Archive pour août, 2009

Pourquoi l’Autonomie de la Kabylie

Pourquoi l’Autonomie de la Kabylie 

 vendredi 7 août 2009

Depuis l’indépendance de l’Algérie en 1962, une indépendance chèrement payée par les Algériens et pour laquelle la Kabylie s’est sacrifiée corps et âme en offrant ses meilleurs enfants, le courage et l’intégrité de ses hommes, les larmes et les cris de ses dignes et fières femmes, la protection de ses montagnes, la sécurité et l’hospitalité de ses villages, la Kabylie n’a cessé de militer pour une Algérie meilleure.
On a tous en mémoire les contingents d’hommes kabyles qui ont adhéré, milité ,structuré le PPA-MTLD, en France et en Algérie. Ce n’est pas un hasard si la rédaction de la déclaration du 1er Novembre 1954 et le déclenchement de la guerre de libération se soient faits à Ighil Imoula , un village d’Iwadiyene, en Kabylie, et chez l’un des premiers maquisards algériens, Ali Zamoum. On a tous en mémoire les milliers de kabyles qui ont quitté villages, foyers, terres et enfants pour rejoindre le maquis non seulement en Kabylie (wilaya 3) mais aussi dans d’autres régions d’Algérie pour parfois soutenir et épauler la révolution, comme dans l’Algérois, ou carrément pour la déclencher, comme en Oranie. On se rappelle de ce fameux slogan des populations de l’Oranie justement au moment du déclenchement de la guerre, « wach bihoum zwawa mâ legwar ? » Qu’est ce qu’ils ont les kabyles avec les français ?

  • L’assassinat de Abane Ramdane, un crime fondateur :

On a tous en mémoire les Ouamrane, les Bennai, les Amirouche, les Krim, les Abane et tous les martyrs anonymes sacrifiés sur l’autel de la guerre de libération. Abane justement, ce géant, selon les témoignages de tous les historiens, qui a planifié, pensé et structuré la révolution pour lui donner un sens, la projeter dans l’avenir, en faisant rallier tous les militants, même les plus réticents, à la cause nationale, comme les oulémas et les communistes. Ce natif d’Iazouzene , à At Yiraten, après 5 ans d’emprisonnement dans les geôles françaises, a sillonné le territoire algérien à convaincre les militants, toutes tendances confondues, à rejoindre le processus libérateur. On a tous en mémoire la reconnaissance et la gratitude que lui ont réservées ses soit-disant frères d’armes. On a tous en mémoire le lâche et l’ignoble guet-apens orchestré pour sa liquidation .

On nous a expliqué que les raisons, ou plutôt les justificatifs, de cet honteux assassinat sont à chercher dans les principes qu’il a instauré pendant le congrès de la Soummam et qui s’est tenu deux ans après le déclenchement de la guerre, comme par hasard toujours en Kabylie, à savoir : la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, et la primauté du civil sur le militaire. Des principes, par ailleurs, instaurés en consensus avec tous les représentants d’autres régions, présents au congrès.

Ce que l’on nous cache, officiellement et officieusement, c’est que cet homme intègre, n’a pas été liquidé pour ce qu’il a fait ou ce qu’il a voulu faire, mais pour ce qu’il est, un Kabyle. Comme le rappelle Ben youcef Ben Khedda, président du GPRA, dans ses mémoires : « le détournement de la révolution algérienne et la confiscation de son indépendance ne datent pas de l’été 1962, mais bien avant, en 1957 avec la liquidation de Abane Ramdane ».

Le thème de notre intervention n’est pas de revenir sur cet épisode douloureux et caché de notre histoire contemporaine et de notre guerre de libération, les historiens sont mieux placés pour nous en apprendre bien plus ; Mais pour nous, cet événement reste capital. C’est un virage sur lequel nous devons méditer afin de comprendre la suite des événements et les fondements de cette machination anti-kabyle fondatrice.

Il y a eu la guerre, il y a eu la mort, il y a eu le sang et les larmes mais il y a eu aussi l’indépendance. Les kabyles qui se sont massivement engagés dans cette terrible guerre , sans rancune ni arrière pensée, aspiraient légitimement, comme tous les algériens d’ailleurs, à une vie meilleure et à un avenir radieux. Ils rêvaient d’une indépendance qui leur offre , ne serait-ce que par reconnaissance à ces villages « génocidés » par l’armée française ( nos anciens racontent qu’au lendemain de la guerre, il n’y avaient plus d’hommes dans les villages et les femmes ne trouvaient plus de prétendants au mariage), le progrès, l’épanouissement et surtout la consécration et la reconnaissance de sa langue, de son identité et la promotion de sa culture. Le rêve n’était qu’illusion et le cauchemar pointe à l’horizon. La première déclaration du premier président, putschiste au passage, de la république algérienne indépendante est : « nous sommes des arabes, nous sommes des arabes, nous sommes des millions d’arabes », répétant trois fois la formule comme s’il s’agissait d’un rappel à ceux qui se posaient la question sur l’identité du nouvel État et surtout de répondre aux kabyles qui avaient déjà manifesté, par le passé, leur désaccord avec cette identification homogénéisée à leurs dépends et aux relents exclusivement panarabistes- En 1949 les kabyles ont été écartés de la tête de l’OS (organisation paramilitaire, censée préparer la guerre) et d’autres liquidés, alors qu’ils en ont été les instigateurs, parce que soupçonnés de berbérisme. C’était la crise anti-berbère- Les Kabyles n’ont pas répondu à la provocation mais le ressentiment monte d’un cran, ce qui aboutira, un an plus tard, à la désobéissance du FFS et le maquis qu’il a organisé.

  • L’indépendance s’ouvre sur la répression anti-kabyle :

Le FFS, et notamment son leader, Hocine Ait Ahmed , n’ont à aucun moment fait allusion à quelque séparatisme que ce soit ou à une quelconque spécificité kabyle, ni même à des revendications d’ordre culturel ou linguistique propre aux kabyles. Bien au contraire, ceux qui ont repris les armes sous la houlette du FFS l’ont fait pour :

- Dénoncer la nouvelle dictature installée à Alger et qui confisque l’indépendance.

- S’opposer au régime et constituer la première opposition politique visant à l’instauration d’une démocratie en Algérie.

- Défendre les idées socialistes et instaurer un système égalitaire qui profite à tous les algériens et qui leur garantie une vie meilleure.

On connait la suite des événement et le résultat de l’aventure du FFS : – Le colonel Mohand Oulhaj rejoint l’ANP-ALN pour défendre l’Algérie contre, soit-disant, l’occupant marocain.

- Après deux ans d’emprisonnement, Ait Ahmed trouve le moyen de fuir et de se réfugier en Suisse.

- 400 nouveaux martyrs auxquels le régime tourne le dos, à ce jour encore, et la destruction de ce qui restait de capital humain et d’espoir pour la région.

On peut légitimement se poser la question : pourquoi les autres régions d’Algérie n’ont pas soutenu la Kabylie ? Bien au contraire, toutes les autres wilaya ont rallié le clan de Oujda. Rappelons, si besoin est, qu’il vient de prendre par la force les règnes du pouvoir à Alger. La réponse est facile à trouver. Les algériens ne voulaient pas suivre les kabyles qu’ils soupçonnaient de régionalisme, d’anti-islam et même de collusion avec l’ex ennemi, autrement dit, avec la France coloniale. On peut comprendre aussi, par complicité objective ou par peur, que la seule région, finalement, qui aspirait à la démocratie et au progrès, après avoir aspiré à la liberté et à l’indépendance, est seulement et uniquement la Kabylie ; D’ailleurs les leaders des autres régions ont soi rallié le nouveau régime mis en place par la force, et gagner ainsi la bénédiction du « chef » et les avantages qui en résultent, soi quitté la scène politique, autrement dit, démissionné pour ne pas gêner les décideurs qui, finalement, vont défendre leur politique arabo-baathiste et rentière, politique à laquelle ils ne s’opposaient pas forcément.

47ans après l’indépendance, 27ans de parti unique, de politique arabo-islamiste, d’emprisonnement d’opposants et parfois de liquidations physiques, de musellement d’expression, 20 ans de dictature militaire à visage découvert, de népotisme et de corruption, et une plus value, de 15ans de terrorisme aveugle, d’assassinats d’intellectuels et de journalistes, de génocide économique et culturel. Un recul de siècles des droits et libertés. Bien entendu, comme pendant la guerre de libération, la kabylie a eu son lot de misère et de souffrance ; Il est à noter que le premier journaliste algérien assassiné n’est autre que Tahar Djaout, un Kabyle de grande probité intellectuelle, les conditions de son assassinats restent encore flous. On ne peut oublier le lâche assassinat qui a ciblé la voix de la jeunesse kabyle Matoub Lounès en 1998, assassinat dans lequel il semble que le régime algérien plus que jamais impliqué, si ce n’est le commanditaire. Un an de boycott scolaire, toute une région, un million d’élèves et d’étudiants désertent les bancs de l’école, d’une école qui leur interdit leur langue maternelle et l’accession au savoir intellectuel, à l’universalité, une action sans précédant dans les anales de l’action politique et dans l’histoire humaine, pour revendiquer la reconnaissance de leur langue et de leur culture, une revendication qui a déjà 24ans. Le 20 avril 1980, suite à l’interdiction d’une conférence sur la poésie kabyle ancienne, animé par l’anthropologue Mouloud Mammeri, les étudiants de l’université de Tizi-Ouzou, soutenus par la population, sortent dans la rue, la réponse officielle a été la violation des franchises universitaires et l’arrestation de 24 militants, cet événement, nommé printemps berbère, sera célébré chaque année dans tous les coins de Kabylie.

La coupe est pleine, en 2001 précisément lors des célébrations du printemps berbère, un lycéen est lâchement assassiné dans une brigade de gendarmerie algérienne. Comme si l’histoire se répète, la population locale ulcérée par cette énième provocation sort dans la rue, un mouvement des Archs, coordination des communes et Dairas de la Kabylie voit le jour dans le feu des manifestation et une plate-forme de revendication fut élaborée dans l’espoir d’être remise au chef de gouvernement algérien. Pendant des années un climat insurrectionnel règne sur la région, aucune revendication n’est satisfaite et 124 jeunes kabyles sont tombés sous les balles des forces de l’ordre. Il est à noter que la revendication identitaire ne figure que dans le 8eme point de cette plate-forme de revendications à caractère nationale.

Comme en 1963, comme en 1980, comme en 1985 avec la création de la ligue algérienne des droits de l’Homme, comme en 1994 et comme en 1998 la révolte ne franchira jamais les frontières de la kabylie, que les revendications soient démocratiques, culturelles ou même sociales les autres régions d’Algérie ne suivront jamais la Kabylie. Au delà de la différence linguistique c’est des divergences sociologiques, culturelles et politiques qui séparent les kabyles du reste des algériens. C’est au cour de cette ultime guerre que livre le pouvoir algérien à toute une région que le MAK (mouvement pour l’autonomie de la Kabylie) voit le jour, le 05 juin 2001 des hommes et des femmes mettent les choses sur la table et essayent de trouver une solution à l’impasse, d’anciens militants, qui ont par ailleurs tout fait pour que la démocratie triomphe en Algérie et que l’identité kabyle soit reconnue dans toutes ses dimensions et dans le respect des autres composantes de la société algérienne, lancent l’idée de l’autonomie de la Kabylie.

Cependant les autres partis politiques kabyles-algériansites proposent ,dans une tentative de calmer la population et de récupérer le mouvement, une régionalisation positive pour l’un et une régionalisation modulable pour l’autre, une façon de reconnaitre une spécificité kabyle mais sans avoir le courage de l’affirmer et de le revendiquer. La Kabylie servira encore une fois de bouc émissaire à la démocratisation. Le premier secrétaire du FFS de l’époque, originaire de Jijel, bastion du maquis islamiste qualifie la Kabylie de locomotive de la démocratie, sans se rendre compte que la locomotive peut se détacher du reste du train si ce dernier freine et n’avance pas. Le leader du RCD quant à lui anime une conférence pour annoncer le retrait de ses ministres du gouvernement algérien, deux mois après le déclenchement des émeutes, et déclare, je cite “ il n’y a plus de tabou, nos frontières sont claires”

  • Pourquoi l’autonomie de la Kabylie ?

A travers ce rappel historique nous voulons démontrer que la Kabylie, comme le reconnaissent tous les politiques algériens, y compris l’islamiste Abassi Madani, est spécifique pour ne pas dire spéciale, et ses revendications ne sont pas partagées par les autres algériens. Même si des fois elles le sont la suspicion est toujours de mise : séparatisme, anti-islamisme et même sionisme, si ce n’est pas la main de l’étranger qui est brandie derrière ce pare-feu, la France bien entendu. Il n’y a que l’autonomie régionale de la Kabylie et l’instauration d’un état kabyle, dans le respect de l’intégrité territoriale de l’Algérie et de la personnalité kabyle, qui répondra à ses revendications et concrétisera ses aspirations.

  • A quoi aspire la kabylie ?

La reconnaissance d’abord : La Kabylie est forgée par des siècles d’histoire, elle descend de la grande famille amazighe, comme les Chaouis, les Touaregs, les Mozabites et les Chleuhs. Comme toute l’Afrique Du Nord elle a connu invasion sur invasion. L’histoire moderne a fait que cette région d’Algérie se distingue des autres en construisant une personnalité (un habitus diront les sociologues) différente, une langue( le Kabyle ), une philosophie et un mode de vie (taqbaylit), et surtout une conscience. Après l’indépendance de l’Algérie pour laquelle elle a donné un lourd tribut, elle s’est investie dans le combat démocratique, aspirant à drainer les populations arabophones d’Algérie face à la junte militaire qui s’est accaparé du pouvoir, et dans la revendication de l’identité culturelle amazighe, aspirant à drainer les populations amazighophones de toute l’Afrique Du Nord face aux régimes dictatoriaux et arabo-islamistes qui leur dénient le droit à l’existence. C’est en Avril 80 qu’une brèche est cassé et que le régime algérien est bousculé. C’est le printemps Berbère et l’Algérie découvre sa diversité linguistique et culturelle. Les kabyles créèrent alors le Mouvement Culturel Berbère et revendiquent la berbérité de toute l’Afrique du Nord, au moment ou le fait de parler kabyle à Alger est passible d’emprisonnement. Des années de lutte, un an de boycott scolaire, 126 jeunes assassinés en 2001 pour que Tamazight soit reconnue enfin comme langue nationale mais « jamais officielle » selon les propos de l’actuel président. Dans ses combats la Kabylie, après des dizaines d’années de sacrifice, reste seule. Pis, elle a tellement donné de ses enfants, notamment durant le printemps noir lorsque des gendarmes algériens tirent a balles explosives sur des jeunes manifestants, sans contrepartie ni reconnaissance, que sa population est épuisée et même désorientée. Les kabyles assument pleinement leur héritage historique , ils ne peuvent plus prendre en charge le destin du sous-continent, ils veulent vivre kabyles et le rester, avec leurs valeurs et sur leur territoire, ils aspirent à la reconnaissance de leur langue et la promotion de leur culture plusieurs fois millénaires, ils aspirent à la liberté, à la paix et au progrès.

• La démocratie : les deux seuls partis algériens classés dans la case démocratiques (RCD, FFS) sont kabyles, leaders, implantation et terrain politique, le MDSL de Hechemi Chérif , de tendance progressiste et le PST de Salah Chawki, trotskyste sont kabyles et leur discours ne franchira jamais la kabylie, les rares militants qu’ils ont en dehors de la Kabylie sont originaires de la kabylie. Avec tous leurs efforts , leur discours algeriansite ils n’arrivent pas à sortir du « ghetto » kabyle.

