Oumeri de Jerjer

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Par: Pluralité Liberté

Belaidi Ahmed, dit Oumeri, est né au village Aït jiima, versant ouest de Jerjer, dans la région d’Aït Vouwadou rattaché à la commune Iwadhiyin. Le chemin qui y mène prend naissance au col de Tléta (Tizi-n-Tléta ou Tizi-n-Tslath). Oumeri de Jerjer grandi dans ce village de montagne jusqu’à son départ à Voghni où il travaillerait dans une boulangerie et ferait la connaissance de son meilleur ami et compagnon d’armes. Un Kabyle d’Ighil Imoula anti-colonialiste qui a militait un temps dans les rangs du P.P.A de Messali el hadj, avant de le quitter et de consacrer sa lutte pour la Kabylie.

Quand ton fils a grandi, considère-le comme ton frère dit la philosophie kabyle. C’est ainsi qu’un jour une tradition kabyle qui prescrit de rapporter une tête de veau lorsqu’un membre de la famille se rende pour la première fois au marché fut respectée. Ce jour-là Oumeri a accompagné son père au marché Iwadhiyin. Ce jour-là le rejet de l’injustice d’Oumeri de Jerjer à mis un homme par terre groggy, en deux coups de poings avant de s’esquiver de peur d’être reconnu. C’est cet incident qui lui ferait choisir la région de Voghni lorsqu’il partit à la conquête de la liberté. Un autre incident plus grave encore le mènerait à Tizi wlezou, en effet, un jour, il s’est rendu à Amechras dans le but de le visiter. Après quelques heures de marche, il entre dans un café maure pour se rafraichir et y trouva Moh Arezki. En quittant les lieux, se dresse devant la porte le garde champêtre et son Varnus bleu. Un homme aveuglé par l’indignité qui se venge sur le peuple. Il donne un coup de cravache à Oumeri de Jerjer, en réponse il reçu un terrible coup de poing sur la mâchoire et s’écroula de tout son long par terre. Conscient de la gravité de son acte, il quitte la région pour Tizi- wlezou. Il occuperait le poste de gardien sous le nom de Said Ouamer dans un entrepôt de liège appartenant comme il se doit à l’époque à un français.

Alors qu’il se promenait dans les rues de la Cité, le hasard met sur sa route son cousin M’hand. Après les effusions de joie Oumeri renseigne son cousin sur son nom d’empreinte. Ils échangèrent les nouvelles. M’hand apprend à Oumeri de Jerjer qu’il a reçu une convocation du bureau de recrutement et il est affecté au 5éme R.T.A, stationné à el Harrach. Accompagner de son cousin il se rendit chez le patron français et l’informa qu’il doit absolument quitter son travail. Il reçu son dû et après un temps les deux cousins se séparent. Oumeri de Jerjer se rendit à la caserne de Tizi wlezou comme indiquer sur la convocation. Il passa sa visite d’incorporation, fut déclaré bon pour le service et endossa l’uniforme. Un mois plus tard, on lui signifia son départ pour Maison-Carré (el Harrach). Après presque 2 ans d’entrainement et une seule permission qu’il passa dans son village, auprès de ses parents, il fut transféré au sud de Tamazgha centrale. En 1939, à la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, il fut rappelé à El Harrach et transféré en France, bien évidemment sur le front des hostilités. Dans le désordre qui fait suite à la défaite de la France face à l’armée allemande, son bataillon se disperse dans une fuite en avant. Oumeri de Jerjer se retrouve seul, isolé dans la compagne. Il échangea sa tenue militaire contre des vêtements civils empaqueta ses armes et prit la direction de Paris, en évitant soigneusement la route.

Dans la capitale française, il se dirigea naturellement vers Barbés où vivent la plupart des émigrés kabyles, dont les gens de sa région. Dans cet arrondissement de Paris, il retrouva son Ami Moh Arezki. Ce Citoyen de la République Kabylie qui refuse de mourir avait subi un mois de prison suite à la sévère correction administrée par Oumeri de Jerjer au garde champêtre. À sa sortie de prison, il avait pris un bateau pour Paris. Depuis cette rencontre et jusqu’au retour de Moh Arezki au pays, ils ne se quittèrent plus. Un soir Moh Arezki invita son inséparable ami au cinéma, scandaliser par un documentaire réalisé sur les Africains du nord, Moh Arezki dégaina son arme qu’il portait en permanence sur lui et tira sur l’image du policier à l’écran suscitant une panique générale dans la salle. Les deux amis quittèrent vite les lieux et se cachèrent deux jours dans un hôtel. Quelque jours passèrent et Moh Arezki informa son ami qu’il rentre au pays, il l’accompagna à la gare de Lyon d’où il prit le train pour Marseille afin d’embarquer pour sa terre natale.

