Pourquoi l’Autonomie de la Kabylie

Pourquoi l’Autonomie de la Kabylie 

 vendredi 7 août 2009

Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, une indépendance chèrement payée par les Algériens et pour laquelle la Kabylie s’est sacrifiée corps et âme en offrant ses meilleurs enfants, le courage et l’intégrité de ses hommes, les larmes et les cris de ses dignes et fières femmes, la protection de ses montagnes, la sécurité et l’hospitalité de ses villages, la Kabylie n’a cessé de militer pour une Algérie meilleure.
On a tous en mémoire les contingents d’hommes kabyles qui ont adhéré, milité ,structuré le PPA-MTLD, en France et en Algérie. Ce n’est pas un hasard si la rédaction de la déclaration du 1er Novembre 1954 et le déclenchement de la guerre de libération se soient faits à Ighil Imoula , un village d’Iwadiyene, en Kabylie, et chez l’un des premiers maquisards algériens, Ali Zamoum. On a tous en mémoire les milliers de kabyles qui ont quitté villages, foyers, terres et enfants pour rejoindre le maquis non seulement en Kabylie (wilaya 3) mais aussi dans d’autres régions d’Algérie pour parfois soutenir et épauler la révolution, comme dans l’Algérois, ou carrément pour la déclencher, comme en Oranie. On se rappelle de ce fameux slogan des populations de l’Oranie justement au moment du déclenchement de la guerre, « wach bihoum zwawa mâ legwar ? » Qu’est ce qu’ils ont les kabyles avec les français ?

  • L’assassinat de Abane Ramdane, un crime fondateur :

On a tous en mémoire les Ouamrane, les Bennai, les Amirouche, les Krim, les Abane et tous les martyrs anonymes sacrifiés sur l’autel de la guerre de libération. Abane justement, ce géant, selon les témoignages de tous les historiens, qui a planifié, pensé et structuré la révolution pour lui donner un sens, la projeter dans l’avenir, en faisant rallier tous les militants, même les plus réticents, à la cause nationale, comme les oulémas et les communistes. Ce natif d’Iazouzene , à At Yiraten, après 5 ans d’emprisonnement dans les geôles françaises, a sillonné le territoire algérien à convaincre les militants, toutes tendances confondues, à rejoindre le processus libérateur. On a tous en mémoire la reconnaissance et la gratitude que lui ont réservées ses soit-disant frères d’armes. On a tous en mémoire le lâche et l’ignoble guet-apens orchestré pour sa liquidation .

On nous a expliqué que les raisons, ou plutôt les justificatifs, de cet honteux assassinat sont à chercher dans les principes qu’il a instauré pendant le congrès de la Soummam et qui s’est tenu deux ans après le déclenchement de la guerre, comme par hasard toujours en Kabylie, à savoir : la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, et la primauté du civil sur le militaire. Des principes, par ailleurs, instaurés en consensus avec tous les représentants d’autres régions, présents au congrès.

Ce que l’on nous cache, officiellement et officieusement, c’est que cet homme intègre, n’a pas été liquidé pour ce qu’il a fait ou ce qu’il a voulu faire, mais pour ce qu’il est, un Kabyle. Comme le rappelle Ben youcef Ben Khedda, président du GPRA, dans ses mémoires : « le détournement de la révolution algérienne et la confiscation de son indépendance ne datent pas de l’été 1962, mais bien avant, en 1957 avec la liquidation de Abane Ramdane ».

Le thème de notre intervention n’est pas de revenir sur cet épisode douloureux et caché de notre histoire contemporaine et de notre guerre de libération, les historiens sont mieux placés pour nous en apprendre bien plus ; Mais pour nous, cet événement reste capital. C’est un virage sur lequel nous devons méditer afin de comprendre la suite des événements et les fondements de cette machination anti-kabyle fondatrice.

