debout ou à cheval, sans prendre de repos, et octogénaire, il sautait encore sans aide sur son cheval, qu’il montait le plus souvent à cru, sans selle, accessoire qu’il délaissait le plus souvent. Il bravait le froid et la pluie tête nue. A l’âge de 88 ans, il commandait encore son armée dans la bataille contre les carthaginois, et le lendemain, Scipion le trouva sur pied devant sa tente. C’était un homme plein de contraste.

A la guerre, il se montrait un rude guerrier, sans peur et sans scrupule. Il supportait comme le dernier de ses soldats les privations et la fatigue, et il avait coutume de s’entourer d’une meute de chiens féroces qui assuraient sa garde rapprochée et n’obéissaient qu’à lui. On aurait dit un chef de clan, et non le grand roi qu’il était. Mais lorsqu’il recevait dans son palais de Cirta, tout était raffinement. Son palais était, parait-il, une merveille architecturale. Les meilleurs repas y étaient servis dans de la vaisselle en argent, les tables étaient garnies de corbeilles d’or fin. Pour ses réceptions, il organisait des concerts auxquels participaient les musiciens les plus renommés, notamment ceux venues de Grèce. Les plus grands poètes venaient y déclamer leurs vers. Il était en effet très cultivé et passionné d’art. Pourtant, quand il n’organisait pas de banquets pour quelques hôtes de marques, sa vie était frugale et modeste. Un morceau de pain et du lait constituait son repas habituel.

Massinissa adorait les enfants. Sa descendance fut abondante, puisqu’il n’eut pas moins de 44 fils – on ne sait pas combien il eut de filles – et le dernier naquit alors que Massinissa était âgé de 86 ans. Loin de le répudier, comme il était d’usage pour les hommes âgés à cette époque, il fut très heureux de cette naissance, qu’il fit célébrer par une grand fête. On ignore également le nombre de ses épouses, même s’il est d’évident qu’elles devaient être nombreuses -. A sa mort, dix de ses fils étaient encore vivants. Il avait coutume de garder auprès de lui pendant plusieurs années ses fils et ses filles, même durant ses campagnes de guerre. A des gens qui venaient acheter dans son royaume des petits singes destinés à être des animaux de compagnie pour de riches oisifs, il s’écria, étonné : “Mais les femmes de chez vous ne vous donnent donc pas d’enfants ?”.

Massinissa fut également un administrateur remarquable. Il amassa un énorme trésor, qui lui permit d’entretenir une armée. Pour donner une idée de l’accroissement de sa richesse, il ne suffit de considérer la montée en puissance de ces troupes. En 202 avant J-c, celle-ci ne comprenait que 4000 cavaliers et 6000 fantassins, lorsqu’il prêta main forte à Scipion. Cinquante ans plus tard en 150 avant J-c, il se présenta à la bataille de Zama contre Carthage à la tête d’une armée de plus de 50 000 hommes, qui comportait une impressionnante cavalerie et aussi un redoutable corps d’éléphants. Une partie de ce dernier lui avait été fournie par Rome, qui les avait pris aux carthaginois, mais il est pratiquement certain qu’une bonne partie était issue de ses propres élevages. Malgré leur force militaire, les Carthaginois furent écrasés. Il est probable que sans son aide, les Romains ne les auraient pas vaincu aussi facilement, et peut être même auraient-ils perdu à Zama, puisque les chroniqueurs antiques font état de l’organisation remarquable de l’armée de Massinissa et de la bravoure exceptionnelle de ses combattants.
Sa marine était également puissante. Entre les expéditions ordonnées par lui, parfois au service des Romains, elle s’adonnait à la piraterie. Mais surtout, elle protégeait avec une redoutable efficacité la flotte commerciale, qu’il avait su développer.

Massinissa parlait le phénicien, dont il fit la langue officielle de son état. Il en connaissait parfaitement la culture, qui était une des plus avancée de l’époque, autant dans le commerce, l’industrie que l’agriculture.

Sous son règne, l’expansion économique fut remarquable. Il développa le commerce, jusque dans des pays lointains, puisque que son royaume commerçait activement avec Rhodes, la Grèce et même l’Orient lointain. Il imposa une sécurité sur les routes commerciales inconnue jusqu’alors, tant sur terre que sur mer.
En s’inspirant du savoir phénicien, il améliora l’agriculture, qui pourtant était déjà performante pour l’époque, les berbères ayant toujours su, depuis des temps très anciens, exploiter le sol avec une grande habileté. Il semble qu’il fit introduire  de nouveaux outils, mais c’est sans doute son respect du peuple qui fit son succès. Sous son règne, les paysans n’étaient pas dans la misère. Son royaume était un grand exportateur de céréale et aussi de bois de grande qualité.
Dans tous les territoires qu’il annexa, il fit régner la sécurité et il en assura le développement à un point tel que la prospérité du royaume fut immense. Soucieux du peuple, il ne l’écrasa jamais d’impôts.  Il n’eut jamais à faire face à des révoltes populaires. C’est d’ailleurs là un de ses plus grand succès : de 174 à 150 avant J-c, lorsqu’il reconquit les territoires berbères alors sous domination carthaginoises, il les unifia. Il les sédentarisa aussi, parce que sous Carthage, certaines tribus avaient été contraintes au nomadisme. C’est cette grande efficacité d’administrateur qui fit sa puissance. Loin d’être un tyran, c’était un monarque éclairé.
On sait malheureusement assez peu de choses sur le système politique de son royaume. Il semble qu’il se soit appuyé sur l’ancien système démocratique – les assemblées d’hommes qui décident des affaires du village – hérité par les phéniciens de la Grèce Antique, et sur les tribus. Selon certains auteurs, il s’inspira du système carthaginois. Ceci signifie qu’il devait probablement exister une assemblée constituée de représentants des tribus pour le conseiller.

En politique étrangère aussi, il fut également très brillant. Tous les traités passés étaient scrupuleusement respectés. Même Rome n’osait pas remettre en cause son autorité, bien consciente qu’il valait mieux compter avec un allié d’une telle puissance, fut il encombrant, que de s’en défaire. S’il fut son allié, il n’en fut jamais un vassal, bien au contraire, et ceci grâce à sa très grande habileté diplomatique. C’est en effet Massinissa qui proclama que “l’Afrique revient aux africains”, n’acceptant aucune ingérence étrangère dans les affaires de son royaume. Il refusait totalement la corruption, pourtant si répandu dans l’antiquité, et notamment en politique étrangère. C’est cette intégrité sans faille qui lui permis de tenir tête à toutes les autres nations, à commencer par l’Empire Romain. Il fut un souverain très aimé. A sa mort, ses sujets élevèrent un mausolée imposant à quelques kilomètres de sa capitale Cirta et un Temple à Dougga lui fut dédié. Il était considéré comme un Dieu. Encore aujourd’hui, il reste pour les Berbères le symbole d’un roi exemplaire.

Seul Jugurtha, qui d’ailleurs était un de ses descendants, eut un rayonnement comparable.

Source:tafsutn80.free.fr

 

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