• La laïcité : on l’a vu, la seule région ou l’islamisme politique peine à s’implanter est la Kabylie, avec l’encouragement de l’État algérien (école, associations religieuses, TV et mosquées )les islamistes restent très minoritaires en Kabylie. Au cour des premières élections pluralistes algériennes, de Décembre 91, le FIS (Front Islamique du Salut )a remporté presque toutes les communes d’Algérie et plus que la majorité des sièges à l’assemblée mais pas un seul en Kabylie.

Effectivement l’Islam est présent en Kabylie, presque chaque village a sa mosquée , mais nullement la vie des citoyens n’est régie par des lois islamiques ou des prédicateurs fanatiques, l’Islam relève de la sphère privée.

• Le pluralisme syndicale : l’UGTA, le syndicat unique rallié au régime a pratiquement mis la main sur toute l’activité professionnelle algérienne, cette organisations de masse monopolise l’action syndicale dans le privé et le public et elle peine à s’implanter dans une seule région, la Kabylie où l’on trouve des syndicats autonomes qui essayent de contrecarrer l’action de l’UGTA : SNAPAP, SATEF, FNTE, CNES…etc, et même les sections locales de l’UGTA sont en dissidence permanente avec leur centrale.

• L’autosuffisance : en kabylie une tradition ancestrale a fait que l’individu compte sur soi, la mendicité et la sollicitation des autres, notamment de l’Etat, sont mal vus, une honte , elles sont bannies des mœurs locales. C’est l’individu qui contribue à la collectivité à travers Timecret, Tiwizi, Lewziaa et Tacemlit, des actions collectives visant le bien commun et auxquelles l’individu est tenu de participer, ce qui fait du kabyle un citoyen autonome qui n’attend rien de l’état. Nous sommes proportionnellement la communauté la plus importante en immigration, locale et outre-méditerranéenne. Les raisons sont d’abord économiques, la Kabylie s’est constituée sur le piémont de Djurdjura, versant nord Tizi,versant sud Tubirets (Bouira) ,la vallée de la Soummam et sur la côte méditerranéenne, de ce fait elle ne dispose pas de plaine ou de grand bassin d’emploi, la seule solution pour les population reste l’immigration.

Les seules infrastructures étatiques en Kabylie sont les mairies, les Dairas, les Wilayas qui, au lieu d’être des lieux de représentation populaire locale sont des représentations du régime au niveau local, des collectivités qui gèrent les affaires courantes avec toute la bureaucratie et la corruption que cela engendre, et bien sur de contrôler les populations locales. L’école a été faite dans le seul objectif d’arabiser et d’islamiser les kabyles puisque leur langue n’y est pas enseignée , le français et l’anglais sont enseignés comme un faire-valoir, je ne vais pas m’étaler sur l’école algérienne et ses tares, on a tous subi son dictat et on a tous vu ses résultats, une école productrice de terroristes et de corrompus. La seule erreur de l’État algérien en la matière est la construction de l’université de Tizi-Ouzou et les centres universitaires de Bgayet et de Tubirets. Ces infrastructures conçues au départ pour éloigner les étudiants kabyles des grandes métropoles arabophones, de peur de contagion . D’ailleurs le régime s’est rendu compte de la gaffe et pour la rectifier, ou plutôt en diminuer l’ampleur, fait tout pour appauvrir ces universités de moyens et d’encadrement, les trois universités kabyles sont souvent en grève.

• L’universalité : les kabyles , bercés par les chants des grand-mères de dignité et d’amour, grandis dans les valeurs de respect, de solidarité et d’hospitalité, nourris par les principes de démocratie et d’altérité aspirent à l’universalité, à la modernité et au progrès tout en s’attachant à leur identité kabyle, plusieurs fois millénaires, matrice de leur soif d’ouverture et d’universalisme à l’opposé des autres populations algériennes, attachées à la religion regardant non vers le nord mais à l’orient. La presse francophone algérienne dans sa majorité est de composante kabyle et son lectorat est, à part les grandes villes algériennes ou la bourgeoisie locale est francophone, se concentre en Kabylie. Deux tiers de la population algérienne immigrées en France est Kabyle, proportionnellement les kabyles représente un tiers de la population algérienne.

• Le respect de la femme : La culture amazighe en général accorde une place importante à la femme, nous sommes parmi les rares civilisations ou la femme a gouverné et dirigé son peuple, Dihia et Tin Hinan ont été de grandes reines qui ont amené leurs peuples à la victoire contre l’occupant. En Kabylie « Laanaya n tmetut », autorité et respect de la femme en Kabylie, dépasse toute les autres. Il est clair que la société traditionnelle, notamment avec l’arrivée de l’islam, a minoré la femme et lui a fait subir beaucoup d’injustice, il reste que la polygamie en kabylie est très mal vue et même bannie. Les seules associations féministes en Algérie sont kabyles, « Tarwa n fadhma n soumer », du nom de cette première combattante-chef contre l’occupant français, qui a mené sa lutte vers Michelet dans les années 1850, et les premières militantes contre le code de la famille sont kabyles. On a vu aussi la mobilisation des femmes kabyles soi à l’université soi au sein des partis politiques et notamment les marches qu’elles ont organisées pendant le printemps noir. Une fois la kabylie autonome l’égalité homme-femme sera consacrée définitivement.

• Un patrimoine culturel et une richesse artistique : au delà du fait linguistique, la Kabylie a donné naissance à des intellectuels et artistes de dimension universelle, Mammeri, Feraoun , Mimouni, les Amrouche : Taoues et jean , leur mère Fadhma At Mansour sont étudiés dans les universités du monde alors qu’ils sont méconnus et bannis de l’école algérienne. Slimane Azem, Cherif Khedam, Ait Menguellet, Idir, Matoub Lounès, Ferhat, Iguerbouchene ne sont pas uniquement des chanteurs ,musiciens kabyles mais ils représentent ce que la Kabylie a donné de meilleur pour le patrimoine culturel universel. Interdits dans leur soit-disant pays, censurés dans les médias algériens, aucun algérien non kabyle ne les connait, il n y a qu’un état autonome kabyle qui pourra les faire connaître et promouvoir leur œuvres. L’état algérien préfère diffuser le « Madih » chant religieux, ou le Rai , dépenser des millions pour organiser des méga-concerts pour des chanteurs et chanteuses orientaux, égyptiens ou libanais.

De ce fait les kabyles minoritaires en chiffres en Algérie ne peuvent et ne doivent imposer leur modèle de société à tous les autres algériens aux valeurs aux antipodes, il n’y a que l’autonomie régionale qui peut être salutaire pour sa population.

En matière d’infrastructures économiques, à part la zone industrielle de Oued-Aissi et le port de Bgayet, construits justement dans les années 70 pour empêcher les kabyles d’aller dans d’autres régions aucun investissement createur d’emploi et de richesse n’a vu le jour.La zone industrielle de Oued-Aissi avec celle de DBK (ex-Mirabeau) sont actuellement dans un délabrement total, compression d’effectifs, prédation si ce n’est la fermeture simple sont le lot de ses unités industrielles, c’est le cas à Tubirets et à Bgayet. Les rares investissements locaux sont d’initiative privée, c’est le cas de la zone industrielles d’Akbou . Le port de Bgayet qui jouit d’une situation géographique importante est à l’asphyxie. Comme toutes les entreprises portuaires algériennes il est à l’abandon et livré à la prédation. D’ailleurs, à propos de ce port et à l’aune du développement du commerce entre l’Europe et la méditerranée un projet visant l’extension de tous les ports méditerranéen, en Algérie c’est celui-ci qui a été choisi, ce qui n’est pas du goût des autorités algériennes qui bloquent le projet. Il est à noter que les grands complexes industriels, construits sous l’ère de Boumedien, à Rouiba, Annaba (El Hajar) et surtout la Sonatrach, la seule entreprise nationale florescente et exportatrice, le levier de l’économie algérienne, comptent un nombre important de personnel et d’employés kabyles, non par favoritisme mais pour leurs compétences, mais jamais des postes importants de hauts cadres ont été confiés aux kabyles, tout simplement par méfiance de ces derniers. C’est le cas aussi dans l’institution militaire, rarement un kabyle accède aux postes d’officiers supérieurs ou de général sauf pour le remercier à la retraite ou une fois convaincu de sa servilité et son allégeance au régime. Après l’assassinat de Matoub Lounès et pendant les évènements du printemps noir tous les kabyles, actifs et surtout appelés, ont été désarmés et mis en récupération, de peur que ces derniers désertent avec leurs armes et leurs bataillons pour rejoindre leur région. Ce n’est pas du racisme cela ?

Économiquement démunie, culturellement appauvrie et politiquement isolée, la Kabylie sombre dans les années les plus tristes de son histoire, chômage endémique, islamisation rampante, fléaux sociaux jamais connus sont le lot quotidien de cette région qui meurt au grand dam du régime algérien qui a juré son avilissement, et des islamistes qui en font une ultime terre de conquête et un refouloir de leur rêves les plus fous, tout cela au vu et au su de ses enfants qui préfèrent se voiler la face sous l’illusion algériansite.

Nous ne pouvons pas changer les algériens, nous avons peut être échoué mais nous nous sommes certainement trompés, nous sommes linguistiquement différents, sociologiquement divergents et politiquement définitivement opposés. On ne peut pas imposer notre vision aux autres algériens, et nous ne pouvons plus subir éternellement leur politique et leur vision, à eux de choisir le projet qu’il leur convient, islamiste ou autre, mais on ne peut pas attendre à ce qu’ils nous suivent ou qu’ils nous comprennent. Le pouvoir algérien a certainement réussi à policer et à terroriser la population algérienne mais objectivement l’un soutient l’autre, le seul risque majeur pour les deux est l’accession des kabyles à leur autonomie pour l’un, et au pouvoir pour l’autre , Matoub l’a dit :

… aqbayli ur ihekem ghes yeghra yezwar… … dwas a ncereg tamurt anefru s tura…

C’est pour toute ces raisons que la Kabylie doit accéder à son autonomie, son seul salut. Que les kabyles se rendent à l’évidence et qu’ils se donnent les moyens de leur émancipation. Nous sommes un peuple et nous avons droit à notre état, un état qui nous protégera et nous valorisera. Le MAK a initié le projet, aux kabyles de le concrétiser. Nous aspirons à donner un nouveau souffle à notre chère Kabylie, à lui tracer un autre destin, nous la voulons démocratique, laïque, profondément kabyle et résolument moderne et universelle.

Ahviv Mekdam

DEMANDE OFFICIELLE D’UN STATUT D’AUTONOMIE POUR LA KABYLIE

Timanit i Tmurt n Iqvayliyen
Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie MAK 

Demande officielle d’un statut d’autonomie pour la Kabylie 

Adressée à la Présidence de la République algérienne, au Gouvernement algérien
l’Assemblée populaire algérienne
Sénat algérien
Conseil constitutionnel algérien
  

avec copie à l’ONU, l’OUA, l’Union européenne, Human Right Watch, Amnesty International, FIDH, GITPA, CAF (Confédération des autochtones francophones), sommet de l’union pour la méditerranée du 13/07/2008, Nelson Mandela 

ferhatmehenniun3.jpgLa question kabyle empoisonne le climat politique de l’Algérie depuis que celle-ci a accédé à son indépendance. Au bout de quarante cinq ans de confrontation, les relations tendues entre le pouvoir algérien et la Kabylie ont structuré, de part et d’autre, des réflexes de défiance mutuelle qui, au fil du temps, n’ont fait que radicaliser leurs positions respectives. Leurs rapports sont minés par ce qu’il convient d’appeler le principe de la « rivalité mimétique », ceux d’ennemis irréductibles. L’avenir, selon cette logique et le processus enclenché par la rébellion armée de la Kabylie en 1963 ayant abouti à la révolte du « printemps noir » (2001-2003) en passant par le « printemps berbère » de 1980, est très gros de risques si, du moins, un pacte sérieux n’est pas conclu entre les deux parties. Nous savons que pour la présente initiative, les élus et les forces politiques auxquelles ils appartiennent auraient pu constituer de plus légitimes « représentants » de la Kabylie et de meilleurs interlocuteurs pour le pouvoir. Hélas ! Dès lors qu’ils ne reconnaissent même pas l’existence du peuple kabyle, celui-ci et l’Histoire les en a disqualifiés déjà à maintes reprises. Une fois insérés dans le jeu électoral algérien, ces partis et leurs élus ont des objectifs de carrières et de pouvoir aux antipodes des aspirations de leur société et de leur peuple. Si tel n’était le cas, le pouvoir algérien n’aurait pas été amené à négocier à deux reprises au moins (Boycott scolaire de 1994-95, et printemps noir en 2003-2004), avec des organisations populaires kabyles officiellement non reconnues : Le Mouvement Culturel Berbère (MCB) et le Mouvement des Ârchs ! Le problème de la représentation démocratique du peuple kabyle sera résolu par les urnes, en temps opportun. L’essentiel pour le moment est d’identifier le vrai problème et d’apporter la vraie solution. C’est du moins notre devoir de le faire devant les hommes et devant l’Histoire avant que cette solution ne soit dépassée sur le terrain.

Entre la Kabylie et le pouvoir algérien, il n’y a pas qu’un malentendu, il y a un abîme. D’un côté, la Kabylie qui avait son organisation propre avant la colonisation française de 1830 et contre lequel butait déjà la Régence d’Alger, croyait soit en un nouvel Etat algérien basé sur l’autonomie des Wilaya de la guerre d’indépendance, soit sur une Algérie confédérale dans laquelle la citoyenneté serait aux antipodes des « deux collèges » de la période coloniale qui discriminait les « indigènes » au profit des Européens. Bref, elle croyait en un possible recouvrement, ne serait-ce que de manière partielle, de sa souveraineté perdue face à la France. La guerre d’indépendance lancée le 1er novembre 1954 et sa Déclaration étaient davantage dictées par l’urgence historique qu’il y avait à mettre fin au système colonial que par la restauration d’un mythique Etat algérien. L’avenir de liberté était mal défini. Pire ! Il n’a été à aucun moment discuté entre les rédacteurs de la Déclaration du 1er novembre 1954 qui n’énumère que des principes généraux susceptibles d’entraîner le reste des régions du pays autres que la Kabylie et les Aurès qui étaient déjà prêts. L’essentiel était de déclencher un processus armé menant à terme à l’indépendance de l’Algérie. Les problèmes politiques internes étaient différés sine die. Le Congrès de la Soummam, tenu en Kabylie en pleine guerre et sur initiative de Abane Ramdane, un Kabyle, était préoccupé par les mêmes urgences et il fut contesté dans son fond comme dans sa forme par les adversaires déjà déclarés de la Kabylie et dont certains, même après avoir accédé à la magistrature suprême, en récusent à ce jour l’esprit et les termes. Cela n’a pas empêché la Kabylie de s’engager corps et âme dans la guerre jusqu’à son terme, le 19 mars 1962. C’est à ce moment-là que les responsables politico-militaires kabyles ayant survécu à plus de sept ans de guerre réalisèrent que leur idéal de liberté pour lequel leur peuple kabyle a tant donné, était en train de leur filer entre les doigts. Ils engagèrent une guerre contre le nouvel Etat algérien sous la houlette du FFS et de son leader charismatique Hocine Ait Ahmed qualifié par les tenants du régime de « sécessionniste » et de « séparatiste ». Après leur défaite face au régime d’Alger, les Kabyles ne se sont jamais reconnus dans l’Etat algérien qui se confond avec son pouvoir. Depuis l’indépendance de l’Algérie, le Kabyle tourne délibérément le dos au pouvoir et à ses institutions oppressives. Luttant pour son identité, sa langue et sa culture dans un nouveau pays qui se dit « arabe » et dans lequel il est minoritaire, il aspire à la démocratie et au respect des droits humains susceptibles de lui garantir un minimum d’espace de survie. La Kabylie a porté les coups de boutoirs les plus décisifs au parti unique à travers le « printemps berbère » d’avril 1980 et la création de la 1ere Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme. Après 1989, la Kabylie est isolée et son rêve de fraterniser avec l’Algérie démocratique s’envole en fumées de feux de pneus et de barricades, de grèves générales, de sit-in, de matraques et de répression qui la marque au fer pour au moins un siècle encore. Ce refus de s’intégrer dans une Algérie arabo-musulmane, anti-chambre d’une Algérie fasciste et arabo-islamiste à laquelle on arrive ces derniers temps, s’est manifesté par la marche du 25 janvier 1990, le boycott scolaire de 1994/95, la révolte ayant suivi l’assassinat de Matoub Lounes le 25/06/1998, et celle du « printemps noir » de 2001.

