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Combattre Al-Qaïda pour un Etat laïque aux frontières du Mali

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Les combattants du MNLA posant avec le drapeau amazigh

Azawad, plus grand que la France, et se définissant comme démocratique, laïque et berbère, dit qu’il craint que l’islamisme pourrait être utilisé pour « arabiser » la société. L’adversaire de l’Azawad, Al-Qaïda au Maghreb islamique [AQMI], est la plus riche section d’Al-Qaïda dans le nord du Mali.

Le 6 Avril, un nouvel état, l’Azawad, a émergé au cœur du Sahara. Un mouvement quasi inconnu, appelé le Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), qui se définit comme un mouvement démocratique et laïque. Il a commencé à planifier ce nouveau soulèvement en Octobre 2011, et a lancé sa première attaque dans la matinée du 17 Janvier 2012, sur la ville de Ménaka dans le nord-est du Mali. Quatre mois plus tard, après la conquête de tout le territoire de l’Azawad, il proclame son indépendance.

Le MNLA a réussi à se séparer du Mali en saisissant deux occasions historiques :

L’une d’elles venait de Libye, à l’est : Kadhafi, luttant désespérément pour sa survie, avait offert des armes aux Touaregs, espérant que ceux ci se battraient à ses côtés. Les Touaregs sont un peuple berbère ils se nomment eux mêmes Imazighen, ou Les Hommes Libres. Les Berbères vivent au Maroc, en Algérie, en Tunisie, en Mauritanie, au Niger et dans l’Azawad. Ils sont les peuples autochtones d’Afrique du Nord, qui vécurent sur ces terres avant les invasions arabes au 7ème siècle. Les Touaregs sont des musulmans qui pratiquent une forme modérée mystique de l’islam. Ils n’adhèrent pas à une interprétation stricte de l’islam, parce qu’ils veulent préserver leur identité et la culture berbère :  ils redoutent que l’islamisme puisse être utilisé pour « l’arabisation » leur société.

Il y a eu en Libye des Touaregs qui n’étaient pas des mercenaires et qui étaient confortablement intégrés dans l’armée libyenne depuis les années 1960 et ce jusqu’aux années 1980. Ces Touaregs, cependant, ne se sont pas battus pour Kadhafi dans la révolte, au contraire, ils ont accepté les armes et les ont utilisés pour prendre le contrôle de leur propre pays. Les Touaregs pourraient mourir pour Azawad, mais pas pour Kadhafi.

Une autre opportunité historique est venue du sud : le 21 mars, un coup d’ État a eu lieu au Mali, ce qui a créé un vide du pouvoir dans le pays.

Le MNLA, ce mouvement inconnu, a saisi cette occasion, et le 6 avril, a déclaré son indépendance. En outre, ce n’est pas la première rébellion touarègue au Mali, il y avait eu aussi des rébellions en 1963, dans les années 1990 et de nouveau en 2006.

A ce jour, le MNLA se bat pour tenir cette indépendance. La lutte est à la fois interne et externe, l’avenir du nouvel État reste très incertain. Après la déclaration d’indépendance du 6 avril, le MNLA s’est trouvé entouré de nombreux ennemis, dont deux pays, le Mali et l’Algérie, et de quatre organisations terroristes : Al-Qaïda au Maghreb islamique, le Mouvement pour le Jihad monothéisme en Afrique de l’Ouest (MUJAO , en arabe, « Jamat Tawhid Wal Jihad Fi Garbi Afriqqiya »); Ansar Dine, et le groupe nigérian, Boko Haram. Mais le MNLA n’est pas totalement dépourvu des ressources qui lui permettraient de survivre.

L’Azawad, plus grand que la France, est une région désertique qui comprend environ 60% du territoire du Mali, dont les voisins sont l’Algérie à son nord, la Mauritanie à l’ouest, le Niger à l’est, et au sud, le Burkina Faso et le Mali. L’Azawad est divisé en trois régions : la région de Gao, avec la ville de Gao comme capitale, la région de Tombouctou, avec la ville de Tombouctou comme capitale et la région de Kidal, avec la ville de Kidal comme capitale.