Peu de temps avant la chute de l’Allemagne nazi, Oumeri de Jerjer retrouva le sol de la République Kabylie où il allait entrer en lutte ouverte contre l’oppression du peuple kabyle. À son retour à Aït Jiima, le lendemain, il cacha dans une grotte son arsenal militaire qui ne l’a jamais quitté depuis la ligne Maginot : un poignard, un Parabellum, une mitrailleuse et des chargeurs. Le jour suivant il se rendit à Ighil Imoula pour rendre visite à son ami Moh Arezki. Ses idées politiques de celui-ci ont rendu sa situation tendue, intenable. Les forces de police, les agents des renseignements lui font une chasse à l’homme. Pendant des jours Oumeri de Jerjer se promenait dans la nature, Méditerranée, africaine, de Jerjer. À quoi pensait-il ? À reprendre sa liberté et se battre pour l’héritage légué par les ancêtres ?

Le 12 mai 1945, Moh Arezki alla rendre visite à son ami Oumeri de Jerjer et d’un commun accord ils décidèrent de constituer un groupe et passer à l’action. Ils arrêtent une date et se donnent rendez-vous à la gare de Maâtka et de là iront ensemble à Aït Abdelmimoun lieu de la réunion. Le jour J les quatre Kabyles se retrouvent dans un refuge aménagé auparavant par Moh Arezki. Belaidi Ahmed dit Oumeri, hadj Ali Moh Arezki, Amar Khodja Achène dit Asmane, du village Maksent de Aït abdelmimoun, Amar Amsah de Nacyria. Leur ligne politique est de rançonner les riches pour donner aux pauvres, sanctionner sévèrement les agents de l’administration qui brutalisent le peuple kabyle. Un peuple abandonné à la misère la plus grasse qui vit d’herbes et de racines dont la tige de chardon constitue la base de l’alimentation. Un peuple qui assiste impuissant à la mort de ses enfants. Cinq enfants sont morts pour avoir mangé des racines vénéneuses. Par un petit matin, j’ai vu à Tizi-Ouzou, des enfants en loques disputer à des chiens kabyles le contenu d’une poubelle. Sur mes questions, un habitant m‘a répandu : « c’est tous les matins comme ça à écrit le prix Nobel, en 1939.

Énuméré les multiples actions, les gendarmes qu’ils ont désarmés, les bureaux de collecte des impôts braqués, les policiers ridiculisés, les joies des paysans pressurés par la colonisation, heureux de recevoir du réconfort et une aide précieuse et d’offrir leur affection au groupe d’Oumeri de Jerjer. Les corrections que récurèrent les valets zélés de l’administration ou nommé tous les lieux de la Kabyle sillonnée serait long. La détermination du groupe Oumeri de Jerjer installa la peur dans les cœurs des services d’ordre de l’administration coloniale. Les caïds véreux, les exploiteurs du peuple modifièrent leurs habitudes et restèrent constamment sur leur garde. La nuit ils ne dormaient que d’un œil, le jour ils s’éloignent guère du village et circulent toujours accompagner d’escorte. Le peuple kabyle retrouva un peu de courage et de fierté qui lui seront utile en 1954. D’autres groupes virent le jour sur tous les versants de Jerjer et les plaines de Kabylie. Nous sommes leurs héritiers et à ce titre nous parachèverons leur combat : libérer la Kabyle.

Il faut commencer par replacer un contexte dans son temps pour y voir plus clair, alors le traitre réapparait prisonnier utilisé pour brimer celui qui est libre au prix de sa vie et si l’enchainé échoue dans sa mission, c’est sur sa tête que tomberait l’épée de Damoclès. La trahison, l’engagement aux côtés de la puissance occupant ne sont pas des actes propres aux Kabyles, qui ont toujours fini par accompagner l’envahisseur à la porte de sortie. Ils ont toujours su récupérer leur liberté, mais n’ont jamais su ou fait le nécessaire pour la garder. L’histoire de l’humanité en est pleine. Face à la révolte d’hommes noble, les autorités occupantes ne demeurent pas passives, elles utilisent tous les moyens pour rétablir son autorité. Les caïds, les présidents des centres municipaux, les gardes champêtres et même les Tamuns furent souvent rendus responsable du désordre et menacés de révocation, d’emprisonnement, même de déportation s’ils ne parvenaient pas à rétablir “l’ordre public,” peu importe la sentence, elle signait leur descende en enfer, celui qui a goûté à la viande de la perdrix.

Oumeri de Jerjer et Hadj Ali Moh-Arezki, le politicien du groupe sont morts le 16 février 1947 dans un guet-apens tendu par l’administration française, Amar Amsah mort à Baghlia, khodja Ahcene dit Amrane, mort à Maâtka. Tous assassiner par la colonisation pour faire taire l’esprit kabyle. Pour l’administration coloniale, il faut déshabiller Oumeri de Jerjer, lui enlever ses vêtements blancs incarnant la pureté pour lui faire endosser des loques noircies par la grasse. Le journal d’Alger qui s’attela à cette tache échoua dans sa tentative de salir le sommet de Jerjer. L’homme est mort sous les balles des droits de l’homme ! Oumeri de Jerjer prit son envol et monte dans le firmament inscrire son nom dans le registre des légendes. Il avait aimé les pauvres, servi les humbles, défendu son peuple et c’est pour lui qu’il a sacrifié sa vie. De reportages écrits voulurent dépeindre Oumeri de Jerjer, ses amis sous les traits de malfaiteurs. Or qu’ont-ils fait ? Attaqués les trafiquants du marché noir, les agents serviles de l’administration coloniale qui a réduit le peuple kabyle en esclavage. Voilà donc le “crime” dont les accuse la mission civilisationnelle.