Depuis, la Kabylie manifeste son désaccord politique avec Alger par le BOYCOTT DE TOUTES LES ELECTIONS (Référendums, présidentielles, législatives ou élections générales). Du Côté de l’Etat algérien, les actes sont plus graves. En héritant de l’Etat colonial français, le régime algérien en a prolongé les pratiques, les méthodes, les visions et les réflexes colonialistes, du moins envers les Kabyles dont l’identité, la langue et la culture sont déclarées subversives et férocement combattues par le jeune Etat algérien. Celui-ci s’est donné pour objectif leur extinction définitive en mettant en place une politique de génocide culturel à travers l’arabisation de leur école qui n’a entr’ouvert ses portes (à la langue « amazighe » et non pas à la langue kabyle) que depuis 12 ans. La Constitution algérienne ne l’a intégrée qu’en 2002 en tant que « langue nationale » et non officielle, sans que cela se traduise par un changement réel de la situation de tamazight dans la société. Il y a donc, linguistiquement et culturellement des super-Algériens et des infra-Algériens. La politique des « deux collèges » sur la base de l’identité culturelle tant décriée pendant la période coloniale est ainsi largement reconduite depuis 1962.

Les Arabes sont en Algérie citoyens à part entière, les Amazighs en général et les Kabyles en particuliers sont des sous-citoyens. Ils sont tués, emprisonnés, torturés, surveillés, provoqués, insultés, rackettés et désignés à la vindicte nationale pour leur refus de l’arabisme et de l’islamisme, deux éléments qui sont pour le pouvoir la marque exclusive de l’identité algérienne. Jusqu’ici, tous ceux qui ont eu à présider aux destinées de l’Algérie ont poursuivi inlassablement une politique de dépersonnalisation de la Kabylie pour en finir avec son identité millénaire à travers une arabisation toujours recommencée et toujours plus sophistiquée. Ils n’ont jamais hésité à réprimer, tuer, emprisonner et torturer des opposants ou des manifestants attachés à leur identité kabyle. La résistance insoupçonnée de la Kabylie à ces assauts décuple à chaque fois la hargne des gouvernants à frapper plus fort, à aller plus loin dans leur hostilité et leur volonté de détruire les structures sociales kabyles. Nous en sommes au quadrillage militaire de la Kabylie pour prévenir des intentions qu’elle n’a pas. Les a-t-on du côté du pouvoir algérien ? On le voit, les suspicions et les méfiances mutuelles sont l’expression d’un long compagnonnage mortifère où l’engrenage de la défiance a mené les deux parties à un point de non-retour. Le pouvoir algérien estime que les prétentions et les revendications kabyles sont irrecevables pour l’ensemble du pays, Les Kabyles qui sont un peuple autochtone d’Algérie n’ont plus confiance en l’Etat algérien quelles que puissent être ses déclarations qui sont immédiatement contredites par ses actes.

On n’effacera pas d’un coup d’éponge tant de décennies de souffrance, de discrimination et d’injustice à l’encontre d’un peuple. Un peuple a toujours une mémoire. Même une déclaration lui demandant pardon pour tout ce qu’il a enduré ne résoudra le problème qu’en réparant les crimes commis contre lui. La cicatrisation ne pourra se faire que le jour où la Kabylie accéderait à son autonomie régionale. Il est vital d’éviter l’usage de la force et les dérives de la violence pour résoudre dans le sens des droits reconnus à chaque peuple, la question kabyle. 

Les négociations en période de crise aiguë sont toujours tributaires d’un rapport de force déséquilibré qui lèse l’une des deux parties. C’est maintenant qu’il y a une accalmie relative en Kabylie, que le pouvoir devrait faire preuve de sens des valeurs et de responsabilité en acceptant cette main tendue pour une solution de raison. Aussi, devant l’opinion nationale et internationale, au nom du Mouvement pour l’Autonome de la Kabylie, (M.A.K) nous proposons : 

1 – La reconnaissance par l’Etat algérien, du peuple kabyle 

2 – l’application d’un statut d’autonomie pour la Kabylie. 

Les textes internationaux ratifiés par l’Algérie font, normalement obligation à cette dernière, d’accéder à cette demande officielle émanant d’une organisation kabyle se réclamant du principe des droits des peuples à disposer d’eux-mêmes. Si certains ont des doutes sur l’aspiration de la Kabylie à prendre en main son destin à travers un Etat régional articulé à l’Etat central algérien, nous proposons la tenue, le plus tôt possible, d’un référendum précédé d’un débat dans tous les villages et cités de la Région. Pour tout démocrate, le verdict des urnes est la seule façon de connaître la volonté d’un peuple. 

Kabylie le 05/06/2008. 

Pour le MAK, Ferhat MEHENNI

Rapport International Crisis Group (2003)

26 juin 2003: Un nouveau rapport ICG publié aujourd’hui en français, L’Algérie: Agitation et Impasse en Kabylie, dont une copie est attachée en pièce-joint, explique que la protestation massive et la violence qui ont éclaté en Kabylie depuis le mois d’avril 2001 sont bien plus que de simples troubles locaux ou ethniques.

le voici en pièce-jointe:

Rapport International Crisis Group (2003)  dans Caricatures printemps noir pdf icgkabylie.pdf

Rapport LADDH sur la Kabylie

Rapport LADDH sur la Kabylie dans Caricatures printemps noir doc rapportrepressionkabylieladdh.doc

Rapport sur la répression en Kabylie 

 

31 mars 2002 

 

Introduction. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

La répression sanglante des forces de sécurité. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

Le traitement des événements par les autorités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

La répression des manifestations de mars 2002 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

Annexe 1 : Premiaer bilan du Printemps Noir (avril – mai – juin 2001). . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 

Annexe 2 : Résumés des témoignages sur les victimes du Printemps Noir (avril – mai – juin 2001). . . 

Annexe 3 : Résumés des témoignages sur les victimes du Printemps Noir (mars – avril 2002). . . . . . . 

Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme 

Rapport Algérie 

La répression du Printemps Noir avril 2001 – avril 2002 

 

 

« L’injustice nous blesse 

Et la haine qui se déchaîne 

Là où la Hogra est un jeu, a 

Un jeu fatal et dangereux «  

INTIK 

 

Préambule  

 

« Agis toujours de telle sorte que la personne humaine en toi et en autrui, soit toujours considérée comme une finalité et nom un moyen ». 

 

Pour comprendre la crise multidimensionnelle que vit le pays, et particulièrement la tragédie qui se déroule actuellement en Kabylie, il faut analyser l’Etat policier qui exige du peuple qui ne sert qu’à légitimer plus de soumission par la violence, et des citoyens plus d’obéissance par la peur. 


L’Algérie n’est ni une démocratie, vie un état de droit qui s’oppose au droit de l’état elle accuse un déficit démocratique et républicain. La constitution n’institue ni un régime Césariste. Les chefs d’Etat sont portés au pouvoir, par des coups d’Etat par les armes ou par les urnes, tous deux dignes d’une république bananière. 

Sur quels critères se baser pour dire que l’Algérie est une démocratie, alors que dans tous les cas de figure elle est une dictature, caractérisée par la concentration du pouvoir, l’irrégularité de sa dévolution et l’anomalie de son exercice. 

Sachant que le pouvoir se garde par la force et la loyauté par la corruption et les privilèges, le système politique en place, n’a ménagé ni l’une ni les autres. 

Les Algériens qui assistent à la mise en œuvre de nouvelles formes personnalisées et autoritaires du pouvoir, ont le sentiment que toutes les issues vers la sortie de crise sont bloquées, que la politique nationale et la vie publique se font sans eux et contre eux. 

Le pouvoir qui impose depuis dix ans un permanent Etat d’urgence, investit l’Etat, se prend pour la nation entière, considère tout opposant comme traître et ennemi des intérêts supérieurs du pays, assimilés abusivement à ceux de clans et de féodalités politiques promus sur les seules critères de la courtisanerie et de l’affairisme. 


L’Algérie est régentée par une dictature militaire, qui s’est approprié le pouvoir et la monopolisé. Les signaux de décideurs, captés et décodés par la presse, informent chaque président de
la République, qu’ils détiennent la réalité du pouvoir, qu’ils auront toujours le dernier mot, et qu’il ne lui reste plus selon la formule consacrée,  » qu’à se soumettre ou se démettre «  


Le pluralisme politique tel qu’il est géré, ne signifie ni la circulation du pouvoir et des richesses, ni les élections libres, mais seulement la reproduction de la caste fermée des dirigeants, avec seulement quelques retraits de ses dirigeants dus à l’usure ou au discrédit, et des rajouts pour ceux qui veulent profiter des privilèges économiques et des insignes sociaux du pouvoir. 


La violence qui perdure malgré les moyens employés, à savoir sept cent mille hommes mobilisés au sein de l’armée, de la gendarmerie, de la police et des miliciens, est en soi un symbole de l’impuissance de l’Etat ou tout au moins de sa vulnérabilité. 


Le pouvoir qui a privilégié les dépenses militaires au détriment de l’investissement, de l’éducation et des dépenses sociales, avec l’exclusion contre les opposants, la séduction a l’égard des éradicateurs et la domination contre les opposants, la séduction à l’égard des éradication et la domination contre tous, a engendrée au sein de la population des sentiments de rejet. Le premier symptôme de la crise est la perte de confiance des Algériens envers leurs dirigeants. 


Selon une étude du congrès américain, l’Algérie  » est un des meilleurs clients d’armes de la planète « . La diplomatie mercantile des pays de l’occident, au service des marchands de canons, apprécie le client algérien. L’occident a sacrifié l’universalité des droits humains au mercantilisme, en dissociant développement économique et droits de l’homme, et en portant aide et assistance à un régime dictatorial. Il a oublié que la démocratie et les droits de l’Homme qui se conjuguent ensemble sont les meilleurs facteurs du développement, que l’homme demeure ce problème fondamental et le moteur central de toute activité économique. 


La notion des droits de l’homme, telle qu’elle est perçue par le pouvoir, ne progresse pas en direction des critères internationaux, mais les fait régresser. 

 

Le mouvement citoyen 

La contestation populaire en Kabylie, qui s’est étendue à prés de 40 wilayas, a pour origine les frustrations du peuple, humilié, marginalisé, réduit à la pauvreté. La hogra, l’absence d’avenir et même d’espoir sont le drame des jeunes des couches populaire, dont les aspirations en faveur de la démocratie, du pluralisme sous toutes ses formes qui demeure le maître mot, les droits de l’homme et la justice sociale, ont été ignorées par le pouvoir. 

La prestation populaire prise en charge par les jeunes qui représentent 70% de la population et 90% de chômeurs, ce qui se traduit par des suicides, la mendicité, la drogue, la prostitution, l’éclatement des familles, a tourné à l’émeute. 

Le mouvement citoyen ou C.A.D.C qui est présent dans le paysage idéologique et politique, et tire sa force de sa spontanéité, a fait irruption dans la rue qui est son théâtre d’expression. Il a apporté la preuve que le combat politique est désormais possible. 

C’est un mouvement de résistance pacifique, dangereux pour la pérennité du système politique en place, qui peut s’étendre à tout le pays, et dont l’action peut être accoucheuse de profondes mutations pour tout le peuple. 

 

Quels sont les responsables de la tragédie qui endeuille le pays ? 

L’origine des émeutes a été l’assassinat le 18 avril 2001 du jeune lycéen Guermah Massinissa, à l’intérieur de la brigade de gendarmerie de Beni Douala. 

Pour perdurer le système politique ne cherche pas à sortir de la crise, mas seulement à la gérer. Les décideurs de l’armée qui ont choisi les hommes qui ont mené à la catastrophe sont les premiers responsables de la tragédie. C’est le système politique qui est bloqué et l’Algérie avec. L’incurie du pouvoir face à la crise est totale, et sa responsabilité entière. 

 

Le président de la république a pris la responsabilité de mettre
la Kabylie à feu est à sang. Il n’a pas été capable de prévoir, de voir, et surtout d’avoir une vision politique claire des événements qui ont bouleversé la région. Les émeutes pouvaient trouver une solution dès les premières heures de leur déclenchement, s’il avait pris les mesures énergiques qui s’imposaient sur-le-champ, à savoir la reconnaissance officielle de Tamazight, et la révocation du général Boustila, patron de la gendarmerie nationale et du ministre de l’Interieur, Yazid Zerhouni.

Pour ne pas prendre les décisions qui s’imposaient, le président soumis à sa maladive irrésolution et à ses louvoiements, a désigné une commission d’enquête, ce qu’il appelle prendre le recul qui convient à un chef… 


La verticalité du commandement fait obligation à tout subordonné accomplissant une tâche militaire « la répression « , d’obéir sans réserve aux ordres de son supérieur. Le refus d’obéissance relève des tribunaux militaires. L’ordre d’utiliser les armes de guerre avec des balles réelles, ne relève pas d’initiatives locales, mais d’un plan ordonné au plus haut niveau du pouvoir, qui ne considère pas les manifestants comme ses enfants ou ses adversaires, mais plutôt comme ses ennemis. 


La ligne rouge, celle du sang, a été franchie par les gendarmes qui ont tiré avec des armes de guerre, sur de jeunes manifestants qui n’ont que leurs mains nues et leur poitrines à leur opposer. Quel que soit l’habillage dont on a voulu parer la violence de la gendarmerie elle est criminelle. 


Les auteurs des assassinats d’une centaine de jeunes, de milliers de blessés et de centaines d’handicapés à vie, ont été identifiés mais non déférés pour la plupart devant la justice pour crimes abominables, car ils jouissent d’une totale impunité. 


Homme de pouvoir et au pouvoir, le Ministre de l’Intérieur s’est identifié à la répression. Il a fait preuve de légèreté et d’incohérence, a prononcé des paroles très graves, a multiplié les assertions contraires à la vraisemblance et à la vérité. Il a mis les événements au compte d’une conspiration interne et externe, à la fois trotskiste et partisane. N’a t il pas déclaré que le jeune Guermah Massinissa était « un délinquant de 26 ans » ? 