En dépit de la taille de la zone, la population n’est que de 1,5 million, divisée en plusieurs groupes ethniques, principalement : les Touaregs (la majorité), les Songhaïs (le gouvernement malien affirme qu’ils sont la majorité), les Maures / Arabes, Peuls et les Fulanis.

Pourquoi le MNLA veut son indépendance du Mali ?

Le Mali est devenu indépendant de la France en 1960, ses frontières sont un héritage du colonialisme. La région de l’Azawad a été annexée par la France au Mali, même si sa population est très différente de celle du Mali. Il en allait de même pour la situation dans le nord du Soudan et le Sud Soudan, où les chrétiens du Sud cherchaient à se libérer de la domination par les musulmans du Nord. Le MNLA tente également de rechercher un sanctuaire loin de la domination islamiste. Depuis son accession à l’indépendance de la France, le gouvernement central du Mali n’a pas investi dans le développement de l’Azawad, que ce soit dans les zones frappées par la sécheresse, aux infrastructures pour des conditions sanitaires, ou pour toute autre chose.

Le gouvernement malien est corrompu, comme le sont de nombreux gouvernements de pays africains, mais la situation dans le Nord (en Azawad) est pire que dans le Sud du pays. Ainsi que rapporté par les médias Touaregs comme Toumast Press, la région de l’Azawad a été totalement négligée par le Mali : .. « Outre le drapeau du Mali, aucun autre signe de l’État malien y est visible. La sécurité des personnes et des biens est inexistante. Les populations ne sont pas protégées quand elles sont touchées par les catastrophes naturelles. La démission du gouvernement y est complète. Lorsque, au cours de la sécheresse de l’Azawad en 2010, l’UNICEF a fait remarqué l’état de malnutrition [en Azawad], le [l'ancien] président malien, Amadou Toumani Touré, protesta contre le rapport, affirmant qu’il n’y avait pas de malnutrition dans le pays. Il a dit que les gens [dans l'Azawad] avaient besoin de changer leurs habitudes alimentaires, comme certains qui se  limitaient à manger seulement trois dattes par jour. Quels sont les gens ordinaires, qui si on leur donnait le choix, ne mangeraient seulement que trois dattes par jour ? Cette annonce montre la méconnaissance du Président [l'ancien] malien de la population azawadienne qu’il est censé représenter. »

Depuis le début de la rébellion, l’un des principaux problèmes de la MNLA, outre le Mali, a été Ansar Dine : un mouvement islamiste formée principalement aussi de Touaregs. Son chef est Lyadh Ag Ghaly, un homme charismatique qui est devenu islamiste dans les années 1990 après avoir été attiré par les enseignements de prédicateurs pakistanais de l’organisation musulmane présente dans le monde, une organisation qui fait du prosélytisme, connu sous le nom de Tablighi et présents à Kidal dans les années 1990 et au début des années 2000.

Lyadh est un personnage complexe, déterminé par un mélange d’islamisme et d’intérêts personnels. Dans les années 1990 et à nouveau en 2006, il fut l’un des chefs de l’insurrection touarègue, mais rapidement rejeta les demandes de son peuple à faire un pacte avec le Mali; ce qui lui a été profitable puisque’ officiant en tant que membre du personnel diplomatique du Mali en Arabie Saoudite en 2007. Dans à peu près une même période il s’est rapproché du «Groupe salafiste pour la prédication et le combat» (GSPC) – considéré comme une manipulation du ministère algérien du renseignement et de la sécurité (DRS). En Janvier 2007, le GSPC a changé son nom en Al-Qaïda au Maghreb islamique [AQMI], et est la plus riche faction d’Al-Qaïda dans le nord du Mali.

Quels sont les intérêts d’ AQMI dans l’Azawad ? Tout simplement dit, AQMI, ou Al-Qaïda, veut dissoudre le MNLA et prendre le contrôle de la région. AQMI n’a aucun intérêt à négocier avec le Mali. Il veut que l’Azawad devienne un no man’s land, une zone stratégique en Afrique d’où elle pourrait étendre ses activités.