Il y a eu la guerre, il y a eu la mort, il y a eu le sang et les larmes mais il y a eu aussi l’indépendance. Les kabyles qui se sont massivement engagés dans cette terrible guerre , sans rancune ni arrière pensée, aspiraient légitimement, comme tous les algériens d’ailleurs, à une vie meilleure et à un avenir radieux. Ils rêvaient d’une indépendance qui leur offre , ne serait-ce que par reconnaissance à ces villages « génocidés » par l’armée française ( nos anciens racontent qu’au lendemain de la guerre, il n’y avaient plus d’hommes dans les villages et les femmes ne trouvaient plus de prétendants au mariage), le progrès, l’épanouissement et surtout la consécration et la reconnaissance de sa langue, de son identité et la promotion de sa culture. Le rêve n’était qu’illusion et le cauchemar pointe à l’horizon. La première déclaration du premier président, putschiste au passage, de la république algérienne indépendante est : « nous sommes des arabes, nous sommes des arabes, nous sommes des millions d’arabes », répétant trois fois la formule comme s’il s’agissait d’un rappel à ceux qui se posaient la question sur l’identité du nouvel État et surtout de répondre aux kabyles qui avaient déjà manifesté, par le passé, leur désaccord avec cette identification homogénéisée à leurs dépends et aux relents exclusivement panarabistes- En 1949 les kabyles ont été écartés de la tête de l’OS (organisation paramilitaire, censée préparer la guerre) et d’autres liquidés, alors qu’ils en ont été les instigateurs, parce que soupçonnés de berbérisme. C’était la crise anti-berbère- Les Kabyles n’ont pas répondu à la provocation mais le ressentiment monte d’un cran, ce qui aboutira, un an plus tard, à la désobéissance du FFS et le maquis qu’il a organisé.

  • L’indépendance s’ouvre sur la répression anti-kabyle :

Le FFS, et notamment son leader, Hocine Ait Ahmed , n’ont à aucun moment fait allusion à quelque séparatisme que ce soit ou à une quelconque spécificité kabyle, ni même à des revendications d’ordre culturel ou linguistique propre aux kabyles. Bien au contraire, ceux qui ont repris les armes sous la houlette du FFS l’ont fait pour :

- Dénoncer la nouvelle dictature installée à Alger et qui confisque l’indépendance.

- S’opposer au régime et constituer la première opposition politique visant à l’instauration d’une démocratie en Algérie.

- Défendre les idées socialistes et instaurer un système égalitaire qui profite à tous les algériens et qui leur garantie une vie meilleure.

On connait la suite des événement et le résultat de l’aventure du FFS : – Le colonel Mohand Oulhaj rejoint l’ANP-ALN pour défendre l’Algérie contre, soit-disant, l’occupant marocain.

- Après deux ans d’emprisonnement, Ait Ahmed trouve le moyen de fuir et de se réfugier en Suisse.

- 400 nouveaux martyrs auxquels le régime tourne le dos, à ce jour encore, et la destruction de ce qui restait de capital humain et d’espoir pour la région.

On peut légitimement se poser la question : pourquoi les autres régions d’Algérie n’ont pas soutenu la Kabylie ? Bien au contraire, toutes les autres wilaya ont rallié le clan de Oujda. Rappelons, si besoin est, qu’il vient de prendre par la force les règnes du pouvoir à Alger. La réponse est facile à trouver. Les algériens ne voulaient pas suivre les kabyles qu’ils soupçonnaient de régionalisme, d’anti-islam et même de collusion avec l’ex ennemi, autrement dit, avec la France coloniale. On peut comprendre aussi, par complicité objective ou par peur, que la seule région, finalement, qui aspirait à la démocratie et au progrès, après avoir aspiré à la liberté et à l’indépendance, est seulement et uniquement la Kabylie ; D’ailleurs les leaders des autres régions ont soi rallié le nouveau régime mis en place par la force, et gagner ainsi la bénédiction du « chef » et les avantages qui en résultent, soi quitté la scène politique, autrement dit, démissionné pour ne pas gêner les décideurs qui, finalement, vont défendre leur politique arabo-baathiste et rentière, politique à laquelle ils ne s’opposaient pas forcément.

47ans après l’indépendance, 27ans de parti unique, de politique arabo-islamiste, d’emprisonnement d’opposants et parfois de liquidations physiques, de musellement d’expression, 20 ans de dictature militaire à visage découvert, de népotisme et de corruption, et une plus value, de 15ans de terrorisme aveugle, d’assassinats d’intellectuels et de journalistes, de génocide économique et culturel. Un recul de siècles des droits et libertés. Bien entendu, comme pendant la guerre de libération, la kabylie a eu son lot de misère et de souffrance ; Il est à noter que le premier journaliste algérien assassiné n’est autre que Tahar Djaout, un Kabyle de grande probité intellectuelle, les conditions de son assassinats restent encore flous. On ne peut oublier le lâche assassinat qui a ciblé la voix de la jeunesse kabyle Matoub Lounès en 1998, assassinat dans lequel il semble que le régime algérien plus que jamais impliqué, si ce n’est le commanditaire. Un an de boycott scolaire, toute une région, un million d’élèves et d’étudiants désertent les bancs de l’école, d’une école qui leur interdit leur langue maternelle et l’accession au savoir intellectuel, à l’universalité, une action sans précédant dans les anales de l’action politique et dans l’histoire humaine, pour revendiquer la reconnaissance de leur langue et de leur culture, une revendication qui a déjà 24ans. Le 20 avril 1980, suite à l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne, animé par l’anthropologue Mouloud Mammeri, les étudiants de l’université de Tizi-Ouzou, soutenus par la population, sortent dans la rue, la réponse officielle a été la violation des franchises universitaires et l’arrestation de 24 militants, cet événement, nommé printemps berbère, sera célébré chaque année dans tous les coins de Kabylie.