Le mouvement citoyen qui a organisé une grande marche à Alger le 14 juin 2001 pour exiger la satisfaction de la plate forme d’El Kseur a été pourchassé, traqué, matraqué par le Ministre de l’Intérieur qui a utilisé les brigades anti émeutes mais aussi des voyous et des prisonniers de droit commun, libérés la veille pour disperser et massacrer les manifestants qu’il a appelé « les agresseurs de la capitale ». 

 

 

L’Impunité 

 

Les dirigeants algériens proclament avec des trémolos dans les voix, leur détermination de veiller à l’indépendance de la justice, et de ne tolérer aucune atteinte aux droits de l’Homme. Leurs déclarations sur la démocratie et les libertés ne sont que des professions de foi, des produits de propagande destinés à l’exportation et non à la consommation interne. 


Ce ne sont pas seulement les exécutants qu’il faut juger mais les commanditaires des crimes qui sont au sommet de l’Etat, bénéficiant de l’impunité du fait de leur prééminence au sein du pouvoir qui les absout de tous les assassinats qui s’effectuent dans le silence feutré de la souveraineté nationale protectrice des tyrans. 

 

Tant qu’ils demeurent puissants, les dirigeants algériens, responsables de crimes ne seront jugés par aucun tribunal interne. Les conditions politiques et juridiques ne sont pas réunies pour de tels procès. Il suffit que la raison d’Etat, qui est le moment ou l’Etat déraisonne perd la raison, soit invoquée pour que la justice se montre soumise aux injonctions du pouvoir. La justice internationale en marche permet de juger tout tortionnaire quelle que soit sa nationalité et celle de la victime et quelque soit le pays ou il se trouve réfugié, en exil doré ou seulement de passage. 

 

Le rapport de la commission d’enquête présidée par le Professeur Mohand Issad. 

La volonté de ne pas faire place au regard étranger quant à la tragédie que vit le pays était le souci majeur du président de la république lorsqu’il a fait appel à Mohand Issad pour présider la commission d’enquête. Son rapport inachevé parce qu’il n’a pas obtenu l’adhésion de la population qui lui était hostile, n’identifie pas tous les responsables de la tragédie. Est-il donc si difficile d’identifier celui ou ceux qui auraient manipulé et instrumentalisé le corps de
la Gendarmerie ? 


Le rapport n’ose même pas nommer la direction du renseignement et de la sécurité (D.R.S.) organisme légal de l’A.N.P., qui tire les ficelles du jeu politique, elle est omnipotente, omniprésente sur la scène politique, en nombre, en qualité et en moyens. Elle manipule les partis politiques, l’administration, les associations, et les personnes de main de maître. 

 

Ali Yahia Abdennour 

Président de
la LADDH 

Le 31 mars 2002 

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Introduction 

Depuis le 12 mars 2002, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre dans les wilayates d’Aïn Defla, de Saïda, de Béjaïa, de Bouira, de Sétif et de Tizi-Ouzou ont fait, en quinze jours, six morts, dont deux adolescents de moins de 18 ans, et des dizaines de blessés dont certains ont été atteints par balles réelles et seraient toujours dans un état grave. 


Les forces de l’ordre ont opéré des expéditions punitives, saccageant commerces et voitures de particuliers, viols de domiciles suivis d’actes de représailles sur des passants en utilisant des armes blanches pour réprimer les jeunes manifestants, plongeant ainsi des villages entiers dans une sorte d’état d’exception et de couvre-feu où tout citoyen qui se risque de nuit comme de jour dans les rues est passé à tabac puis arrêté . (1) 

 

En quinze jours d’affrontements, plus de deux cents arrestations ont été opérées dont certaines sont ciblées et arbitraires. Des arrestations ont été suivies de condamnations à des peines allant de 4 mois à 2 ans d’emprisonnement ferme. Contre certains d’entre eux, dix-huit chefs d’inculpations ont été retenus. Cette chasse aux manifestants s’est déroulée sous forme de rafles nocturnes avec des hommes armés et cagoulés à bord de voitures banalisées. La situation risque de s’aggraver d’autant plus que 400 mandats d’arrêts auraient été lancés (2) contre des animateurs des  » comités citoyens  » des différentes localités de Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira et Sétif. 

 

La révolte dure maintenant depuis avril 2001 et est loin d’être cantonnée à la seule Kabylie puisqu’elle a touché plus d’une trentaine de départements à travers l’Algérie. Ces manifestations de rue ont fait à ce jour plus de 90 exécutions arbitraires, plus de 5000 blessés dont 2000 handicapés et des milliers d’arrestations suivies de mauvais traitements, tortures et détentions arbitraires. Cette situation, qui touche toutes les franges de la société et notamment les plus jeunes, est une conséquence directe de l’absence d’état de droit et de  » la mal gouvernance  » de l’Etat algérien. 

 

Ces événements se sont déclenchés suite à l’exécution du jeune lycéen Guermah Massinissa, le 18 avril2001, à l’intérieur de la brigade de Gendarmerie de Beni Douala à Tizi Ouzou. Le 22 avril 2001, le commandement de la gendarmerie nationale rend public un communiqué dans lequel il déclare que le défunt a été interpellé « suite à une agression suivie de vol ». Le même jour, trois collégiens sont arrêtés arbitrairement dans la localité d’Amizour à Béjaïa par le chef de brigade de la gendarmerie. De son côté, le ministre de l’intérieur reprend une autre fausse information et déclare que Guermah était un « délinquant de 26 ans ». En réponse à ces fausses informations, les parents de la victime envoient à la presse nationale un bulletin scolaire prouvant que le jeune Guermah était bel et bien un lycéen, âgé de 18 ans. Ces fausses déclarations ainsi que l’arrestation arbitraire des trois collégiens ont alors provoqué dans toute la région, une série de manifestations pacifiques pour dénoncer ces abus de pouvoir,
la Hogra, l’injustice sociale (3) et le manque de liberté. Cette mobilisation citoyenne et pacifique a été violemment réprimée par les forces anti-émeutes – gendarmerie et Compagnies Nationales de sécurité (CNS) – pour se transformer par la suite en émeutes de rue . (4) 

 

La répression sanglante des forces de sécurité 

Lors de ces événements, des militants de
la Ligue Algérienne de Défense des Droits de l’Homme (LADDH) se sont vite mobilisés pour aller sur le terrain et sillonner toutes les régions touchées par ces émeutes. Sur place, des enquêtes ont été menées auprès des autorités locales, des parents de victimes, des avocats, des organisations citoyennes et des citoyens. Les membres de
la LADDH ont rencontré des témoins oculaires, collecté des informations et par moments, assisté en direct à toutes sortes de violations de droits de l’Homme par les forces de l’ordre, tous corps confondus. 

 

Depuis le début de ces événements, suite à l’exécution du jeune Guermah Massinissa à l’intérieur de la brigade de gendarmerie de Beni Douala dans la wilaya (département) de Tizi-Ouzou, le droit à la vie, garanti par l’article 6 du Pacte International Relatif aux Droits Civils et Politiques (PIRDCP) (5), est systématiquement violé. 

 

Les forces de l’ordre – gendarmerie, Compagnies Nationales de Sécurité (CNS), police, groupes de légitime défense (GLD) et agents du gouvernement en civil – ont procédé à des arrestations, certaines suivies de disparitions et d’exécutions ; les personnes arrêtées ont souvent été soumises à la torture, aux mauvais traitements et parfois aux lynchages à plusieurs dans les brigades de Gendarmerie ou les commissariats, violant ainsi
la Déclaration universelle des droits de l’Homme, ainsi que toutes les dispositions de
la Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants . (6) 

 

Les faits 

 

1) Exécutions sommaires et fusillades 

Le 25 avril 2001 à Ouzellaguen dans la wilaya de Béjaïa, 5 citoyens ont été tués par balle alors qu’ils fuyaient les assauts des gendarmes. Kamel Makhmoukhen, 19 ans, première victime de ces événements a reçu deux balles dans le dos alors qu’il tentait de s’abriter, fuyant l’assaut des gendarmes. À quelques kilomètres de là, le jeune Boukhedad, âgé de 15 ans, subira le même sort : il sera exécuté, le 25 avril 2001, de trois balles dans le dos par le chef de Brigade, Issam, de la gendarmerie de Seddouk. Trois jours après, du côté de Draâ El Mizan, à Aït Yahia, le jeune Chaibet Hocine a été exécuté par des gardes communaux. M. Djebbouri Mohamed, maire de cette localité, raconte que « les membres du GLD de Draâ El Mizan, qui sont Yazid Rabah, Saâdoui Mohand Amokrane, Herda Rabah et Tobal Ramdani ont reçu l’ordre de leur responsable d’ouvrir le feu sur la population et ces derniers n’ont jamais été inquiétés ni par la justice ni par les autorités ». 

 

Souvent, les personnes tuées se trouvaient à des dizaines de mètres des lieux d’affrontements, pourchassées en dehors de la ville, loin des brigades de gendarmerie, des commissariats de Police et des édifices publics. Ainsi, à Akbou où 5 jeunes ont trouvé la mort et une vingtaine ont été blessés par balle lors de fusillades, alors qu’ils étaient loin du centre ville et à 1500 mètres du commissariat. Un des rescapés de la fusillade, S. Djaffar, 22 ans, blessé à l’épaule par balle témoigne :  » On était assis dans le quartier lorsque plusieurs fourgons de la police arrivent à toute vitesse au carrefour de Guendouza, exhibant leurs armes, les CNS descendent de leurs camions et nous arrosent de bombes lacrymogènes suivies de tirs de sommation. Les jeunes du quartier alertés, se sont regroupés pour faire face à la descente des CNS, d’autant plus que la presse de la veille avait rapporté des informations sur des descentes punitives dans plusieurs localités de Béjaïa, de Tizi-Ouzou, de Sétif et de Bouira. On était à une soixantaine de mètres des fourgons de polices, venus en renfort pour permettre à un convoi de gendarmes de passer. Juste après leur passage, les CNS ouvrent le feu sur nous. J’étais à une trentaine de mètres d’eux, quand un des CNS armé de sa Kalachnikov, posté derrière les autres, sort et tire des rafales dans notre direction faisant plusieurs morts, dont un jeune de 17 ans, on a dénombré une quinzaine de blessés. Il devait être entre 17h30 et 18h00 « . À Tichy, des éléments des forces anti-émeutes de
la Gendarmerie pourchassent et tuent un jeune de 15 ans qui fuyait dans la forêt. 

 

2) Des tirs de snipers  

La plupart des victimes, d’après les sources hospitalières et selon les différents témoignages recueillis sur place, montrent que les forces de l’ordre ont utilisé dès le départ des moyens musclés pour répondre aux manifestations de rue. Aux jets de pierres, les gendarmes et les CNS répondent avec des armes de guerres de type Kalachnikov ou Séminov. Le rapport de la commission Issad mentionne qu’une expertise balistique (celle de Guermah) affirme que les orifices de sortie des balles de kalachnikov peuvent avoir un diamètre de plus de six centimètres. 

 

Les médecins de l’hôpital de Tizi Ouzou, de Larbaâ Nath Irathen, d’Azzazga et d’Akbou, qui avaient traité les premières victimes, confirment avec certitude les informations qui nous sont parvenues sur la présence de snipers. « Presque toutes les victimes que nous avons reçues montrent avec précision des impacts de balles sur la tête, le cou et la moitié supérieure du thorax. Il y a beaucoup moins d’impacts abdominaux ou thoraco-abdominaux. Les localisations des blessures démontrent que les tireurs avaient l’intention dès le départ de tuer avec préméditation.  » D’ailleurs, les conclusions du rapport Issad sont assez significatives : il relève que  » la plupart des morts ont été touchés dans les parties vitales les plus fragiles, situées dans la partie haute du corps humain (au-dessus du sixième espace intercostal) et qui laissent peu de chances à une thérapeutique, fut-elle pratiquée d’extrême urgence et la grande proportion de ces localisations mortelles paraît difficilement imputable au hasard de la dispersion des projectiles « . 

 

Les victimes ont été touchées à plus de 80 mètres des brigades de gendarmerie ou des commissariats de police, alors qu’elles étaient sans armes et fuyaient les assauts des forces anti-émeutes. D’après nos enquêtes, les forces de l’ordre ont, dès le départ utilisé des snipers pour réprimer les manifestants ou tout simplement pour exécuter des personnes. Le ou les tireur(s) sont souvent, postés sur des terrasses comme à Larbaâ Nath Irathen, Maâtkas, Oudhias, Ouzellaguen et à Azazga. A Alger, le jeune Hanniche Hamid,17 ans, a été tué par un militaire posté dans sa guérite, alors qu’il s’apprêtait à rentrer chez lui après la marche pacifique du Front des Forces Socialistes, le 31 mai 2001. 

 

Plusieurs témoignages confirment la sauvagerie et la volonté déterminée des forces de l’ordre d’exécuter des citoyens sans états d’âme. Le 27 avril, à Azazga, dans la wilaya de Tizi-Ouzou, un gendarme sniper, posté sur une terrasse, exécutera de sang froid trois citoyens en 30 minutes. 

 

A quelques kilomètres de là, à Larbaâ Nath Irathen, même scénario, 5 citoyens seront exécutés par des snipers, tirant de la terrasse de la brigade de gendarmerie. Les témoignages recueillis sur place sont éloquents : Mouloud Belkacem, âgé de 30 ans, a été victime d’un sniper alors qu’il essayait de porter secours à un blessé, Arezki Hammache, 31 ans, lui aussi victime d’un tir de sniper. Ils seront achevés par des gendarmes d’une balle dans la nuque et dans le dos. A Akbou, dans la wilaya de Béjaïa, le jeune Abdelkrim Mesbah, âgé de 20 ans, a été victime d’un sniper, un policier en civil, posté sur la terrasse du commissariat de police d’Akbou. 

 

Le témoin précise que la jeune victime  » était assise à une trentaine de mètres du commissariat, il était en train de manger quand il reçoit une balle en pleine tête. Alors que les autres policiers, CNS, continuaient à tirer pour nous empêcher de le secourir. Il a fallu qu’on fasse le tour, 300 à 400 mètres de plus pour rejoindre l’hôpital, Abdelkrim avait perdu beaucoup de sang, il mourra quelques minutes après. «  

 

A Sidi Aïche, dans le village de Takriets, Messalti Hafid, âgé de 13 ans, a été tué par un gendarme des brigades anti-émeutes alors qu’il sortait de chez lui. Sa famille raconte que  » le gendarme en question était à une centaine de mètres de la victime, le gendarme se met à genou, vise la tête de Hafid et lui tire une balle ». A Ouzellaguen le 26 avril 2001, Ibrahim Saddek sera roué de coups et un des gendarmes lui crachera dessus alors qu’il gisait par terre, blessé suite à un tir de sniper. 

 

Un an après, le jeudi 21 mars 2002, deux jeunes ont été, une fois de plus, victimes de sniper dans la commune de Chemini à Béjaia. Yacine Bettar, 17 ans est mort sur le coup par contre Bouzid Oudène, 23 ans est victime d’un traumatisme crânien. 

 

3) Tortures, mauvais traitements et lynchages 

Les pratiques de tortures, de mauvais traitements et de lynchages, par les forces de l’ordre, ont été systématiques durant ces événements après chaque arrestation. Des centaines de cas ont été enregistrés par
la LADDH. 