Quand le MNLA a été formé, avant qu’il ait commencé sa rébellion, Lyadh a été envoyé comme émissaire malien à négocier avec lui. Comme le MNLA n’avait pas l’intention, même à cette époque, de renoncer à la lutte pour l’indépendance, Lyadh a essayé de devenir un de ses dirigeants. Il a même mené deux batailles avec le MNLA contre l’armée malienne. Mais, comme le MNLA ne partage pas le désir de Lyadh d’imposer la charia dans l’Azawad et ne pas lui faire confiance, le MNLA le rejette. Dans le même temps, Lyadh a également essayé d’être élu comme successeur au chef de sa tribu, la tribu importante des Ifoghas, mais il est de nouveau rejeté. Frustré, en mars 2012, il décide de former un autre groupe : Ansar Dine.  Son but n’est pas de faire de l’Azawad un État indépendant, mais de se venger du MNLA,  se trouver un rôle pour lui-même, et  faire une affaire d’intérêt personnel avec le Mali.

Ansar Dine est immédiatement devenu le premier adversaire du MNLA et de l’Azawad, et par conséquent est devenu le point de référence pour toutes les forces qui cherchent à empêcher la partition du Mali et dissoudre le MNLA. Le MNLA s’est déclaré être l’ennemi des groupes djihadistes et des trafiquants de drogue. Par conséquent, peu de temps après qu’Ansar Dine ait été formé, AQMI et le MUJAO – déjà présents dans la région avant la rébellion du MNLA – ont uni leurs forces à celle de Lyadh et son organisation.

AQMI a besoin de Lyadh pour trois raisons : premièrement, parce que, comme les membres du MNLA, il est également Touareg. AQMI espérait se servir de lui pour atteindre une légitimité auprès de la population locale touarègue. Deuxièmement, parce que Touareg, il sait se battre dans les dunes de l’ Azawad. Et troisièmement, parce que AQMI pensait que, parce que Touareg, Lyadh pourrait aider à négocier avec le MNLA et ainsi parviendrait à manipuler le nouveau mouvement.

À la mi-mai de cette année, le secrétaire général du MNLA, Bilal Ag Cherif, qui est originaire de la même tribu que Lyadh, a essayé de faire un pacte avec lui. Le MNLA était confronté à de graves difficultés financières, et Bilal a estimé que, si le MNLA concluait un accord avec Ansar Dine, cela pourrait résoudre ses problèmes financiers ainsi que cela pourrait mettre fin aux combats entre les deux groupes et en quelque sorte arriver au maintien du statu quo. Le MNLA et Ansar Dine ont signé un protocole d’entente préalable, mais aucun accord définitif n’a été conclu. Lorsque Lyadh a insisté sur l’application de la charia dans l’Azawad, les membres du MNLA se sont retournés contre Bilal, lui demandant d’arrêter les négociations.

Ce que Bilal a omis de prendre en considération, est que Ansar Dine n’agissait pas de façon indépendante. Quand il a commencé, Ansar Dine a été soupçonné d’avoir été manipulé par le Mali. Après avoir été d’être vaincu sur le terrain par le MNLA, le Mali a sans doute espéré pouvoir lutter contre le MNLA en soutenant Ansar Dine. La stratégie était que, une fois le MNLA démantelé, le Mali aurait été en mesure de négocier avec Lyadh et ramener l’Azawad au Mali.

Ces dernières semaines, cependant, il y a de plus en plus de signes indiquant qu’Ansar Dine est un proxy d’AQMI. En outre, à Tombouctou, AQMI a lancé des attaques contre le patrimoine culturel de la ville au nom d’Ansar Dine, bien que les combattants étaient des membres d’AQMI.

Le 27 Juin, le siège du Conseil Transitoire de l’État de l’Azawad dirigé par le MNLA (CTEA, établi le 7 Juin) a été attaqué à Gao par AQMI, le MUJAO (un groupe dissident  d’AQMI basé à Gao) et Boko Haram. Après cette bataille, le MNLA a été forcé de se retirer des principaux centres de l’Azawad et à réévaluer ses plans politiques et militaires, en dépit du fait que le MNLA avait réussi à asséner un coup douloureux à AQMI par le meurtre de son commandant adjoint, Mokhtar Belmokhtar.