La coupe est pleine, en 2001 précisément lors des célébrations du printemps berbère, un lycéen est lâchement assassiné dans une brigade de gendarmerie algérienne. Comme si l’histoire se répète, la population locale ulcérée par cette énième provocation sort dans la rue, un mouvement des Archs, coordination des communes et Dairas de la Kabylie voit le jour dans le feu des manifestation et une plate-forme de revendication fut élaborée dans l’espoir d’être remise au chef de gouvernement algérien. Pendant des années un climat insurrectionnel règne sur la région, aucune revendication n’est satisfaite et 124 jeunes kabyles sont tombés sous les balles des forces de l’ordre. Il est à noter que la revendication identitaire ne figure que dans le 8eme point de cette plate-forme de revendications à caractère nationale.

Comme en 1963, comme en 1980, comme en 1985 avec la création de la ligue algérienne des droits de l’Homme, comme en 1994 et comme en 1998 la révolte ne franchira jamais les frontières de la kabylie, que les revendications soient démocratiques, culturelles ou même sociales les autres régions d’Algérie ne suivront jamais la Kabylie. Au delà de la différence linguistique c’est des divergences sociologiques, culturelles et politiques qui séparent les kabyles du reste des algériens. C’est au cour de cette ultime guerre que livre le pouvoir algérien à toute une région que le MAK (mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) voit le jour, le 05 juin 2001 des hommes et des femmes mettent les choses sur la table et essayent de trouver une solution à l’impasse, d’anciens militants, qui ont par ailleurs tout fait pour que la démocratie triomphe en Algérie et que l’identité kabyle soit reconnue dans toutes ses dimensions et dans le respect des autres composantes de la société algérienne, lancent l’idée de l’autonomie de la Kabylie.

Cependant les autres partis politiques kabyles-algériansites proposent ,dans une tentative de calmer la population et de récupérer le mouvement, une régionalisation positive pour l’un et une régionalisation modulable pour l’autre, une façon de reconnaitre une spécificité kabyle mais sans avoir le courage de l’affirmer et de le revendiquer. La Kabylie servira encore une fois de bouc émissaire à la démocratisation. Le premier secrétaire du FFS de l’époque, originaire de Jijel, bastion du maquis islamiste qualifie la Kabylie de locomotive de la démocratie, sans se rendre compte que la locomotive peut se détacher du reste du train si ce dernier freine et n’avance pas. Le leader du RCD quant à lui anime une conférence pour annoncer le retrait de ses ministres du gouvernement algérien, deux mois après le déclenchement des émeutes, et déclare, je cite “ il n’y a plus de tabou, nos frontières sont claires”

  • Pourquoi l’autonomie de la Kabylie ?

A travers ce rappel historique nous voulons démontrer que la Kabylie, comme le reconnaissent tous les politiques algériens, y compris l’islamiste Abassi Madani, est spécifique pour ne pas dire spéciale, et ses revendications ne sont pas partagées par les autres algériens. Même si des fois elles le sont la suspicion est toujours de mise : séparatisme, anti-islamisme et même sionisme, si ce n’est pas la main de l’étranger qui est brandie derrière ce pare-feu, la France bien entendu. Il n’y a que l’autonomie régionale de la Kabylie et l’instauration d’un état kabyle, dans le respect de l’intégrité territoriale de l’Algérie et de la personnalité kabyle, qui répondra à ses revendications et concrétisera ses aspirations.

  • A quoi aspire la kabylie ?

