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Le Syndrome du Caire. La crise égypto-algérienne : nature et enjeux.

15845129142693432514898168607820365265572n.jpgLa crise égypto-algérienne : nature et enjeux

Le football est conjoncturellement un autre opium des peuples. Même s’il ne provoque pas encore de guerre entre pays, il les y incite comme c’est le cas actuellement entre l’Egypte et l’Algérie.

Le match retour Egypte-Algérie pour la qualification au mondial 2010, à la surprise générale, a engendré une crise politique inattendue et sans précédent entre les deux Etats. Pendant que, depuis plus d’un mois, la déferlante médiatique égyptienne apporte chaque jour son lot d’insultes et d’invectives suivies de mesures officielles de rétorsion contre les Algériens, les autorités de ces derniers font le dos rond, adoptent une sorte de profil bas et appellent toujours au calme au nom de la fraternité arabe. Scandalisée par tant de mollesse et de lâcheté de ses gouvernants, piquée dans son honneur, la presse algérienne dite libre ne cesse de s’interroger sur leur mutisme et particulièrement sur le silence coupable du premier d’entre eux, Bouteflika.

Or, s’il fallait quelqu’un pour défendre l’honneur des Algériens contre la montée hystérique en force des médias égyptiens, il ne faut surtout pas compter sur le pouvoir d’Alger, qui cherche, à la différence de l’Egypte, à calmer le jeu. Bouteflika ne voulait instrumentaliser les Verts qu’à travers une sorte de mise en scène par laquelle il s’attirerait la sympathie de leurs centaines de milliers de supporteurs.

Pourtant, ce silence étrange des autorités algériennes s’explique par des raisons toutes simples. A la base, il y a chez elles un grand complexe d’infériorité qui les tétanise devant cette Egypte.qui était jusque-là leur point cardinal. Elles sont encore tellement en adoration devant les Egyptiens qu’ils ne trouvent ni armes ni intérêt à s’attaquer ou, tout au moins, à répondre aux attaques avilissantes du « grand frère ».

L’analyse la plus plausible de cette attitude est celle qui mettrait en avant la relation incestueuse entre le clan d’Oujda, toujours au pouvoir en Algérie, et sa mère-patrie idéologique, l’Egypte, et ce, depuis Gamal Abdel Nasser des années 50. Ce Clan est lui-même une pure fabrication des laboratoires égyptiens qui l’ont instrumentalisé pour l’extension de l’hégémonie nassérienne sur le « monde arabe » auquel fut ainsi annexée l’Afrique du Nord. Aussitôt commença à déferler sur notre sous-continent le panarabisme au nom de la « oumma-el-ârabiya », cette expression si courante et si chère dans la bouche du Raïs. Bien entendu, l’Afrique du Nord n’était qu’un appoint politique pour faire pencher la balance des rapports de force proche-orientaux en faveur de Nasser. L’histoire égypto-algérienne a retenu à tort le soutien de Gamal Abdel Nasser à la « révolution algérienne », autrement dit au FLN de la guerre d’indépendance. En réalité, la délégation étrangère basée au Caire n’était acceptée que dans la mesure où elle permettait à l’Egypte d’être plus informée des luttes intestines des dirigeants du FLN pour mieux les accentuer en sa faveur. Pour cela, elle n’hésita pas à pousser ses pions parmi eux à liquider leurs adversaires. Le Caire a ainsi une implication directe ou indirecte dans plusieurs assassinats politiques dont celui d’Abane Ramdane. Pour s’en convaincre, il n’y a qu’à lire les mémoires de Fethi Dib, bras droit de Nasser et chef des « Moukhabarates », publiées chez l’Harmattan, à Paris. Son poulain favori était Ben Bella, tête de file du Clan d’Oujda dont Bouteflika est aujourd’hui le parrain. Cette histoire a également été manipulée pour lui faire dire une contrevérité : L’Egypte n’a jamais été le premier pays à avoir reconnu l’indépendance de l’Algérie, ce mérite revient en réalité à …Israël. C’est en apprenant cette nouvelle que Nasser s’était dépêché d’envoyer son communiqué en le faisant passer pour antérieur à celui d’Israël.

Par ailleurs, l’Egypte de son côté, et à cause de cet ascendant pris très tôt sur le Clan d’Oujda, avait de tout temps considéré l’Algérie comme relevant de sa politique intérieure. Elle avait toujours pris l’Algérie pour une de ses provinces, voire pour une de ses colonies. Elle ne s’attendait pas à ce que le nègre se permette de botter le derrière du Maître, y compris sur le plan sportif. Visiblement, elle croyait qu’à la suite de l’agression préméditée contre le bus transportant les joueurs algériens, ceux-ci allaient perdre et le match qualificatif et leur honneur. « Ad rzen deg sen tissas » comme on le dit si bien en Kabyle.

