Fadhma N-Soumeur (suite et fin)

Par: Pluralité Liberté

L’entêtement et l’esprit revanchard du peuple kabyle, plie, mais ne rompe pas, qu’elle que soit la tempête qui souffle sur ce valeureux peuple, il relève toujours la tête. Au cours de sa longue histoire, il a affronté de très nombreux envahisseurs et livré d’une manière continue des combats pour préserver son indépendance. depuis des siècles, il lutte et jamais, il n’a désespéré de reconquérir enfin sa liberté. Aujourd’hui la lutte contre le pouvoir illégitime d’Alger est pacifique, toutefois, notre patience a ses limites, nous disons, nous indépendantistes, si ce pouvoir d’assassins qui veut dénaturer notre âme reste muet à nos revendications, nous suivrons l’exemple de la Reine Kabyle, le bruit des armes finira par lui faire entendre raison.

C’est le 10 juillet 1857 que le Maréchal Randon apprit, par l’intermédiaire de ses espions la présence de la guerrière Fadhma N-Soumeur et de son armée à Icheridhen. La nouvelle lui causa une joie immense et il fit sonner aussitôt le rassemblement de son armée qui stationnait aux abords de la ville. Pour éviter d’être pris au dépourvu, il résolut de devancer son adversaire et de lui ravir l’initiative des opérations. Il détacha, en avant-garde, la cavalerie qui dépendait du Général Yusuf ; puis, l’artillerie commandée par le général Reynold se met en route. Ce fut ensuite au tour de l’infanterie qui se trouvait sous le commandement du général Camou à se diriger vers le front. Le Maréchal Randon et les membres de son état-major suivirent en arrière du détachement.

La Reine kabyle prit ses dispositions de combat et définit clairement les responsabilité de chacun des chefs. Outre son frère Tahar, il y avait à ses côtés : Omar Ussaid, Umouhand Natth Frech, Omar Ulmokhstar Nath Yirathen et Muhand Uchikhoum. Ils étaient tous admirés pour leur courage, leur valeur militaire et inspiraient une confiance illimitée. Les guerriers sont répartis par groupes à tous les points stratégiques. Fadhma N-Soumeur et ses guerrières toutes habillent de rouge, se placèrent au milieu des troupes.

Cette seconde bataille d’Icheridhen débuta vers onze heure par l’intervention de l’artillerie qui bombarda durant des heures les positions tenues par l’armée kabyle. Les obus pleuvent de façon ininterrompu, en éclatant au sol, ils firent dénombrable victimes, mais n’entamèrent nullement le moral des guerriers et guerrières. Tous savent que l’indépendance du pays dépendait de la bataille qui vient de commencer. Lorsque les canons se turent enfin, l’armée française fit son apparition : les cavaliers au Sud et les fantassins majoritairement des zouaves au Nord et au sommet de la colline apparaît le Maréchal Randon et son état major.

Lorsque le clairon sonna la charge, les cavaliers sabre hors du fourreau, s’élancèrent au galop tandis que les fantassins précipitèrent leurs course. L’armée kabyle les attendaient calmement, puis se mirent à tirer et causèrent beaucoup de mort. La bataille fait rage et nul ne prêtait attention aux mourant ni aux plaintes des blessés. Les cadavres en s’amoncelant les uns sur les autres purent servir d’abris efficaces et furent utilisés pour éviter les tirs meurtrier de l’armée kabyle. Ce rempart humain, fait de mort et de blessés graves, permit aux soldats français qui retournaient sans cesse à l’assaut, de s’accrocher et de rendre coup pour coup. En effet on se fusilla sans pitié. Chaque mort, blessé est immédiatement remplacé par un valide.