La reconnaissance d’abord : La Kabylie est forgée par des siècles d’histoire, elle descend de la grande famille amazighe, comme les Chaouis, les Touaregs, les Mozabites et les Chleuhs. Comme toute l’Afrique Du Nord elle a connu invasion sur invasion. L’histoire moderne a fait que cette région d’Algérie se distingue des autres en construisant une personnalité (un habitus diront les sociologues) différente, une langue( le Kabyle ), une philosophie et un mode de vie (taqbaylit), et surtout une conscience. Après l’indépendance de l’Algérie pour laquelle elle a donné un lourd tribut, elle s’est investie dans le combat démocratique, aspirant à drainer les populations arabophones d’Algérie face à la junte militaire qui s’est accaparé du pouvoir, et dans la revendication de l’identité culturelle amazighe, aspirant à drainer les populations amazighophones de toute l’Afrique Du Nord face aux régimes dictatoriaux et arabo-islamistes qui leur dénient le droit à l’existence. C’est en Avril 80 qu’une brèche est cassé et que le régime algérien est bousculé. C’est le printemps Berbère et l’Algérie découvre sa diversité linguistique et culturelle. Les kabyles créèrent alors le Mouvement Culturel Berbère et revendiquent la berbérité de toute l’Afrique du Nord, au moment ou le fait de parler kabyle à Alger est passible d’emprisonnement. Des années de lutte, un an de boycott scolaire, 126 jeunes assassinés en 2001 pour que Tamazight soit reconnue enfin comme langue nationale mais « jamais officielle » selon les propos de l’actuel président. Dans ses combats la Kabylie, après des dizaines d’années de sacrifice, reste seule. Pis, elle a tellement donné de ses enfants, notamment durant le printemps noir lorsque des gendarmes algériens tirent a balles explosives sur des jeunes manifestants, sans contrepartie ni reconnaissance, que sa population est épuisée et même désorientée. Les kabyles assument pleinement leur héritage historique , ils ne peuvent plus prendre en charge le destin du sous-continent, ils veulent vivre kabyles et le rester, avec leurs valeurs et sur leur territoire, ils aspirent à la reconnaissance de leur langue et la promotion de leur culture plusieurs fois millénaires, ils aspirent à la liberté, à la paix et au progrès.

• La démocratie : les deux seuls partis algériens classés dans la case démocratiques (RCD, FFS) sont kabyles, leaders, implantation et terrain politique, le MDSL de Hechemi Chérif , de tendance progressiste et le PST de Salah Chawki, trotskyste sont kabyles et leur discours ne franchira jamais la kabylie, les rares militants qu’ils ont en dehors de la Kabylie sont originaires de la kabylie. Avec tous leurs efforts , leur discours algeriansite ils n’arrivent pas à sortir du « ghetto » kabyle.

• La laïcité : on l’a vu, la seule région ou l’islamisme politique peine à s’implanter est la Kabylie, avec l’encouragement de l’État algérien (école, associations religieuses, TV et mosquées )les islamistes restent très minoritaires en Kabylie. Au cour des premières élections pluralistes algériennes, de Décembre 91, le FIS (Front Islamique du Salut )a remporté presque toutes les communes d’Algérie et plus que la majorité des sièges à l’assemblée mais pas un seul en Kabylie.

Effectivement l’Islam est présent en Kabylie, presque chaque village a sa mosquée , mais nullement la vie des citoyens n’est régie par des lois islamiques ou des prédicateurs fanatiques, l’Islam relève de la sphère privée.

• Le pluralisme syndicale : l’UGTA, le syndicat unique rallié au régime a pratiquement mis la main sur toute l’activité professionnelle algérienne, cette organisations de masse monopolise l’action syndicale dans le privé et le public et elle peine à s’implanter dans une seule région, la Kabylie où l’on trouve des syndicats autonomes qui essayent de contrecarrer l’action de l’UGTA : SNAPAP, SATEF, FNTE, CNES…etc, et même les sections locales de l’UGTA sont en dissidence permanente avec leur centrale.

• L’autosuffisance : en kabylie une tradition ancestrale a fait que l’individu compte sur soi, la mendicité et la sollicitation des autres, notamment de l’Etat, sont mal vus, une honte , elles sont bannies des mœurs locales. C’est l’individu qui contribue à la collectivité à travers Timecret, Tiwizi, Lewziaa et Tacemlit, des actions collectives visant le bien commun et auxquelles l’individu est tenu de participer, ce qui fait du kabyle un citoyen autonome qui n’attend rien de l’état. Nous sommes proportionnellement la communauté la plus importante en immigration, locale et outre-méditerranéenne. Les raisons sont d’abord économiques, la Kabylie s’est constituée sur le piémont de Djurdjura, versant nord Tizi,versant sud Tubirets (Bouira) ,la vallée de la Soummam et sur la côte méditerranéenne, de ce fait elle ne dispose pas de plaine ou de grand bassin d’emploi, la seule solution pour les population reste l’immigration.