Le silence du pouvoir algérien observé depuis un mois et les déclarations mi-figues mi-raisins de son chef de la diplomatie sont globalement la marque des faibles. C’est l’attitude d’un enfant au bord des larmes devant son père ou sa mère qui le gronde. L’idée de croiser le fer avec l’un ou l’autre le tétanise. Il n’ira donc pas vers le clash. Ce conflit est dans toute sa manifestation celui d’un Œdipe non assumé, un Œdipe castré.

Le pouvoir incarné par Bouteflika n’entretient de rivalité vive et manifeste qu’envers ses voisins. Il n’ira donc jamais titiller un pays arabe du Moyen-Orient sur quelque sujet que ce soit. Devant son manque de courage à défendre, face à l’Egypte, l’honneur bafoué des Algériens, c’est la rue qui s’en est chargée, et particulièrement la rue kabyle.

Bouteflika, même après la démonstration de son incompétence et de sa lâcheté dans cette affaire dont il aurait tant aimé faire l’économie, espère toujours s’adjuger les dividendes d’une victoire sportive à laquelle il n’a participé ni de près ni de loin. C’est le propre des prédateurs et des charognards, comme les hyènes, que de se tenir à l’écart des combats à mort, de ne pas risquer sa vie et d’attendre tranquillement que le travail soit terminé par plus vaillant qu’eux pour leur subtiliser le trophée.

L’autre angle d’éclairage de cette affaire est celui de la lutte entre deux hommes pour la commission d’un contrat de vente d’armes par la société américaine Lockheed à l’Algérie. Cette information a été publiée par la revue égyptienne « Inqad Misr ». Elle nous informe que c’était le fils du Raïs Moubarak qui devait au départ empocher une commission de quelques millions de dollars US. Il était jusque-là, le VRP de la dite compagnie. Au final ce fut le frère du président algérien, Saïd pour ne pas le nommer, qui rafla la mise. Ce serait donc Ala’ Moubarak, en voyant la commission lui passer sous le nez, le bonbon enlevé de sa bouche, qui aurait préparé, pour se venger, l’agression contre le bus transportant les joueurs algériens à leur arrivée au Caire ! Le football ne serait donc qu’un moyen au service d’un règlement de comptes mesquin et bassement mercantile entre familles présidentielles, égyptienne d’un côté et algérienne de l’autre. Le choc entre deux pays, n’était au départ qu’une escarmouche entre deux individus cupides et aux égos démesurés. C’est davantage à la psychanalyse qu’il y a lieu de confier l’explication de ce phénomène qu’à la politique.

En prenant les aspects monstrueux d’une affaire d’Etat, des deux côtés de la Lybie, télévisions, radios et presse écrite sont mises au service de délires nationaux comme seul le fascisme sait en produire. Médias et oppositions que pourtant Egypte et Algérie tentent de réduire à de vulgaires faire-valoir des régimes en place, sont tous mobilisés pour un seul objectif : Empester l’air de macabres et nauséabonds relents de nationalisme. Celui-ci dont les fonds de culotte étaient naguère usés jusqu’à la peau des fesses a miraculeusement ressurgi de ses basses fosses, le temps d’une illusion, d’une erreur, d’une griserie, d’une folie collectives ! Ce délire des rues va servir de sève nourricière à deux régimes politiques aux abois.

Cependant, à la première défaite de l’Algérie au Mondial, les choses vont prendre une toute autre tournure.

Côté algérien, les citoyens seront moralement de nouveau abattus, regagnés par le fatalisme, la peur et la résignation, tout comme leur quotidien reprenant sa fadeur sera dangereusement et étroitement encadré par les militaires et les terroristes islamistes. Les jeunes vont se livrer un peu plus à la drogue, la boisson et autres fléaux. Le désespoir qui va s’emparer d’eux leur fera miroiter encore une fois une lueur d’espoir dans des barques de fortune au moyen desquelles ils seront plus nombreux qu’auparavant à tenter de gagner un rivage de fortune, pourvu qu’il soit européen, quittes à servir de repas aux poissons.

Côté égyptien, la colère d’aujourd’hui va céder la place à une explosion de joie. La défaite de l’Algérie sera la victoire de l’Egypte. Allah sera invoqué pour louer la sanction divine infligée aux Algériens pour venger l’affront d’une déculottée sportive égyptienne osée contre les « vrais musulmans et les vrais Arabes » qu’ils ne sont pas !

Quelques mois plus tard, les deux pouvoirs vont se remettre aux embrassades et à la coopération économique et culturelle tous azimuts, pendant que leurs peuples reprendront leur vie de misère et de répression.