 

Idir C, 21 ans, raconte :  » j’ai été emmené et mis en cellule, les deux gendarmes qui m’ont embarqué se battaient entre eux pour savoir qui des deux allait commencer à me battre. Ils m’ont déshabillé et battu, à tour de rôle, sans arrêt de 15h00 à 21h00. Par la suite ils m’ont sorti dans la cour de la brigade pour ramasser les pierres ensuite, ils m’ont menacé de mort si je ne monte pas sur la terrasse de la brigade pour crier aux passants : Vive
la Gendarmerie ! « . 

 

Dans la même période S. Dahmane, né le 09 septembre 1972, a été agressé par des gendarmes alors qu’il essayait, avec d’autres, d’éteindre une voiture en feu.  » J’ai reçu un coup de barre de fer sur la tête et j’ai perdu connaissance. Ce n’est qu’à mon réveil à l’hôpital que mes amis, qui ont pu me tirer de là, m’ont raconté que les gendarmes, une dizaine d’après eux, m’ont roué de coups et mis à nu avant de me délester de mon argent (2000 Da) et me jeter près de la voiture en feu. J’ai eu trois dents cassées. (…) ». Dans cette localité uniquement, nous avons eu une vingtaine de témoignages de ce genre. 

 

Les forces de l’ordre n’épargnent personne. A Chorfa, dans la wilaya de Bouira un jeune, Walid S. 14 ans, a été arrêté, torturé, terrorisé toute la nuit par les gendarmes de la brigade de Chorfa. Le lendemain, un fourgon de la gendarmerie, transportant une dizaine de citoyens arrêtés et qui avaient subi les mêmes traitements, se dirige vers Bouira pour les présenter devant le juge. Une des personnes présentes dans ce fourgon a vu comment le jeune Walid S. a été jeté sous un pont alors que le camion roulait. D’après ce témoin, les gendarmes étaient persuadés que le jeune mineur, vu son âge, allait être relâché par le juge. À quelques kilomètres de là, à Ouzellaguen, un jeune de vingt ans capturé par les gendarmes, s’est fait lyncher par une trentaine d’entre eux à l’intérieur de la brigade de Hellouane. Il s’en est sorti avec la mâchoire déplacée, la jambe droite et son bras fracturé. 

 

Ces mauvais traitements et lynchages se poursuivent encore aujourd’hui. Le jeune Rihane Mohamed, âgé de 18 ans, est mort, le 27 mars 2002, après avoir subi la veille, un lynchage par les gendarmes à Fréha

 

4) Expéditions punitives, représailles, pillages et vols  

 

Plusieurs témoignages et informations relevés par la presse font état de campagnes de représailles et d’expéditions punitives notamment durant le mois de juin. À Chorfa, le 20 juin 2001, des brigades de gendarmerie arrivent en renforts. Les citoyens parlent de  » gendarmes avec un physique incroyable », ce qui leur fait croire qu’il s’agit  » d’hommes des forces spéciales, les bérets rouges déguisés en gendarmes. » Les mêmes informations ont été rapportées dans la presse du mois de juin 2001 sur l’éventuelle présence de bérets rouge à Akbou et à Béjaïa déguisés en gendarmes, appelés en renfort pour mater les manifestants de Kabylie. Vers 22h00, racontent les citoyens de Chorfa rencontrés sur place, ils ont commencé à sortir par-derrière la gendarmerie en faisant le mur. Ils avaient des armes blanches et lançaient des pierres dans les maisons en menaçant et en insultant les citoyens. Sur leur passage, ils cassaient les éclairages publics, saccageaient les commerces et tentaient des incursions dans les maisons, puis se sont attaqués au Centre Culturel pour détruire la stèle de Matoub Lounes, pour ensuite, tenter de lui mettre le feu. Vers minuit, les citoyens se sont constitués en groupes d’autodéfense armés de pioches, de barres de fer, de couteaux pour protéger leurs quartiers. Les appels à la vigilance et à l’autodéfense fusent des haut-parleurs de
la Mosquée de Chorfa. 

 

Plusieurs localités ont vécu cette situation, juste après la marche du 14 juin 2001. Des gendarmes et des CNS armés de cocktails Molotov, de pierres et d’armes blanches s’attaquent à des maisons, des locaux de partis politiques, cassent les voitures des particuliers, saccagent et pillent les commerces. 

 

Dans
la Wilaya de Bejaïa, à Akbou, du 18 au 19 juin 2001, les CNS, après avoir tiré sur la foule, se sont emparés de l’Hôpital et ont saccagé les éclairages publics pour ensuite piller les magasins et boulangeries. Dans la même journée, une descente punitive à Haïzer, dans la wilaya de Bouira, a fait 5 blessés parmi les citoyens et plusieurs magasins pillés. Du côté de Tizi-Ouzou, les mêmes scènes de pillages et d’expéditions punitives ont eu lieu à Fréha, Azazga et Larbaâ Nath Irathen, où des gendarmes ont organisé une descente punitive nocturne saccageant commerces et locaux, suite à une tentative, par de jeunes manifestants, de brûler un camion de la gendarmerie. À Beni Maouche, wilaya de Sétif même chose. Le jeune commerçant Ouchabaâ K. a vu, comme d’autres, son commerce et sa voiture saccagés par les gendarmes, alors que d’autres commerces ont bizarrement été épargnés. Ouchabaâ explique que ceux « qui ont été la cible des gendarmes, sont ceux qui ne voulaient pas céder aux pressions des gendarmes auparavant. À plusieurs reprises, ils ont essayé de faire des courses, chez moi, gratuitement et j’ai toujours refusé. Et je suis sûr que c’est un règlement de compte sinon comment expliquer qu’entre deux commerces saccagés, il y [en] a un d’épargné ». Cette campagne de terreur suite aux descentes punitives du mois de juin 2001, a fait fuir des familles entières habitant les environs de brigades de gendarmerie ou de commissariats. Ainsi, à Tizi Rached, le 21 juin 2001, les domiciles qui ont subi des expéditions punitives nocturnes ont tous été, le lendemain matin, abandonnés par leurs propriétaires. 

 

Récemment encore, le 17 mars 2002, à Fréha dans la wilaya de Tizi-Ouzou le jeune Amrar Djamel, un ouvrier âgé de 27 ans, s’est présenté au bureau de
la LADDH à Tizi Ouzou pour témoigner de la descente punitive des gendarmes de la ville :  » Vers 18 h 30 à l’entrée de la ville, je suis tombé nez à nez avec les renforts dépêchés sur les lieux. Sept gendarmes sont descendus des fourgons et s’en sont pris aux passants sans aucune distinction. J’ai tenté de fuir, mais ils m’ont vite rattrapé. A coups de couteau – que je crois être des baïonnettes -, ils m’ont blessé à la tête, aux fesses, aux mains et aux cuisses. Pour ensuite me délester de la totalité de ma paie (10 000 DA) « . Le 21 mars 2002 à Chemini du côté de Bejaïa, même scénario : saccages de véhicules et de locaux commerciaux, violations de domiciles, guet-apens nocturnes aux alentours de la brigade pour tabasser les passants, d’autres ont été blessés par balles en caoutchouc et bombes lacrymogènes. 

 

5) Destruction, attaques et occupation des hôpitaux 

Durant ces événements, les forces anti-émeutes, qu’elles soient de la gendarmerie ou de la police, ont souvent pourchassé des manifestants ou des blessés à l’intérieur des hôpitaux. Plusieurs cas ont été signalés et dénoncés à travers les déclarations de médecins, notamment à Tizi-Ouzou où le principal hôpital de la région a été « visité » à plusieurs reprises dans la nuit par des gendarmes pour tabasser les blessés. 

 

Lors de la marche du 14 juin 2001, plusieurs dizaines de citoyens ont été tabassés, voire lynchés par des policiers en civil ou en uniforme réglementaire. Mohand Chérif H., 22 ans, était parmi ces blessés. Brutalisé par des policiers du commissariat du 8éme, il a ensuite échappé à une tentative d’assassinat par des policiers en civil à l’intérieur même de l’hôpital Mustapha Bacha d’Alger :  » Ils étaient trois et faisaient le tour des blessés en les insultant, un d’eux avait un long couteau à la main. Voyant mon bras dans le plâtre, ils s’arrêtent et me rouent de coups en me menaçant de mort, j’ai pu fuir au moment où un des infirmiers, alerté par mes cris, est rentré dans la salle. » 

 

A Akbou, lors des deux journées sanglantes du mois de juin, les CNS avaient carrément pris en otage l’hôpital, interdisant le passage des blessés et des citoyens, menaçant de mort le personnel médical qui s’occupait des blessés. Il a fallu que le maire de la localité ouvre des salles de soins à l’intérieur de
la Mairie. À El Kseur, S. A., membre du Croissant Rouge Algérien, raconte la journée du jeudi 24 mai 2001, où il y a eu 365 blessés :  » Les CNS et les gendarmes, sous l’effet de l’alcool se sont acharnés sur la population. 

Ils ont jeté des bombes lacrymogènes à l’intérieur des maisons et ont tenté de pénétrer dans d’autres. Ils ont pillé des commerces, saccagé une pharmacie et tabassé un handicapé en lui brisant une jambe alors qu’il était chez lui. Ils ont encerclé la polyclinique et interdit le passage aux blessés, ce qui nous a amenés à ouvrir avec des infirmiers et des médecins, des salles de soins dans des garages de particuliers. En tant que membres du Croissant Rouge avec le gilet officiel de secours, on a été menacé de mort à plusieurs reprises. Et ils ont essayé à maintes reprises de nous bloquer pour nous arracher des mains les blessés. Même chose à Larbaâ Nath Irathen, des bénévoles du Croissant Rouge Algérien ont été agressés par des gendarmes. On leur a même tiré dessus alors qu’ils essayaient de secourir des blessés. 

 

Dans un communiqué remis à la presse le 18 juin 2001, les citoyens de Beni Maouche, situé à la frontière de la wilaya de Béjaïa et de Sétif, ont dénoncé les représailles dont ils ont été victimes par les gendarmes. Les fonctionnaires de
la Mairie de Beni Maouche rencontrés sur place ont confirmé que des gendarmes venus en renfort, se sont attaqués au dispensaire, l’ont saccagé et y ont mis le feu, alors que c’était le seul lieu de soin de toute la région. 

 

Le traitement des événements par les autorités 

 

1) Le discours du chef de l’Etat 

Il a fallu près de dix jours d’émeutes, 43 morts et des centaines de blessés, pour que Bouteflika, chef de l’Etat, intervienne. C’est le 30 avril 2001, à l’occasion de la fête du travail à la télévision algérienne qu’il appelle « la jeunesse de Kabylie au calme ». Mais à aucun moment il n’a fait d’appel en direction des forces de sécurité pour cesser l’utilisation d’armes à feu contre une jeunesse désarmée qui, selon ses propres termes, est porteuse de « revendications légitimes ». Il annonce la mise en place d’une commission d’enquête et qu’ » il répondra à cette jeunesse de Kabylie, à ses préoccupations et à ses revendications d’ordre culturel et linguistique « . Or, ce sont bien la répression, les assassinats,
la Hogra, l’injustice, l’absence de libertés et la mauvaise situation socio-économique qui touchent toutes les franges de la société, notamment les jeunes, que les manifestants ont dénoncé lors de ces événements. A ce propos, le rapport Issad dit explicitement dans ses conclusions, que  » la mort de Guermah et l’incident d’Amizour ne sont que les causes immédiates des troubles constatés. Les causes profondes résident ailleurs : sociales, économiques, politiques, identitaires et abus de toutes sortes « . 


Suite à ce discours, les émeutes ont repris et se sont étendues à d’autres régions que
la Kabylie. 

 

2) La mise en place d’une commission d’enquête  » indépendante  »  

Le mercredi 2 mai 2001, le professeur Mohand Issad était chargé par Bouteflika, d’entreprendre une enquête sur ces événements et  » lui donne toute la latitude pour composer une commission ad hoc, mener les investigations comme il l’entendait, demander tout document et entendre toute personne qu’il jugera utile « . Essentiellement composée d’avocats, d’enseignants de droit, de magistrats et de membres de la société civile, cette commission s’est fixé quelques missions, à savoir : 

- Déplacement sur le terrain et audition de témoins,
- Exploitation de la presse,
- Exploitation de documents que le président devait solliciter des services concernés, soit le ministère de l’Intérieur, le ministère de
la Justice,
la Direction générale de
la Sûreté nationale,
la Gendarmerie nationale, le Département des renseignements et sécurité du ministère de
la Défense nationale, des wilayas concernées et groupements de gendarmerie de Tizi Ouzou et Béjaïa.. 

 

a) Conclusions et non dits : 

 

- Qui informe qui ? 

Le commandement de la gendarmerie nationale rend public un communiqué le dimanche 22 avril 2001, dans lequel il déclare que le défunt avait été interpellé « suite à une agression suivie de vol ». Le ministre de l’Intérieur reprend une autre et fausse information et déclare que la victime était un « délinquant de 26 ans » ; alors que presque toute la presse a parlé du jeune lycéen Guermah Massinissa. Certes, la commission Issad a relevé, dans son rapport rendu publique le 29 juillet 2001, que « les bavures (assassinat de Guermah et arrestation arbitraire des collégiens d’Amizour), aggravées par les fausses déclarations des autorités (…), devaient donner lieu à une série d’émeutes dans les wilayas de Tizi-Ouzou et de Béjaïa, et atteignent les wilayas limitrophes de Bouira, Sétif et Bordj Bou Arréridj ». En revanche, elle n’a pas su situer avec exactitude les centres de contrôle de l’information qui ont renseigné le commandement de la gendarmerie et le ministre de l’intérieur, alors qu’elle disposait  » de larges prérogatives  » pour le faire. 

 

On relève que de toutes les institutions sollicitées par la commission d’enquête, seule
la Direction du Renseignement et de
la Sécurité (DRS), institution chargée d’informer et de renseigner des corps militaires comme la gendarmerie nationale, a refusé de collaborer avec la commission d’enquête. 

 

- Qui a donné l’ordre de tirer ? 

 » Au commencement, ce ne sont pas les foules qui ont été l’agresseur. Elles ne sont pas à l’origine des deux événements déclenchant. Si quelqu’un a franchement donné l’ordre de tirer à balles réelles, en revanche personne n’a donné l’ordre de cesser le feu  » note la commission d’enquête d’Issad qui met en cause la chaîne de commandement sans toutefois désigner le moindre responsable.  » Les ordres de la gendarmerie de ne pas utiliser d’armes n’ont pas été exécutés, ce qui donne à penser que le commandement a perdu le contrôle de ses troupes, ou a été parasité par des forces externes à son propre corps « , ajoute le rapport privilégiant ainsi deux hypothèses. 

 

Plusieurs témoignages et faits démontrent que les forces de l’ordre savaient très bien ce qu’elles faisaient, et que ses éléments ne faisaient qu’exécuter les ordres. Ce fut le cas à Azzazga, lors du massacre du vendredi 27 avril 2001 : le commandant du secteur de Tizi-Ouzou était présent dans la brigade de gendarmerie lorsque les gendarmes investirent la rue, pourchassant les manifestants et leur tirant dessus. 

 

De même, dans la localité de Illoula, dans la wilaya de Tizi Ouzou, où un jeune de 20 ans a été exécuté par le chef de brigade, alors que ses éléments avaient refusé d’obéir aux ordres de tirer sur les manifestants. Comment expliquer alors que des renforts, qui ne peuvent se déplacer que sur ordre, arrivent dans plusieurs localités à la fois pour mener des expéditions punitives, utilisant les mêmes pratiques partout. S’il y a eu dérapage, pourquoi les chefs de brigades ou d’autres supérieurs n’ont pas mis aux arrêts les responsables de ces tueries, comme ce fût le cas, seul cas d’ailleurs, à Draâ Ben Khedda où le chef de brigade a mis aux arrêts les deux responsables des tueries ? 