Les seules infrastructures étatiques en Kabylie sont les mairies, les Dairas, les Wilayas qui, au lieu d’être des lieux de représentation populaire locale sont des représentations du régime au niveau local, des collectivités qui gèrent les affaires courantes avec toute la bureaucratie et la corruption que cela engendre, et bien sur de contrôler les populations locales. L’école a été faite dans le seul objectif d’arabiser et d’islamiser les kabyles puisque leur langue n’y est pas enseignée , le français et l’anglais sont enseignés comme un faire-valoir, je ne vais pas m’étaler sur l’école algérienne et ses tares, on a tous subi son dictat et on a tous vu ses résultats, une école productrice de terroristes et de corrompus. La seule erreur de l’État algérien en la matière est la construction de l’université de Tizi-Ouzou et les centres universitaires de Bgayet et de Tubirets. Ces infrastructures conçues au départ pour éloigner les étudiants kabyles des grandes métropoles arabophones, de peur de contagion . D’ailleurs le régime s’est rendu compte de la gaffe et pour la rectifier, ou plutôt en diminuer l’ampleur, fait tout pour appauvrir ces universités de moyens et d’encadrement, les trois universités kabyles sont souvent en grève.

• L’universalité : les kabyles , bercés par les chants des grand-mères de dignité et d’amour, grandis dans les valeurs de respect, de solidarité et d’hospitalité, nourris par les principes de démocratie et d’altérité aspirent à l’universalité, à la modernité et au progrès tout en s’attachant à leur identité kabyle, plusieurs fois millénaires, matrice de leur soif d’ouverture et d’universalisme à l’opposé des autres populations algériennes, attachées à la religion regardant non vers le nord mais à l’orient. La presse francophone algérienne dans sa majorité est de composante kabyle et son lectorat est, à part les grandes villes algériennes ou la bourgeoisie locale est francophone, se concentre en Kabylie. Deux tiers de la population algérienne immigrées en France est Kabyle, proportionnellement les kabyles représente un tiers de la population algérienne.

• Le respect de la femme : La culture amazighe en général accorde une place importante à la femme, nous sommes parmi les rares civilisations ou la femme a gouverné et dirigé son peuple, Dihia et Tin Hinan ont été de grandes reines qui ont amené leurs peuples à la victoire contre l’occupant. En Kabylie « Laanaya n tmetut », autorité et respect de la femme en Kabylie, dépasse toute les autres. Il est clair que la société traditionnelle, notamment avec l’arrivée de l’islam, a minoré la femme et lui a fait subir beaucoup d’injustice, il reste que la polygamie en kabylie est très mal vue et même bannie. Les seules associations féministes en Algérie sont kabyles, « Tarwa n fadhma n soumer », du nom de cette première combattante-chef contre l’occupant français, qui a mené sa lutte vers Michelet dans les années 1850, et les premières militantes contre le code de la famille sont kabyles. On a vu aussi la mobilisation des femmes kabyles soi à l’université soi au sein des partis politiques et notamment les marches qu’elles ont organisées pendant le printemps noir. Une fois la kabylie autonome l’égalité homme-femme sera consacrée définitivement.

• Un patrimoine culturel et une richesse artistique : au delà du fait linguistique, la Kabylie a donné naissance à des intellectuels et artistes de dimension universelle, Mammeri, Feraoun , Mimouni, les Amrouche : Taoues et jean , leur mère Fadhma At Mansour sont étudiés dans les universités du monde alors qu’ils sont méconnus et bannis de l’école algérienne. Slimane Azem, Cherif Khedam, Ait Menguellet, Idir, Matoub Lounès, Ferhat, Iguerbouchene ne sont pas uniquement des chanteurs ,musiciens kabyles mais ils représentent ce que la Kabylie a donné de meilleur pour le patrimoine culturel universel. Interdits dans leur soit-disant pays, censurés dans les médias algériens, aucun algérien non kabyle ne les connait, il n y a qu’un état autonome kabyle qui pourra les faire connaître et promouvoir leur œuvres. L’état algérien préfère diffuser le « Madih » chant religieux, ou le Rai , dépenser des millions pour organiser des méga-concerts pour des chanteurs et chanteuses orientaux, égyptiens ou libanais.