Des brèches furent bientôt ouvertes parmi les défenseurs et furent progressivement élargies et présentèrent alors des passages à l’armée française. L’armée kabyle intervient massivement afin de rétablir l’équilibre des forces et tenter de refouler les assaillants, mais en dépit du courage dont ils firent preuve, ils ne réussirent pas à colmater les percées opérées à travers les lignes, car l’armée française était quatre fois plus nombreuse et mieux équipée. La lutte prit une nouvelle tournure et se transforma en un corps à corps. Fadhma N-Soumeur et ses guerrières affleurent et jetèrent dans le combat on poussant des cris strident et encouragèrent les guerriers kabyles qui redoublèrent d’efforts et à grands coups de yatagan contraignirent les français à reculer.

C’est ce moment que choisit le Maréchal Randon pour faire intervenir les troupes laissées en réserves. Entraînées par le sanguinaire Yusuf, elles attaquèrent, mais furent partout contenues. Randon fit alors sonner le repli et demanda l’intervention de l’artillerie qui pilonna les lignes de l’armée kabyle. L’armée kabyle s’éparpille et rompit l’ordre de bataille adopté et appliqué jusque-là. Voulant tirer profit de cette situation inespérée, le Maréchal Randon relança la cavalerie et les fantassins à l’assaut. Épuisés, décimés l’armée kabyle résista longtemps aux attaquent répétées de l’armée française. Épuisés décimés, craignant de succomber sous le nombre, ils battirent en retraite sous la conduite de la Reine kabyle.

Maître d’Icheridhen, le Maréchal Randon descendit de son observatoire pour parcourir à cheval le champ de bataille couvert de morts sur qui tombait le nuit. « ils furent en parlant des kabyles, des adversaire courageux et loyaux » sur le chemin du retour vers Fort Napoléon, il demanda au général sanguinaire Yusuf qui chevauchait à ses côtés :

 Yusuf , nos adversaire sont, si j’ai bien vu, commandés par une femme ?

 Oui monsieur le Maréchal.

 Quelle nom porte-t-elle ?

 Je l’ignora monsieur le Maréchal.

Et bien nous l’appèlerons désormais « la Jeanne d’Arc de Jerjer ».

Après la défaite d’Icheridhen, la Reine kabyle accompagner par les soldats et les guerrières qui survécurent à l’affrontement gagnèrent Soumeur pour organiser la résistance. Fadhma N-Soumeur envoya des émissaires qui sillonnèrent les villages limitrophes pour sensibiliser les populations et demander des volontaires. Des tranchées furent consolidées et tenues, par de jeunes combattants. Les femmes et les enfants contribuèrent à rendre efficaces les mesures de sécurité. Pour écarter le danger d’une attaque massive contre la tribu des Ath Yetsouregh, Fadhma N-Soumeur la fit cerner par un cordon de troupes placées sous le commandement de frère Mohand Tayeb.

Le Maréchal Randon reprit, à la tête de son armée renforcer par des renforts en hommes et en matériel, le chemin vers l’imposante montagnes de Jerjer. Mise à part quelques accrochages à Taourirt n’Teïdit et à Aourir Nath Amar Ussaid, il ne rencontra aucune opposition. En effet les habitants des villages ont dans leur presque totalité déposaient les armes et contraint de payer de lourdes amendes pour avoir osé défendre leurs bien, leurs vie, leurs indépendance. Les Ath Yenni et les Ath Ouacif subirent le même sort. Revenant sur ses pas, il se dirigea vers les Ath Yahia, qu’il pensait sages et depuis longtemps acquis à la paix. Mais les habitants de cette importante tribu refusèrent de se plier à ses exigences et préféraient se battre. Les troupes française ne lésinèrent pas sur les moyens. Les villages furent bombardés, les habitations détruites, les récoltes brûlées, de nombreuses personnes furent fusillées à titre de représailles, alors les survivants firent leur soumission.