La fraternité interarabe sera plus valorisée que jamais et ce seront les Kabyles qui, comme d’habitude, se réveilleront avec la gueule de bois en découvrant une fois trop tard que dans toute cette affaire, ils étaient les seuls dindons de la farce. Pourquoi ? Parce qu’ils oublient souvent qu’ils sont l’ennemi commun des deux pouvoirs, hier comme aujourd’hui.

La Kabylie comme ennemi commun, depuis Abane Ramdane.

Tout commença en 1956, par la délégation du FLN établie au Caire. Nul ne peut passer sous silence le rôle joué par l’Egypte pour s’assurer la docilité de quelques dirigeants de la guerre de libération. Ainsi, l’histoire aura retenu que Gamal Abdel Nasser avait interdit à ses adeptes algériens dont Ben Bella qui, laisse-t-on dire, allait devenir son gendre, de participer au Congrès de la Soummam. D’après le Pr Belaid Abane, « Le projet soummamien initié par Abane était algérien, citoyen et politique ». Abane pensait ériger un Etat algérien, Nasser le voulait arabe pour qu’il lui soit inféodé. Ainsi, en établissant « le principe de primauté de l’intérieur sur l’extérieur » l’artisan d’Ifri contrariait les visées nassériennes.

Aujourd’hui, l’implication des services égyptiens dans l’assassinat de Abane n’est plus à démontrer. Pourtant ce dernier, tout en étant un Kabyle de Larvâa Nat Yiraten, refusait de mettre en avant sa kabylité, au nom de son algérianisme. Pire ! Il était parmi ceux qui avaient signé une lettre collective ordonnant à la Fédération FLN de France, la « liquidation » entre autres des « berbéristes » de son temps. Malgré son algérianité qui phagocytait sa kabylité, il était probablement à cause des deux, trop gênant pour le projet panarabe du Raïs. Nasser lui préféra Ben Bella, l’actuel soutien et ami de Bouteflika.

L’idée d’une armée des frontières trouva très vite ses adeptes parmi les membres de la délégation FLN du Caire. Une fois mise sur pied, elle adopta déjà la stratégie des hyènes. Elle ne devait pas avoir pour mission de venir en renfort à celle de l’intérieur mais d’attendre la fin de la guerre pour rentrer en force et confisquer l’indépendance de l’Algérie pour laquelle la Kabylie allait payer le prix le lus fort. Les récents déballages sous forme de règlement de comptes entre ex-dignitaires du régime, Chadli et Nezzar, en ont révélé quelques épisodes. C’est au sein de cette armée des frontières que naquit ce Clan d’Oujda qui a gardé de l’épisode Abane la haine du Kabyle.

Depuis 1956, le plan des Egyptiens avait fonctionné de bout en bout. Ils croyaient en récolter les fruits pour l’éternité. C’était le cas jusqu’à ce 8 novembre 2009 où, au détour d’une vulgaire commission d’un marché, suivie d’un match de football, tout se retrouve en ruines. Le château de cartes n’avait pas résisté au souffle momentané des passions. Serait-ce définitif ?

Il est difficile de croire aujourd’hui que la mainmise égyptienne sur l’Algérie serait derrière nous. Ni les prises de pouvoir en Algérie par la force de Ben Bella à Bouteflika, ni les hordes islamistes dont se débarrassait l’Egypte en nous les envoyant comme des enseignants ayant fini par engendrer les scieurs de poteaux électriques, le FIS, les GIA, le GSPC et l’AQMI, ni les navets cinématographiques sous forme de sitcoms qui ont pollué le petit écran algérien et la tête de générations de femmes algériennes incultes pendant près de cinquante ans, ne survivraient à ce coup de tonnerre dans un ciel serein ? Allons donc ! Les dirigeants algériens se nourrissent trop du rêve égyptien pour soupçonner un revirement de leur part. Ils en sont prisonniers pour toujours. Ils sont incapables d’autonomie vis-à-vis de leur parent, voire de leur parrain, égyptien. L’Egypte est leur principale matrice idéologique.

Un clash avec elle remettrait à l’ordre du jour la question fondamentale de l’identité algérienne. Cela risquerait de mettre fin à une idéologie politique qui reste le seul fondement du pouvoir illégitime d’Alger.

C’est pourquoi, entre autres raisons, dans tout ce capharnaüm, Bouteflika et ses ouailles baissent l’échine et sont prêts à tous les sacrifices, à commencer par la dignité et l’honneur des Algériens. Mais en plus et surtout, brouiller ses rapports avec l’Egypte risquerait de donner raison au combat du MAK en faveur de la Kabylie. L’autonomie de cette région est comprise par eux comme une remise en cause des fondements-mêmes du régime despotique algérien.

Amnay Ait Ifilkou (Kabylie)

Ferhat Mehenni (France)

Sources.

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