De ce fait les kabyles minoritaires en chiffres en Algérie ne peuvent et ne doivent imposer leur modèle de société à tous les autres algériens aux valeurs aux antipodes, il n’y a que l’autonomie régionale qui peut être salutaire pour sa population.

En matière d’infrastructures économiques, à part la zone industrielle de Oued-Aissi et le port de Bgayet, construits justement dans les années 70 pour empêcher les kabyles d’aller dans d’autres régions aucun investissement createur d’emploi et de richesse n’a vu le jour.La zone industrielle de Oued-Aissi avec celle de DBK (ex-Mirabeau) sont actuellement dans un délabrement total, compression d’effectifs, prédation si ce n’est la fermeture simple sont le lot de ses unités industrielles, c’est le cas à Tubirets et à Bgayet. Les rares investissements locaux sont d’initiative privée, c’est le cas de la zone industrielles d’Akbou . Le port de Bgayet qui jouit d’une situation géographique importante est à l’asphyxie. Comme toutes les entreprises portuaires algériennes il est à l’abandon et livré à la prédation. D’ailleurs, à propos de ce port et à l’aune du développement du commerce entre l’Europe et la méditerranée un projet visant l’extension de tous les ports méditerranéen, en Algérie c’est celui-ci qui a été choisi, ce qui n’est pas du goût des autorités algériennes qui bloquent le projet. Il est à noter que les grands complexes industriels, construits sous l’ère de Boumedien, à Rouiba, Annaba (El Hajar) et surtout la Sonatrach, la seule entreprise nationale florescente et exportatrice, le levier de l’économie algérienne, comptent un nombre important de personnel et d’employés kabyles, non par favoritisme mais pour leurs compétences, mais jamais des postes importants de hauts cadres ont été confiés aux kabyles, tout simplement par méfiance de ces derniers. C’est le cas aussi dans l’institution militaire, rarement un kabyle accède aux postes d’officiers supérieurs ou de général sauf pour le remercier à la retraite ou une fois convaincu de sa servilité et son allégeance au régime. Après l’assassinat de Matoub Lounès et pendant les évènements du printemps noir tous les kabyles, actifs et surtout appelés, ont été désarmés et mis en récupération, de peur que ces derniers désertent avec leurs armes et leurs bataillons pour rejoindre leur région. Ce n’est pas du racisme cela ?

Économiquement démunie, culturellement appauvrie et politiquement isolée, la Kabylie sombre dans les années les plus tristes de son histoire, chômage endémique, islamisation rampante, fléaux sociaux jamais connus sont le lot quotidien de cette région qui meurt au grand dam du régime algérien qui a juré son avilissement, et des islamistes qui en font une ultime terre de conquête et un refouloir de leur rêves les plus fous, tout cela au vu et au su de ses enfants qui préfèrent se voiler la face sous l’illusion algériansite.

Nous ne pouvons pas changer les algériens, nous avons peut être échoué mais nous nous sommes certainement trompés, nous sommes linguistiquement différents, sociologiquement divergents et politiquement définitivement opposés. On ne peut pas imposer notre vision aux autres algériens, et nous ne pouvons plus subir éternellement leur politique et leur vision, à eux de choisir le projet qu’il leur convient, islamiste ou autre, mais on ne peut pas attendre à ce qu’ils nous suivent ou qu’ils nous comprennent. Le pouvoir algérien a certainement réussi à policer et à terroriser la population algérienne mais objectivement l’un soutient l’autre, le seul risque majeur pour les deux est l’accession des kabyles à leur autonomie pour l’un, et au pouvoir pour l’autre , Matoub l’a dit :

… aqbayli ur ihekem ghes yeghra yezwar… … dwas a ncereg tamurt anefru s tura…

C’est pour toute ces raisons que la Kabylie doit accéder à son autonomie, son seul salut. Que les kabyles se rendent à l’évidence et qu’ils se donnent les moyens de leur émancipation. Nous sommes un peuple et nous avons droit à notre état, un état qui nous protégera et nous valorisera. Le MAK a initié le projet, aux kabyles de le concrétiser. Nous aspirons à donner un nouveau souffle à notre chère Kabylie, à lui tracer un autre destin, nous la voulons démocratique, laïque, profondément kabyle et résolument moderne et universelle.

Ahviv Mekdam

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