 

Malgré les conclusions déjà accablantes du rapport Issad sur la responsabilité des autorités dans ces massacres, la commission n’a pas été au bout de ses investigations pour situer avec exactitude ces forces capables de  » détourner  » les ordres d’un corps militaire comme la gendarmerie nationale. Trois mois après ces tueries, la commission n’avait toujours pas expliqué pourquoi les différentes autorités militaires et civiles, à commencer par le chef de l’Etat, n’avaient pas réagi et donné l’ordre aux forces de sécurité d’arrêter de tirer contre les manifestants. Comment cela peut-il être expliqué quand on sait qu’en juin 1998, suite à l’assassinat de deux jeunes lors des événements suivant la mort de Matoub Lounes, le ministre de l’Intérieur de l’époque avait ordonné aux forces de l’ordre de ne pas utiliser d’arme à feu contre les manifestants. 

 

- Pourquoi charger uniquement les gendarmes ? 

Le rapport Issad rendu public le dimanche 29 juillet 2001, a jugé la gendarmerie principale responsable dans la répression du soulèvement en Kabylie depuis le 18 avril 2001, alors que nos enquêtes révèlent l’implication des autres forces de sécurité, tous corps confondus, dans cette répression. Pour rappel, il y a eu 55 citoyens exécutés par des gendarmes, 14 par des CNS (police), 8 par des policiers en civils, 1 citoyen tué par
la Brigade Mobile de Police Judiciaire (BMPJ), 1 par un chef de Daïra, 2 par des GLD, 1 par un militaire. 


Dans un souci de transparence,
la Commission aurait dû publier dans son intégralité la liste nominative des victimes décédées, torturées ou maltraitées dans les brigades de gendarmerie et/ou dans les commissariats de police. Elle aurait dû, aussi, demander la liste des gendarmes, policiers, militaires et membres de GLD qui ont tué durant ces événements. Cela aurait certainement facilité aux familles la poursuite des coupables selon les règles du droit pénal devant les juridictions civiles ou militaires. 

 

b) Dernières conclusions de la commission Issaâd : 

Le deuxième rapport remis par le Pr. Issaâd au chef de l’Etat le 26 décembre 2001, souligne que la responsabilité dans les assassinats et autres violations des droits de l’Homme lors de ces événements demeure impossible à déterminer. 

 

Issaâd rappelle que le décret présidentiel du n° 92/44 du 9 février 1992 portant instauration de l’état d’urgence maintient  » les pouvoirs du ministre de l’Intérieur comme responsable du maintien de l’ordre à l’échelon national « . En d’autres termes, c’est l’autorité civile qui est habilitée à prendre des  » mesures de préservation ou de rétablissement de l’ordre public  » (article 4), le ministre de l’Intérieur ne pouvant que confier par délégation à l’autorité militaire la direction des opérations de rétablissement de l’ordre  » à l’échelle de localités ou de circonscriptions territoriales déterminées  » (article 9). Au contraire, l’arrêté interministériel non publié du 25 juillet 1993 – signé par le général Nezzar et le ministre de l’Intérieur de l’époque – donne clairement délégation aux commandants des régions militaires, liant ainsi les opérations de rétablissement de l’ordre à la lutte contre la subversion et le terrorisme. L’enchevêtrement de ces deux compétences rendent impossible la détermination des responsabilités, du moins dans les textes. Dans les faits, seule l’armée est responsable des situations de rétablissement de l’ordre. 

 

3)
La Commission d’enquête Parlementaire :
 

Le rapport final des travaux de cette commission parlementaire sur les événements de Kabylie, présidée par Ahmed Bayoud, a été remis le 2 février 2002 à Abdelkader Bensalah, président de l’Assemblée populaire nationale (APN), lequel à son tour devrait le remettre au Président de
la République. 


La principale conclusion de cette commission souligne que  » les responsabilités sont individuelles et ne sauraient incomber à aucune institution sécuritaire, civile ou politique. Chaque cas doit être examiné à part et doit être soumis aux instances judiciaires pour trancher ». 

 

4) Le traitement de la justice et l’impunité :  

Le parquet général de Bejaïa a publié le 16 mars 2002 un communiqué, repris par l’APS, relatif aux 26 martyrs du Printemps Noir de cette circonscription judiciaire. Les enquêtes concernant ces décès doivent connaître « rapidement leur aboutissement judiciaire dans le strict cadre de la loi et dans une totale transparence », peut-on y lire. Un appel aux familles des victimes et aux ayants droit des personnes décédées, ainsi qu’à tout témoin de la tragédie a été lancé par l’institution judiciaire. Le parquet précise que son objectif est de « permettre de diligenter les informations judiciaires relatives aux 26 décès ». Le parquet général a rappelé qu’il avait déjà diffusé par voie de presse un appel le 29 mai 2001 pour les mêmes objectifs. 


Quelques jours après cet appel à la mi-juin, le père de Kamel Irchane de Azzazga a été convoqué par le juge d’instruction après un dépôt de plainte. Le magistrat lui a demandé de fournir des preuves que les tueurs étaient bien des gendarmes, alors qu’à cette date tout le monde sait que des gendarmes ont ouvert le feu sur les manifestants. Pratiquement toutes les familles que nous avons rencontrées ont relevé le même comportement au niveau de la justice. Sachant que les victimes ont bel et bien été tuées par des éléments des forces de l’ordre, les procureurs ou les juges d’instruction demandent aux familles de victimes des preuves, alors que les témoins sont souvent ignorés. 

En septembre 2001, à Béjaïa, a lieu le premier procès de ces événements. Un policier est accusé par les citoyens d’avoir écrasé volontairement, le 15 juin 2001, Serraye Hafnaoui qui roulait en moto. Lors de cette audience 5 témoins oculaires de l’incident se sont présentés devant le juge et ont confirmé que Hafnaoui a bel et bien été délibérément écrasé par l’accusé. Malgré ce témoignage, l’accusé n’a pris que 2 mois de prison ferme pour  » accident de voiture « , alors qu’aucun constat n’avait été fait. Rabah T., témoin principal, outré par ce jugement raconte que  » lors de la même audience, le même jour un jeune a été condamné à 3 ans de prison ferme pour agression sur un policier alors que ce dernier n’avait même pas présenté de témoins. C’est cela la justice ?  » Cet exemple donne un aperçu de ce que va être le  » traitement  » de ces événements par la justice algérienne et d’ores et déjà le vent de l’impunité souffle sur les éléments des forces de l’ordre qui sont impliqués dans les tueries, la torture et les mauvais traitements qui ont eu lieu durant ces événements. 

 

- L’instruction de l’affaire Guermah : 

Sept jours après l’exécution du jeune Guermah Massinissa, les autorités militaires annoncent la mise sous mandat de dépôt de Mestari Merabet, le gendarme coupable. Il sera déféré devant le tribunal militaire de Blida pour  » infraction aux consignes et homicide involontaire.  » Pourtant, le témoignage de Koceila Merakeb, qui a été arrêté avec Massinissa, est plus qu’éloquent :  » Le gendarme (Mestari Merabet) s’avance, son kalachnikov sur l’épaule. C’est alors qu’une première rafale résonne comme un bruit de tonnerre dans la salle d’attente. Deux balles ricochent sur le sol alors que la troisième atteint au pied un gendarme se trouvant à proximité. Merabet dirige ensuite son arme sur Massinissa. Le doigt sur la détente, il lâche une seconde rafale « . Malgré ce témoignage, à ce jour le procès n’a pas encore eu lieu. 

  

Chronologie et bilan du  » Printemps Noir «  

 

Le mois d’avril 2001, 43 morts : 

Le 25 avril 2001 à 10h00, une manifestation pacifique et de solidarité a été organisée par les collégiens et lycéens de Ouzellaguen dans la wilaya de Béjaïa, qui n’a enregistré aucun dérapage et n’a fait objet d’aucune tentative de destruction de biens publics de la part des manifestants. Vers 11h00 un convoi de gendarmes de la brigade de Hellouane intervient et réprime les manifestants pour ensuite se réfugier au niveau de
la Daïra d’Ouzellaguen. Vers 12h30, les gendarmes tentent une sortie dans la ville en tirant sur la foule. Makhmoukhen Kamel, 19 ans, est touché de deux balles, à la tête et au niveau du thorax. Makhmoukhen Kamel sera la première victime d’une répression étatique qui fera plus de 80 morts en trois mois. 

 

Du 25 avril au 28 avril, forces de l’ordre, tous corps confondus, ont systématiquement réprimé dans le sang toutes les manifestations pacifiques. Ce mouvement de protestation s’est vite étendu aux wilayates de : 

 

- Tizi-Ouzou : 14 communes
- Béjaïa : 8 communes
- Sétif : 1 commune
- Bouira : 1 commune 

 

Soit 24 localités différentes, réparties sur 3 wilayates (départements) de Kabylie et à la wilaya de Sétif qui est plus à l’Est. 

 

D’après les témoignages et enquêtes réalisés, en quatre jours d’affrontements les forces de l’ordres anti-émeutes ont fait près de 43 morts et des dizaines de blessés par balles. Le plus grand nombre de victimes est enregistré sur trois jours à Béjaïa, les 25, 26 et 28 avril et sur deux jours, les 27 avril et 28 avril à Tizi Ouzou.. Il ressort les chiffres suivants, alors qu’il est pratiquement impossible de faire une évaluation précise du nombre des blessés :  » 13 morts à Béjaïa, 29 blessés par balles et 220 « autres blessés ». 28 à Tizi-Ouzou, 147 blessés par balles, et 77 « autres blessés ». 1 mort dans la wilaya de Sétif, 3 blessés par balles et 3 « autres blessés ». 1 mort pour la wilaya de Bouira et 6 blessés par balle. Du côté de Boumerdés, on a enregistré aussi 5 blessés par balles et 1 « autre blessé ». 

 

Alors que dans un état arrêté au 12 mai 2001 et dressé par le ministère de l’Intérieur (voir rapport d’Issad) pour la période du 22 au 28 avril 2001 sur : Les fonctionnaires de police : 56 « autres blessés » à Tizi-Ouzou, 224 à Béjaïa, un à Boumerdès et 6 à Bouira. La gendarmerie nationale : à Tizi-Ouzou : 78 « autres blessés », à Béjaïa : 81 « autres blessés », à Sétif : 13 « autres blessés », à Bouira : 8 « autres blessés ». 


Aucun gendarme n’a été touché par balle ou autres munitions.

A signaler que  » Autre blessé  » fait référence aux blessures pas dues aux balles. 

 

Bilan selon les localités : 

 

Dans
la Wilaya de Béjaia, 13 morts
:
Commune de Ouzellaguen en deux jours d’affrontements, il y a eu 5 morts et des dizaines de blessés par balles.
Commune d’El Kseur en deux jours d’affrontements 3 morts et une vingtaine de blessés par balles.
Commune de Seddouk 2 morts et une centaine de blessés
Commune de Tichy : 1 mort et cinq blessés par balles.
Commune de Chemini : 1 morts et une dizaine de blessés
Commune d’Adekar : 1 mort et plusieurs blessés 

 

Dans
la Wilaya de Tizi Ouzou, 28 morts :

Commune de Azazga, 5 morts en une seule journée d’affrontements
Commune de Ain El Hammam, 2 morts en une seule journée d’affrontements
Commune de Larbaâ Nath Irathen, 5 morts en quatre jours d’affrontements
Commune des Ouadhias, 4 morts en deux jours d’affrontements
Commune de Draâ El Mizan, 1 mort en deux jours d’affrontements
Commune de Mekla, 1 morts en une journée d’affrontement
Commune de Fréha, 1 mort en une journée d’affrontements
Commune de Maâtkas, 2 morts en deux jours d’affrontements
Commune de Boghni, 2 morts en deux jours d’affrontements
Commune de Bouzeguenne, 2 morts en un jour d’affrontements
Commune de Boudjima, 2 morts en deux jours d’affrontements
Commune de Beni Douala, assassinat du jeune Guermah après son arrestation par les gendarmes le 18 avril 2001 

 

Dans
la Wilaya de Setif, 1 mort :

Commune de Beni Mohli, 1 mort en une journée d’affrontements et plusieurs blessés. 

 

Dans
la Wilaya de Bouira, 1 mort :

Commune d’El Asnam, 1 mort et plusieurs blessés 

 

L’âge des victimes : 

Entre 14 et 18 ans : 9 victimes
Entre 18 et 25 ans : 18 victimes
Entre 25 et 30 ans : 6 victimes
Entre 30 et 37 ans : 10 victimes 

 

Les forces impliquées dans les exécutions sommaires : 

38 citoyens tués par les gendarmes
2 citoyens tués par les CNS (anti-émeute de police)
1 citoyen tué par
la Brigade Mobile de Police Judiciaire (BMPJ)
1 citoyen tué par un chef de Daïra
1 citoyen tué par un GLD 

 

Le mois de mai 2001, 15 morts : 

Du 23 mai au 28 mai 2001, l’utilisation des balles réelles par les forces de l’ordre ont fait 15 nouvelles victimes, des dizaines de blessés par balles, mauvais traitements et tortures, décentes punitives, représailles et pillages de magasins et de domiciles sont signalés un partout, alors que les manifestations et les affrontements ne se sont pas arrêtés depuis le discours de Bouteflika le 30 avril 2001. 

 

Bilan selon les localités du 22 au 28 mai 2001 : 

Dans
la Wilaya de Béjaia, 6 morts :
Commune de Takariets à Sidi Aiche : 1 adolescent de 13 ans, Hafidh Messalti, a été tué par un gendarme et une dizaine de blessés.
Commune de Tazmalt : 2 morts et une vingtaine de blessés par balles
Commune de Béjaä : 3 morts et des dizaines de blessés 

Dans
la Wilaya de Tizi Ouzou, 7 morts
Commune de Tadmaït, 3 morts et plusieurs blessés en une journée d’affrontements
Commune de Draâ Ben Heda : 1 mort et plusieurs blessés en une journée d’affrontements
Commune de Maâtkas, 1 mort en deux jours d’affrontements
Commune de Illoula, 1 mort en un jour d’affrontements
Commune de Bouzeguenne, 1 mort en un jour d’affrontements 

Dans la wilaya d’Alger, 1 mort
Assassinat du jeune Haniche : Il a été tué par un militaire posté lors de la marche pacifique du 31 mai 2001. 

Dans
la Wilaya de Bouira, 1 mort :
Commune de Chorfa : 1 mort et plusieurs blessés par balle.
L’âge des victimes :
Entre 14 et 18 ans : 2 victimes
Entre 18 et 25 ans : 6 victimes
Entre 25 et 30 ans : 1 victime
Entre 30 et 37 ans : 3 victimes
Plus de 50 ans : 3 victimes 

 

Les forces impliquées dans les exécutions sommaires : 

10 citoyens tués par les gendarmes
4 citoyens tués par les CNS (anti-émeute de police)
1 citoyen tué par un militaire, lors de la marche du FFS le 3 mai 2001. 