Évitant l’importante confédération Nath Yetsouregh bien défendu, Maréchal Randon savait que c’est en l’isoler qu’il viendrait plus facilement à bout. Soumeur s’avérait imprenable et ce n’est que par un travail de sape qu’il comptait le réduire et mettre un terme au conflit fort coûteux en vies humaines. Suivant un chemin détourné, il pénétra en territoire Illiltens et lâcha ses soldats a majorité de zouaves et leur recommanda avec insistance la dévastation systématique de toute la région. Les foyer d’incendie furent allumés partout : les forêts, les vergers, les maisons, toute l’agglomérations fut soumis à l’épreuve de feu. Ensuite il se retourna contre Soumeur, il fit mettre en batterie tous ses canons. Avant même que le bombardement commença, la Reine Kabyle à réunit les enfants, les femmes, les vieillards et les emmena à Takhelidjt Nath Aatsu, pour les mettre à l’abri. Petit village qui était hors de porté de l’artillerie.

Les combats se multiplièrent et prirent une ampleur démesurée. Ni les obus, ni les cavaliers et ni les zouaves qui revenaient constamment à l’assaut n’avaient ébranler le courage et la détermination de l’armée kabyle. Se rendant compte de son impuissance à vaincre par les armes, le Maréchal Randon convoqua à son P.C. le capitaine Ferchaut et lui dit :

Capitaine Ferchaut, écoutez attentivement ce que j’ai à vous confier.

 Je suis à vos ordres, monsieur le Maréchal.

 Je vais vous charger d’une mission d’une importance capital. À ce titre, elle est à la fois délicate et dangereuse. Si vous la menez à bonne fin, les hostilités cesseront aussitôt. C’est de votre succès que dépendra la victoire. Je vais demander à nos adversaire d’observer une trêve de douze heures et les inviter à envisager la paix. Je leur demanderai de se présenter à mon P.C. pour faire connaître leur conditions et entamer la discussions. Je me montrerai, suivants les circonstances, ferme, rigide ou prêt à toutes concessions car je veux gagner le temps qui vous est nécessaire pour réussir. De toute évidence, les négociations se prolongeront toute la nuit s’il le faut. Ce temps vous suffira largement pour réaliser ce que j’attends de vous.

Je suis prêt, monsieur le Maréchal.

Vous allez sur le champ, sélectionner un groupe de soldats solides et décidés. Vous vous camouflerez à proximité de mon P.C. et vous attendrez mes ordres. Quand tombera le nuit, je vous enverrai, pour vous guider un rallié, un homme sûr qui vous conduira au refuge occupé par « la Jeanne d’Arc de Jerjer ». vous la capturerez et vous l’amènerez sans perdre de temps. Est-ce clair capitaine ?

Oui monsieur le Maréchal, c’est très clair.

 Alors capitaine, mettez-vous à l’exécution je vous vous souhaite bonne chance et bonne chasse.

Les délègues Kabyle conduits par Mohand Tayeb arrivèrent au P.C. du Maréchal Randon. Ils se présentèrent sans armes, furent reçus aussitôt et conduits sous la tente réservée aux pourparlers. Randon qui ouvrit les débats posa tout d’abord des conditions inacceptables :

La reddition sans condition de la Reine kabyle et la remise des armes par les combattants eux-mêmes. Pour impressionner ses interlocuteurs et prévenir un refus ferme et catégoriques, il laissa planer la menace d’une intervention massive de l’armée.

Mohand Tayeb se redressa et déclara :

Soyons sérieux toute paix suppose un pacte qui doit être contresigné, après entente par les deux parties en présence. Nous n’avons, quant à nous, des vues réalistes concernant l’arrêt des combats et à ce sujet, des propositions concrètes à formuler. Elles sont au nombre de quatre :