Quoiqu’absent, son nom dans les cœurs luit,

Il espère qu’on se souvienne de lui.

Et, si sous terre, il est enfoui,

C’est pour les déshérités, qu’il s’est sacrifié.

O, Ahmed Oumeri O, lion des forêts

Pour toi les cœurs ont saigné,

O, Ahmed Oumeri O, lion des forêts

C’est le deuil que tu nous as laissé.

Le groupe Oumeri de Jerjer n’était pas une organisation de bandits d’honneur, il n’était pas un groupe de malfrats. Ce groupe combattait pour l’honneur et la liberté de son peuple. Ils ont montré l’exemple et ouvert la voie du maquis, à leurs coups de feu, d’autre allaient faire écho pour décoloniser l’Algérie qui méprise littéralement son existence et ne lui a pas rendu les honneurs qu’il mérite. Un oubli volontaire. Dda Oumeri et ses amis ont montré qu’on peut résister efficacement contre un puissant ennemi et le vaincre. Il suffit d’être sûr de ce qu’on veut et la détermination pour l’obtenir. Il n’est pas nécessaire d’emprunter la voix des armes pour amener l’État algérien à se rendre à l’évidence et entendre la logique de son propre discours.

Aujourd’hui on porte les mêmes accusations sur les Kabyles debout pour construire la République Kabylie. Oumeri de Jerjer avait bien compris la situation, sans action et l’argent on ne peut apporter nul aide à personne, ni même réconfort aux nombreuses raisons de…lamentations qui s’accumulent pour cause d’inaction. Nous devons suivre l’exemple et nous engagés davantage, on ne s’attaquerait pas aux établissements de collecte d’impôts qui saigne la Kabylie, nous créerons le premier impôt kabyle, pour relever la Kabylie. Prenons en charge la Kabylie que nous pleurons, ignorons le régime sans fin. Nous devons payer un impôt pour aider la République Kabylie à se construire. Tout Kabyle doit s’y contribuer, 10 dollars, 10 euro par mois c’est à porter de bourse de tous les Kabyles de la diaspora. Quant au moyen à utiliser pour le collecter, en dehors du fait qu’à mon sens la participation ne devrait jamais se faire par la contrainte, le reste au gouvernement kabyle, aux associations… aux érudits kabyles de démontrer leurs compétences. Il est clair qu’il y a une majorité d’autonomistes, une minorité d’indépendantistes qui ne dit ni n’écrit presque rien et n’a aucune structure, pour l’instant, deux clubs d’algérianistes, l’un est constitué de véritables Kabyles qui aiment et tiennent à leur kaylité, sont pour l’officialisation l’institutionnalisation, l’enseignement etc., de la langue Kabyle. L’autre est composé de kabyle de service. Enfin un noyau d’islamiste. Si les deux premiers nommés ne voient aucun inconvénient à payer un impôt, les premiers algérianistes n’ont pas compris que leur Algérie tant aimée n’existe plus depuis 1990. Et s’ils aiment véritablement la Kabylie, ils finiront par comprendre que leur position va à l’encontre des intérêts de leur Kabylie. Les islamistes dopés au blues Oriental ils combattent toute idée kabyle et continueront à œuvrer pour livrer la Kabylie à l’arabisme. D’eux rien à espérer, tout à redouter.

Takfarinas Azwaw.

Bibliographie

Tahar Oussedik, Oumeri.

Albert Camus, la misère de la Kabylie.

Internet.

Commentaires

  1. Hend dit :

    Bonsoir,merci pour ce récit historique précieux.Il serait utile d’approfondir ce travail de mémoire afin d’éditer un livre sur feu Oumeri.
    Par ailleurs a-t-il fréquenté l’école?Certaine sources comme Mr Brahimi signalent l’influence d’un instituteur Kabyle Mohand Akli LECHANI en poste à At BUWADU dans sa prise de conscience anticolonialiste.Avez-vous des informations là-dessus?
    tanemirt

  2. Anonyme dit :

    svp je suis journaliste j aurai besoin du contact de celui qui a écrit ce papier c’est très urgent merci

  3. Amazigh dit :

    Azul.
    En publiant ce document, vous aurez en quelque sorte exaucé mon voeu. Je ne vous remercierai jamais a&ssez.
    Ar tufat.

    NB- C’est curieux,je n’ai découvert cette rubrique qu’aujourd’hui

  4. Samia dit :

    Merci pour ce post qui met en lumiere l’un de valeureux Hommes de notre kabylie Umeri n Jerjer

    • soleil dit :

      svp ,je suis journaliste et je travaille sur ce sujet est ce que je pourrai avoir les contacts de celui qui a écrit ou édité ce document merci .

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