 


La Marche pacifique du 14 juin, 8 morts : 

Lors de cette marche une répression féroce s’est abattue sur les manifestants. Des policiers en uniforme, des policiers en civil, soutenus par des agents du gouvernement se sont livrés à une vraie chasse aux manifestants. Arrestations violentes, suivies de mauvais traitements et torture morale et physique à l’intérieur des commissariats et autres lieux inconnus. Durant toute une journée les manifestants seront poursuivis par des voitures dans les ruelles d’Alger pour finir dans des  » séances  » de lynchages. Durant une semaine, plus de 130 personnes seront portées disparues. Après enquête des organisations, partis politiques, ils seront enfin libérés, 6 corps seront retrouvés par la suite. 

 

Le mois de juin 2001, 17 morts : 

Au lendemain de la marche du 14 juin 2001, plusieurs manifestations et affrontements ont eu lieu faisant un mort à Béjaïa. Du 15 juin au 26 juin 2001, l’utilisation des balles réelles par forces de l’ordre a fait à nouveau 13 morts parmi les jeunes manifestants, des dizaines de blessés par balles, mauvais traitements et tortures. Pour la plupart des affrontements, les manifestants ont dû répondre aux expéditions punitives, aux représailles et aux pillages de magasins et de domiciles par les forces de l’ordre. De Fréha, dans la wilaya de Tiz-Ouzou à Akbou, dans la wilaya de Béjaïa en passant par des localités de la wilaya de Sétif ou de Bouira les témoignages sur place et rapportés par la presse racontent comment des éléments des forces de l’ordre pillent, volent, violent des domiciles, saccagent des magasins et sèment la terreur dans les villages en faisant des descentes nocturnes avec des armes blanches. Ce qui a poussé les citoyens à se constituer en groupes de vigilance et d’autodéfense. Les affrontements prennent de l’ampleur et touchent plusieurs autres wilayates de l’Est et de l’Ouest de l’Algérie. 

 

Bilan selon les localités du15 au 26 juin 2001 : 

 

Dans
la Wilaya de Béjaia : 8 morts

Commune d’Akbou : 5 morts et des dizaines de blessés par balles en une journée d’affrontements
Commune d’Ouzellaguene : 1 morts et plusieurs blessés par balles
Commune de Béjaïa : 1 mort et des dizaines de blessés
Commune de Sidi Aiche : 1 mort et plusieurs blessés
 

 

Dans
la Wilaya de Tizi Ouzou, 3 morts

Commune de Larbaâ Nath Irathen : 1 mort et plusieurs blessés en une journée d’affrontements
Commune de Draâ El Mizan : 2 morts et plusieurs blessés en une journée d’affrontements 

 

Dans la wilaya de Ain M’Lila, 1 mort :
Commune d’Oum El Bouaghi : 1 mort et plusieurs blessés par balles. 

Dans
la Wilaya de Khenchella, 1 mort :
1 mort, une femme, et des dizaines de blessés. 

 

Dans
la Wilaya de Setif, 3 morts :

Commune de Ain Lagradj : 1 mort et plusieurs blessés.
Commune de Guenzet : 1 mort et plusieurs blessés
Commune de Beni Chebana : 1 mort et plusieurs blessés
 

 

Dans
la Wilaya de Annaba, 1 mort

 

L’âge des victimes : 

Entre 14 et 18 ans : 6 victimes
Entre 18 et 25 ans : 2 victimes
Entre 25 et 30 ans : 8 victimes
Entre 30 et 37 ans : 1 victime 

 

Les forces impliquées dans les exécutions sommaires : 

7 citoyens tués par les gendarmes
8 citoyens tués par les CNS (anti-émeute de police)
1 citoyen tué par des GLD
1 citoyen tué par un maire 

 

Le mois de mars 2002, 6 morts : 

La répression féroce de la part des forces de l’ordre sur des populations civiles non armées, dans les wilayates d’Ain Defla, de Saida, de Béjaïa, de Bouira, de Sétif et de Tizi-Ouzou ont fait en quinze jours, six morts, dont deux adolescents de moins de 18 ans, et des dizaines de blessés dont certains ont été atteints par balles réelles et seraient toujours dans un état grave. 

 

La liste des victimes :  

. Bettar Yassine âgé de 17 ans. 

Le jeudi 21 mars 2002, Bettar Yassine âgé de dix-sept ans, habitant à Chemini Sidi Aiche, -dans la wilaya de Béjaïa- a été atteint à la tête par une balle de Seminov tirée par un snipper de la gendarmerie. 

· Belahcen Rachid âgé de 14 ans
Belahcen Rachid, 14 ans, a été tué à Seddouk le 24 mars 2002 à Seddouk dans la wilaya de Béjaïa par une bombe lacrymogène tirée par un élément des CNS, qui l’a touché à la tête. 

· Benattou Idris âgé de 31 an :
A succomber le 31 mars 2002 suite à ses blessures.
M. Benattou Idris a été percuté par le chasse-neige des CNS, le 24 mars dernier, lors des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre (CNS).
· Yousfi Azzedine, âgé de 36 ans
Yousfi Azzedine, blessé par balle, le 29 mars 2002, vers 16h, aux abords de la brigade de gendarmerie de Tassaft, daïra de Béni Yenni, Wilaya de Tizi Ouzou :
La victime était âgée de 36 ans et père de deux enfants est décédé le 30 mars 2002. 

· Rihane Mohamed, âgé de 16 ans,
Le jeune Rihane Mohamed, âgé de 18 ans, est mort, le 27 mars 2002, après avoir subi un lynchage par les gendarmes à Fréha le mardi 26 mars 2002 à Fréha. Selon les témoignages que nous avons recueillis hier sur place, la victime est tombée entre les mains des gendarmes qui l’auraient rouée de coups, au cours des troubles qui ont éclaté mardi dernier. Nos interlocuteurs ont précisé que le jeune collégien est rentré chez lui sans se douter qu’il avait eu des lésions cérébrales. Il sera transporté le soir à l’hôpital où il succombera le lendemain des suites d’une hémorragie. 

· Lamara Mohamed Oulhocine, âgé de 19 ans,
Le 28 mars 2002, le jeune lycéen, Hocine Naït Alamara, âgé de 19 ans, a été touché mortellement par une balle au lieudit Tachekirt à Abi Youcef, commune de la daïra de Aïn El Hammam, lors des violents heurts qui ont opposé les citoyens aux éléments de la brigade de la gendarmerie. Selon des témoignages recueillis auprès des délégués de la coordination locale, Hocine a été tué à « dix mètres de la brigade par les gendarmes ». 

 

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Notes  

(1) Voir Le Matin, 19 mars 2002.
(2) Voir Le Matin, 28 mars 2002.
(3) Voir le rapport de
la FIDH de novembre 2001 sur les droits économiques, sociaux et culturels : www.fidh.org
(4) Voir note 2, articles 19 et 21 cités en annexe.
(5) Voir note 2, articles cités en annexe.
(6) Voir note 4, articles cités en annexe.
(7) Témoignage extrait de Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts, Farid Allilat, 2002, Paris. 

  

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Annexe 

Note n° 1 : Déclaration universelle des droits de l’homme 

Article 3
Tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne. 

Article 2
Chacun peut se prévaloir de tous les droits et de toutes les libertés proclamés dans la présente Déclaration, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. 

De plus, il ne sera fait aucune distinction fondée sur le statut politique, juridique ou international du pays ou du territoire dont une personne est ressortissante, que ce pays ou territoire soit indépendant, sous tutelle, non autonome ou soumis à une limitation quelconque de souveraineté. 


Note n°2 : Pacte International relatif aux droits civils et politiques. 

Ratifié par l’Algérie le 12 septembre 1989 

 

Article 2 

1. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à respecter et à garantir à tous les individus se trouvant sur leur territoire et relevant de leur compétence les droits reconnus dans le présent Pacte, sans distinction aucune, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. 

2. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à prendre, en accord avec leurs procédures constitutionnelles et avec les dispositions du présent Pacte, les arrangements devant permettre l’adoption de telles mesures d’ordre législatif ou autre, propres à donner effet aux droits reconnus dans le présent Pacte qui ne seraient pas déjà en vigueur. 

3. Les Etats parties au présent Pacte s’engagent à: 

a) Garantir que toute personne dont les droits et libertés reconnus dans le présent Pacte auront été violés disposera d’un recours utile, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l’exercice de leurs fonctions officielles ; 

b) Garantir que l’autorité compétente, judiciaire, administrative ou législative, ou toute autre autorité compétente selon la législation de l’Etat, statuera sur les droits de la personne qui forme le recours et développer les possibilités de recours juridictionnel; 

c) Garantir la bonne suite donnée par les autorités compétentes à tout recours qui aura été reconnu justifié. 

 

Article 4 

1. Dans le cas où un danger public exceptionnel menace l’existence de la nation et est proclamé par un acte officiel, les Etats parties au présent Pacte peuvent prendre, dans la stricte mesure où la situation l’exige, des mesures dérogeant aux obligations prévues dans le présent Pacte, sous réserve que ces mesures ne soient pas incompatibles avec les autres obligations que leur impose le droit international et qu’elles n’entraînent pas une discrimination fondée uniquement sur la race, la couleur, le sexe, la langue, la religion ou l’origine sociale. 

2. La disposition précédente n’autorise aucune dérogation aux articles 6, 7, 8 (par. 1 et 2), 11, 15, 16 et 18. 

3. Les Etats parties au présent Pacte qui usent du droit de dérogation doivent, par l’entremise du Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, signaler aussitôt aux autres Etats parties les dispositions auxquelles ils ont dérogé ainsi que les motifs qui ont provoqué cette dérogation. Une nouvelle communication sera faite par la même entremise, à la date à laquelle ils ont mis fin à ces dérogations. 

 

Article 6 

1. Le droit à la vie est inhérent à la personne humaine. Ce droit doit être protégé par la loi. Nul ne peut être arbitrairement privé de la vie. 

2. Dans les pays où la peine de mort n’a pas été abolie, une sentence de mort ne peut être prononcée que pour les crimes les plus graves, conformément à la législation en vigueur au moment où le crime a été commis et qui ne doit pas être en contradiction avec les dispositions du présent Pacte ni avec
la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Cette peine ne peut être appliquée qu’en vertu d’un jugement définitif rendu par un tribunal compétent. 

3. Lorsque la privation de la vie constitue le crime de génocide, il est entendu qu’aucune disposition du présent article n’autorise un Etat partie au présent Pacte à déroger d’aucune manière à une obligation quelconque assumée en vertu des dispositions de
la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. 

4. Tout condamné à mort a le droit de solliciter la grâce ou la commutation de la peine. L’amnistie, la grâce ou la commutation de la peine de mort peuvent dans tous les cas être accordées. 

5. Une sentence de mort ne peut être imposée pour des crimes commis par des personnes âgées de moins de 18 ans et ne peut être exécutée contre des femmes enceintes. 

6. Aucune disposition du présent article ne peut être invoquée pour retarder ou empêcher l’abolition de la peine capitale par un Etat partie au présent Pacte. 

 

Article 19 

1. Nul ne peut être inquiété pour ses opinions. 

2. Toute personne a droit à la liberté d’expression; ce droit comprend la liberté de rechercher, de recevoir et de répandre des informations et des idées de toute espèce, sans considération de frontières, sous une forme orale, écrite, imprimée ou artistique, ou par tout autre moyen de son choix. 

3. L‘exercice des libertés prévues au paragraphe 2 du présent article comporte des devoirs spéciaux et des responsabilités spéciales. Il peut en conséquence être soumis à certaines restrictions qui doivent toutefois être expressément fixées par la loi et qui sont nécessaires: 

a) Au respect des droits ou de la réputation d’autrui; 

b) A la sauvegarde de la sécurité nationale, de l’ordre public, de la santé ou de la moralité publiques. 

 

Article 21 

Le droit de réunion pacifique est reconnu. L’exercice de ce droit ne peut faire l’objet que des seules restrictions imposées conformément à la loi et qui sont nécessaires dans une société démocratique, dans l’intérêt de la sécurité nationale, de la sûreté publique, de l’ordre public ou pour protéger la santé ou la moralité publiques, ou les droits et les libertés d’autrui. 


Article 26 

Toutes les personnes sont égales devant la loi et ont droit sans discrimination à une égale protection de la loi. A cet égard, la loi doit interdire toute discrimination et garantir à toutes les personnes une protection égale et efficace contre toute discrimination, notamment de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique et de toute autre opinion, d’origine nationale ou sociale, de fortune, de naissance ou de toute autre situation. 

 

Note n°3 : Convention relative aux droits de l’enfant. 

 

Ratifiée par l’Algérie le 16 avril 1993 

Article 6
1. Les Etats parties reconnaissent que tout enfant a un droit inhérent à la vie.
2. Les Etats parties assurent dans toute la mesure possible la survie et le développement de l’enfant. 

 

Note n°4 : Convention contre la torture et autres peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants ratifiée par l’Algérie le 12 septembre 1989 

 

Article premier 

1. Aux fins de la présente Convention, le terme « torture » désigne tout acte par lequel une douleur ou des souffrances aiguës, physiques ou mentales, sont intentionnellement infligées à une personne aux fins notamment d’obtenir d’elle ou d’une tierce personne des renseignements ou des aveux, de la punir d’un acte qu’elle ou une tierce personne a commis ou est soupçonnée d’avoir commis, de l’intimider ou de faire pression sur elle ou d’intimider ou de faire pression sur une tierce personne, ou pour tout autre motif fondé sur une forme de discrimination quelle qu’elle soit, lorsqu’une telle douleur ou de telles souffrances sont infligées par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. Ce terme ne s’étend pas à la douleur ou aux souffrances résultant uniquement de sanctions légitimes, inhérentes à ces sanctions ou occasionnées par elles. 

2. Cet article est sans préjudice de tout instrument international ou de toute loi nationale qui contient ou peut contenir des dispositions de portée plus large. 

 

Article 2 

1. Tout Etat partie prend des mesures législatives, administratives, judiciaires et autres mesures efficaces pour empêcher que des actes de torture soient commis dans tout territoire sous sa juridiction. 

2. Aucune circonstance exceptionnelle, quelle qu’elle soit, qu’il s’agisse de l’état de guerre ou de menace de guerre, d’instabilité politique intérieure ou de tout autre état d’exception, ne peut être invoquée pour justifier la torture. 

3. L‘ordre d’un supérieur ou d’une autorité publique ne peut être invoqué pour justifier la torture. 

 

Article 4 

1. Tout Etat partie veille à ce que tous les actes de torture constituent des infractions au regard de son droit pénal. Il en est de même de la tentative de pratiquer la torture ou de tout acte commis par n’importe quelle personne qui constitue une complicité ou une participation à l’acte de torture. 

2. Tout Etat partie rend ces infractions passibles de peines appropriées qui prennent en considération leur gravité. 

 

Article 11 

Tout Etat partie exerce une surveillance systématique sur les règles, instructions, méthodes et pratiques d’interrogatoire et sur les dispositions concernant la garde et le traitement des personnes arrêtées, détenues ou emprisonnées de quelque façon que ce soit sur tout territoire sous sa juridiction, en vue d’éviter tout cas de torture. 

 

Article 12 

Tout Etat partie veille à ce que les autorités compétentes procèdent immédiatement à une enquête impartiale chaque fois qu’il y a des motifs raisonnables de croire qu’un acte de torture a été commis sur tout territoire sous sa juridiction. 