1. Respect de la personnalité des habitants de la propriété et des villages.

2. Les chefs de l’armée ne doivent pas être inquiétés.

3. Refus de payer l’impôt.

4. Les troupes doivent se tenir à l’écart de toutes les agglomérations.

Le Maréchal Randon feignit d’accepter ces clauses mais exigea en contrepartie le dépôt des armes par les guerriers et les guerrières. À la suite de cet accord, il donna sa parole d’honneur de respecter fidèlement ses engagements et leva la séance. Puis il fit signe aux soldats et leurs ordonna de mettre les négociateurs en état d’arrestations, car on lui a déjà annoncer discrètement la prise et l’arrivée de la Reine Kabyle. Elle fut introduite dans la tente de Randon, en compagnie de quelque femmes qui tenaient à l’accompagne, il les reçut avec beaucoup d’égard et se montra déférent et tint à satisfaire leurs doléances. Le lendemain le vainqueur convoqua tous ses officiers et un détachement militaire pour rendre les honneurs à la Reine kabyle. Lorsqu’elle apparut tout l’assistance lui témoigna son admiration. Sa jeunesse (27 ans), sa grande beauté, le regard fier imposèrent le respect à la foule des soldats. Ensuite le Maréchal en tenue d’apparat et au garde-à-vous, cria :

 Messieurs, j’ai l’honneur de vous présenter la Jeanne d’Arc de Jerjer.

Reniant sa parole d’honneur, Randon il spolia et rançonner le peuple kabyle qu’il déshérita de ses bien. la demeure de notre Reine fut mise à sac par les zouaves ivre de rapines. Une très grosse quantité de bijoux fut dérobée, aussi bien ceux de la famille de Fadhma N-Soumeur que ceux confient à la Reine par d’autres femmes. Tout le bétail disparut. Des livres reliés furent aussi emportés.

C’est ainsi que s’acheva la guerre entre la nation kabyle et la France. Une guerre qui fit couler beaucoup de sang et accumula un nombre considérable de morts. Presque tous les villages, cités du pays kabyle furent incendiés et plongèrent la nation kabyle dans la misère et accrurent le paupérisme.

 Après la cérémonie, l’armée française reprit la route de Fort Napoléon. Les prisonniers dont les frères de Fadhma N-Soumeur ainsi que vingt cinq guerrières étaient pris en charge par le sanguinaire Yusuf et les zouaves encadrés par un peloton de cavalerie. Ils passèrent deux nuit au fort Napoléon et le troisième jour, ils furent transférer dans la propriété de la famille de la Reine qu’elle possède au Isser où ils vécurent quarante-neuf jours dans un complet isolement. Un soir s’adressant à ses neveux, les enfants de Tahar, Fadhma N-Soumeur leur confia :

  C’est la guerre qui vous a chassé de Soumeur, c’est elle qui vous y fera retourner.

Fin août 1857, les Flissa, excédés par le comportement et la rapacité des occupants, se soulevèrent. Refusant de continuer a supporter les multiples vexations auxquelles ils étaient soumis quotidiennement, ils prirent les armes et se regroupèrent dans les bois avant de passer à l’action. Soupçonnant une intervention des partisans de la Reine Kabyle et soucieux de prévenir une généralisation de la rébellion, les responsable français prirent des mesure énergiques. Les enfants accompagnés de leur mères furent renvoyés à Soumeur tandis que les adultes étaient astreints à l’éloignement.

Ils furent conduit a Aït-slimanes, près de Tablat et placés sous la garde du renégat du bachagha Tahar ben Mehieddine depuis longtemps rallié aux nouveaux maître du pays. La Reine kabyle et sa cour furent enfermés dans une bâtisse proche de la résidence du traître et furent l’objet d’une surveillance constante. Fadhma N-Soumeur y vécut six ans. En 1861, son frère Tahar mourut terrassé par la fièvre. Un an plus tard la Reine tomba gravement malade et perdit l’usage de son bras gauche. La paralysie gagna lentement tout le côté au point de se voir obligée de demeurer au lit et de garder une immobilité complète. Les guerrières ne l’abandonnèrent jamais et lui prodiguèrent des soins dévoués et se relayèrent jour et nuit à son chevet.

Sentant sa fin prochaine, elle fit preuve de courage devant la mort et demanda à tous ceux qui l’assistèrent dans ses derniers moments de ne pas la pleurer et de pousser des you-you à l’occasion de son enterrement. En septembre 1863, la Reine des Kabyles rendit l’âme à la fleur de l’âge. En effet, elle avait trente trois ans.

Bonne nuit ma Reine.

 Takfarinas Azwaw.



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