Ce fut le jour où le MNLA réalisait que Ansar Dine ne contrôlait pas la situation, mais que plutôt AQMI en tenait les rennes, et qu’aucun accord ne pouvait être conclu avec son mandataire, Lyadh. Aujourd’hui, le MNLA comprend que le combat est contre AQMI, et il réévalue sa stratégie militaire.

Il semble que le MNLA ne peut compter sur le soutien de personne. L’Algérie a peur d’avoir un État indépendant en Afrique du Nord avec une majorité berbère : il craint que les berbères Kabyles sur son propre territoire puissent se rebeller et déclarer eux aussi leur indépendance de l’Algérie. Le régime algérien craint également que la nouvelle nation de l’Azawad puisse être une menace pour les intérêts de l’Algérie dans le Sahara. Il n’est pas surprenant, donc, que le Président de l’Algérie, Abdelaziz Bouteflika, ait reçu une délégation d’Ansar Dine. Le Niger ne veut pas non plus voir un État libre de l’Azawad: lui aussi, craint une rébellion touarègue dans ses montagnes de l’Aïr.

Ensuite, il y a la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), qui est complètement perdu. Il ne veut pas d’un Azawad indépendant, il ne veut pas d’ AQMI, et il ne veut même pas soutenir le capitaine Amadou Sanogo Haya, le chef du récent coup d’État malien.

Pour l’instant, grâce à des conflits d’intérêts et les faiblesses de ses ennemis, le MNLA parvient à survivre. Cette situation n’est pas nécessairement temporaire : les problèmes qui empêchent les ennemis de l’Azawad de l’essuyer de la carte, semblent être tout à fait chronique. La plus grande ressource du MNLA, par conséquent, est l’incapacité stratégique et les limites de ses ennemis.

Mais que peut faire l’Occident, et en particulier l’Amérique ?

Il est compréhensible que l’Occident ne veut pas changer l’ordre colonial en Afrique, et préfère maintenir le statu quo plutôt que de faire face aux rébellions à travers le continent. Même si le MNLA pourrait être des alliés naturels – puisqu’ils sont laïques, démocratiques et anti-terrorisme – il ne serait pas aisé de les soutenir contre le Mali, même si le MNLA a déjà combattu avec succès l’AQMI et tué son commandant adjoint.

Ce que l’on doit considérer est là où vont les choses dans Azawad. D’une façon ou d’une autre, le MNLA va survivre. Ses membres sont une force véritablement laïque avec des gens prêts à se battre, ils seraient un élément fort sur le terrain, que ce soit comme un mouvement de combat ou comme un État indépendant. Ils sont les seuls à comprendre comment se battre dans le désert et sont prêts à prendre le dessus sur Al-Qaïda et à mourir pour leur patrie. Mais sans armes et sans argent, il est difficile de dire combien de temps ils seront en mesure de se battre. Ansar Dine tente de recruter des membres de la population touarègue seulement parce que le mouvement semble avoir des sources illimitées d’argent. Une fois que le MNLA sera en mesure de montrer qu’il bénéficie de soutien financier, les recrues qui ont rejoint Ansar Adine pour un gain financier vont revenir au MNLA.

S’il n’y a pas de MNLA pour lutter contre AQMI, que va t-il se passer ? AQMI ne retournera pas sur les montagnes, ses dirigeants ont déclaré qu’ils voulaient rester et étendre leurs activités dans les pays voisins, en coordination avec les groupes fondamentalistes d’Al-Shabaab en Somalie et Boko Haram au Nigeria. Ce serait le pire résultat à la fois pour l’Occident et pour l’espoir de l’Afrique.

 

De : Anna Mahjar-Barducci publié par le Gatestone Institute

http://www.gatestoneinstitute.org/3227/azawad-al-qaeda

Traduit de l’anglais par : Samia At Aamriwt

Commentaires

  1. immobilier dit :

    sensationnelle article, merci beaucoup.

  2. Tamurt dit :

    tres remarquable comme article !
    De tt facon tôt au tard le MNLA aura son etat sans oublier les berberes algeriens, marocains…

Répondre à immobilier Annuler la réponse.

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