 

Article 13 

Tout Etat partie assure à toute personne qui prétend avoir été soumise à la torture sur tout territoire sous sa juridiction le droit de porter plainte devant les autorités compétentes dudit Etat qui procéderont immédiatement et impartialement à l’examen de sa cause. Des mesures seront prises pour assurer la protection du plaignant et des témoins contre tout mauvais traitement ou toute intimidation en raison de la plainte déposée ou de toute déposition faite. 

 

Article 14 

1. Tout Etat partie garantit, dans son système juridique, à la victime d’un acte de torture, le droit d’obtenir réparation et d’être indemnisée équitablement et de manière adéquate, y compris les moyens nécessaires à sa réadaptation la plus complète possible. En cas de mort de la victime résultant d’un acte de torture, les ayants cause de celle-ci ont doit à indemnisation. 

2. Le présent article n’exclut aucun droit à indemnisation qu’aurait la victime ou toute autre personne en vertu des lois nationales. 

 

Article 16 

1. Tout Etat partie s’engage à interdire dans tout territoire sous sa juridiction d’autres actes constitutifs de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants qui ne sont pas des actes de torture telle qu’elle est définie à l’article premier lorsque de tels actes sont commis par un agent de la fonction publique ou toute autre personne agissant à titre officiel, ou à son instigation ou avec son consentement exprès ou tacite. En particulier, les obligations énoncées aux articles 10, 11, 12 et 13 sont applicables moyennant le remplacement de la mention de la torture par la mention d’autres formes de peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. 

2. Les dispositions de la présente Convention sont sans préjudice des dispositions de tout autre instrument international ou de la loi nationale qui interdisent les peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants, ou qui ont trait à l’extradition ou à l’expulsion. 

 

Note n°5 :
La Commission des droits de l’homme par sa résolution 1996/74, prie le Rapporteur spécial, dans l’exercice de son mandat : 

 

a) De continuer à examiner les cas d’exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et à soumettre tous les ans à
la Commission des droits de l’homme les résultats de ses travaux, et ses conclusions et recommandations, ainsi que tout autre rapport qu’il jugerait nécessaire d’établir pour tenir
la Commission informée de toute situation grave en matière d’exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires dont il y aurait lieu qu’elle s’occupe immédiatement 

b) De répondre efficacement aux informations qui lui parviennent, en particulier lorsqu’une exécution extrajudiciaire, sommaire ou arbitraire est imminente ou risque d’avoir lieu ou lorsqu’une telle exécution a eu lieu; 

d) De continuer à accorder une attention particulière aux exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires d’enfants et de femmes, et aux allégations concernant les violations du droit à la vie dans le cadre de la violence exercée à l’encontre des participants à des manifestations et autres démonstrations publiques pacifiques, ainsi que des personnes appartenant à des minorités; 

e) De prêter une attention particulière aux exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires lorsque les victimes en sont des individus qui se livrent à des activités pacifiques de défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales. 

 a

Plate-forme d’El-Kseur (PFK)

Plate-forme d’El Kseur du 11 juin 2001
 

Nous, représentants des wilaya deTizi-Ouzou, Bgayet, Bouira, Boumerdes, Sétif, Bordj Bouareridj, Alger et le Comité collectif des Universités d’Alger, réunis ce jour 11 juin 2001 à la maison de jeunes Mouloud FERAOUN d’El Kseur ( Bgayet), avons adopté la plate forme commune suivante: 1. Pour la prise en charge urgente par l’Etat de toutes les victimes blessées et familles des martyrs de la répression durant les événements.

2. Pour le jugement par les tribunaux civils de tous les auteurs, ordonnateurs et commanditaires des crimes et leur radiation des corps de sécurité et des fonctions publiques.

3. Pour un statut de martyr à chaque victime de la dignité durant ces événements et la protection de tous les témoins du drame.

4. Pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS.
5. Pour l’annulation des poursuites judiciaires contre tous les manifestants ainsi que l’acquittement de ceux déjà jugés durant ces événements.

6. Arrêt immédiat des expéditions punitives, des intimidations et des provocations contre la population.

7. Dissolution des commissions d’enquêtes initiées par le pouvoir.

8. Satisfaction de la revendication Amazigh dans toutes ses dimensions (Identitaire, civilisationnelle, linguistique et culturelle) sans référendum et sans conditions et la consécration de Tamazight en tant que Langue Nationale et Officielle.

9. Pour un Etat garantissant tous les droits socio-économiques et toutes les libertés démocratiques.

10. Contre les politiques de sous développement, de paupérisation et de clochardisation du peuple Algérien.

11. La mise sous l’autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l’Etat ainsi que les corps de sécurité.

12. Pour un plan d’urgence socio-économique pour toute la région de Kabylie.

13. Contre TAMHEQRANIT( HOGRA) et toute forme d’injustice et d’exclusion.

14. Pour un réaménagement au cas par cas des examens régionaux pour élèves n’ayant pas pu les passer.

15. Institution d’une allocation chômage pour tout demandeur d’emploi à hauteur 50%SNMG.


NOUS EXIGEONS UNE REPONSE OFFICIELLE, URGENTE ET PUBLIQUE A CETTE PLATE FORME DE REVENDICATIONS
ULAC SMAH ULAC LE COMBAT CONTINUE 

intervention de Ferhat Mehani (Corsica)

Corte

Les « peuples en lutte » solidaires et déterminés aux Ghjurnate de Corte 

nmphoto259387.jpgC’est la Kabylie et le peuple kabyle par la voix de Ferhat Mehenni, président du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK) qui ont eu l’honneur d’inaugurer les Journées Internationales de Corte en Corse. Un congrès annuel mais c’est sa première édition depuis la refondation du courant indépendantiste et la création de Corsica Libera, les Ghjurnate internaziunale accueillent, durant tout le week-end à Corsica des délégations venues d’Europe, et d’ailleurs.

Autour, notamment, de Pierre Poggioli et de François Sargentini, les représentants des huit délégations présentes, venues d’Europe et d’ailleurs, ont ouvert, hier matin à Corte, les Ghjurnate internaziunale 2009.

Pour leur première édition depuis la refondation du courant indépendantiste et la création de Corsica Libera, les Ghjurnate internaziunale accueillent, durant tout le week-end à Corte, un nombre rarement atteint de délégations venues d’Europe et d’ailleurs. Autour, notamment, de Pierre Poggioli et de François Sargentini, les représentants des différents mouvements et syndicats présents ont ainsi ouvert, hier matin, ces deux jours incontournables d’échanges et de débats entre militants et sympathisants nationalistes. Un espace de rencontre englobant l’aspect politique, mais aussi économique et social de chacune des « luttes des peuples » menées de par le monde, à l’image de celle conduite cette année en Guadeloupe : « Depuis décembre 2008, un mouvement social, culturel et politique global et inédit contre le capitalisme et pour l’indépendance de la Guadeloupe s’est développé avec le LKP, a par exemple rappelé Myrlin Davilé, responsable des relations internationales de l’UGTG, le syndicat initiateur du LKP, et représentant du leader, Elie Domota. « Nous sommes donc ici, pour la première fois, afin de partager notre vécu avec le peuple corse qui subit, lui aussi, la domination française. » Une « solidarité » dans l’engagement exprimée par l’ensemble des militants, parmi lesquels le président du mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, Ferhat Mehenni, dont la présence à Corte est également une première : « La colonisation française a généré un système colonial reproduit par l’Algérie vis-à-vis du peuple kabyle, et contre lequel nous luttons au nom de notre identité et de notre culture », a-t-il insisté. « Comme pour tous les peuples opprimés, dans le bassin méditerranéen et ailleurs, nous saluons et soutenons donc le combat du peuple corse, et souhaitons qu’il aboutisse le plus rapidement possible, pour la liberté. »

« Dialoguer pour dépasser une crise permanente »

Un combat que tous s’accordent en ce sens à vouloir « unitaire », en cohérence avec la volonté de proposer un authentique projet de société autour de « valeurs » telles que « l’identité culturelle et linguistique », entre autres. À l’issue des quatre ateliers qui se sont tenus dans la journée – une nouveauté, dont le bilan sera d’ailleurs tiré aujourd’hui – les représentants syndicaux ont, à ce titre, alimenté le débat sur « la situation sociale des peuples sous domination française. » Revenant sur l’origine et la vocation du syndicat des travailleurs corses (STC), Jean-Luc Morucci a à cet égard souligné l’objectif de « mettre en place une économie adaptée à notre île, sans assistanat, et permettant le développement démocratique de notre peuple. » Une ambition centrée sur la « complémentarité entre le combat social et politique », qui a donc fait l’objet d’un vif intérêt lors de cette première journée. Dressant le constat d’une « situation de crise permanente en Corse, entre la vie chère, la précarité de l’emploi et le chômage », le militant du STC a, dans cette perspective, conclu à un indispensable « dialogue constant avec notre peuple et avec les autres peuples en lutte. » Les « deux voies », selon nombre de militants, pour construire solidement l’avenir d’une certaine « émancipation » politique et sociale.

Laure Filippi

copiez le lien : http://www.dailymotion.com/video/xa3qsr_delegations-internationales-ghjurna_news

Ferhat Mehenni à Ghjurnate di Corti de Corsica Libera

http://www.dailymotion.com/video/xa3qsr

Université d’été MAK 2009

Université d’été 2009 MAK

MOUVEMENT POUR L’AUTONOMIE DE LA KABYLIE

MAK et peuple kabyle : une parfaite symbiose

31072009munichdsf61655706b92c.jpgLe MAK a organisé son Université d’été du 1er au 04 août 2009 au village Tizi n Tsemlal, dans la commune d’Adekar. Cette manifestation politique et culturelle a été dédiée aux militantes et militants disparus :
- Saïd El hadj Djilali,
- Amezyan Mehenni,
- Mme Lhadj Ouerdiya,
- Mme Naït Sid Yamina ,
- Mokhtar Boufafen,
- Mustapha Mouzaï.

Les tentatives d’intimidation sur les organisateurs de l’événement ont été nombreuses mais vaines. Pas moins de 4 visites étaient effectuées par la police et la gendarmerie. Devant la détermination et la force morale affichées, les représentants des autorités ont versé dans des provocations où le ridicule le dispute avec l’incongruité. Ils ont demandé par exemple s’il n’y avait pas de délégation juive invitée et si M. Ferhat Mehenni n’aurait pas été miraculeusement parachuté à Tizi n Tsemlal pour prendre part aux travaux. À signaler que ces intimidations n’étaient pas le fait d’agents plus ou moins zélés mais effectuées par les commissaires de police de Leqser et de Vgayet en personnes. Ainsi, le discours qu’on croyait relever de lubies de pseudos journalistes de la presse arabophone est érigé en doctrine officielle puisque des représentants les plus officiels de l’État tiennent le même langage. Après un recueillement solennel observé en mémoire de toutes les victimes kabyles, l’Université d’été du MAK a été officiellement ouverte par M. Muhend Larvi Tayev, Président du Conseil national. À sa suite, le Secrétaire général du Mouvement et d’autres membres de l’Exécutif ont pris la parole.

Jour 1 :

Les travaux ont été entamés par la lecture de la communication transmise par M. Ferhat Mehenni, Président du Mouvement. La teneur de la communication porte essentiellement sur l’aspect organique. Il a été souligné que suite à la formidable mobilisation populaire du 20 avril 2009, le MAK se doit de dépasser tout amateurisme dans son action future. Le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie doit tendre à s’ériger progressivement en autorité parallèle acceptée par le peuple kabyle. La discipline, les diverses formes de militantisme, la stratégie ont été passées en revue et largement débattues au cours de la séance.

Jour 2 :

L’Université d’été du MAK a reçu une délégation du Congrès Mondial amazigh composée de représentantes et représentants des Canaries, du Maroc, de Libye et d’Algérie. M. Belkacem Lounès, Président du CMA a délivré une communication particulièrement suivie sur les droits des peuples amazighs consacrés par la communauté internationale et entérinés par certains états concernés dont l’Algérie. En soirée, M. Hachim Mohand Ouamer a animé une conférence sur l’expérience vécue dans le Mouvement citoyen par la frange non dialoguiste.

Jour 3 :

Dans la matinée du troisième jour, M. Mouloud Boumekla a délivré une communication sur l’expérience du Mouvement citoyen en tant que partie prenante de la frange dialoguiste avec le Gouvernement algérien.
Au cours de l’après-midi, le Docteur Saïd Chemakh, enseignant au Département de langue et culture amazighes de l’Université Mouloud Mammeri de Tizi Wezzu et chercheur associé à l’Inalco (Aix-en-Provence) a animé une conférence sur le thème de la littérature kabyle. Cette conférence assidûment suivie par l’assistance a donné lieu à un débat riche et dense. En soirée de cette 3ème journée des travaux, le Docteur M.L Tayev, Président du Conseil national du MAK et enseignant à l’Université Mouloud Mammeri a animé une conférence sur le thème de la saga des républiques kabyles qui ont jalonné l’histoire de notre pays. Le débat qui s’en était suivi est la fidèle illustration d’une ambiance de convivialité fusionnelle où aucune frontière n’existe entre rhéteur et assistance.

Jour 4 :

L’entame de la dernière journée a été inaugurée par la conférence donnée par M. Ahmed Cheballa, Secrétaire national aux perspectives économiques. Dans son message, M. Cheballa a mis en exergue l’existence de potentialités économiques avérées de Kabylie. La conférence de M. Cheballa se veut aussi une réponse cinglante et documentée à tous les nihilistes qui ânonnent encore la sentence qui consiste à ressasser que la Kabylie autonome ne peut être viable économiquement. À la suite de M. Chebbala et pour en conforter les thèses, M. Naït Amara Moussa a animé une remarquable conférence sur le thème bien réel de “ La budgétisation économique dans la Kabylie autonome ”.

L’Université du MAK a eu le privilège de recevoir un ami flamand qui a exposé un aperçu sur l’expérience de la Flandre, une région de Belgique qui aspire à son indépendance. Pour sa part, M. Chérifi Ahcène a fait par de son témoignage sur l’expérience vécue par lui-même et d’autres camarades lors de l’affaire dite des “poseurs de bombes” en 1976.

En dernier lieu, M. Bouaziz Aït Chébib, Secrétaire national à l’organique, a animé une conférence sur le boycott scolaire où il a rétabli bien des vérités sur les tenants et aboutissants de cette action militante qui reste un haut fait dans l’histoire du Mouvement Culturel Berbère. L’Université d’été du MAK de 2009 a clôturé ses travaux à 1 : 00 du matin du mercredi 5 août. Le MAK tient à rendre un vibrant hommage à l’abnégation de ses hôtes de Tizi n Tsemlal, en particulier M. Arezki Mohamed dont le courage et la persévérance ont assuré la pleine réussite des travaux de l’Université d’été 2009 du Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie.

Kabylie, le 5 août 2009

la Presse et la Kabylie

ex.jpgKABYLIE: BLOCAGES DE ROUTES, FERMETURES DE MAIRIES ET MANIFESTATIONS EN TOUS GENRES

Les solutions du désespoir 04 Août 2009 – Page : 3 Lu 1267 fois Partout on se plaint. La colère éclate au grand jour: retards dans les réalisations, blocages minant de nombreuses communes et développement à la traîne sont autant de facteurs attisant l’ire des citoyens. C’est l’été. La canicule sévit. Les forêts brûlent. Les gorges s’assèchent mais les esprits s’échauffent. Le quotidien des citoyens de Kabylie, déjà difficile, se complique pour donner lieu à un cocktail explosif. Partout on se plaint. Lorsque ce n’est pas l’eau qui manque, c’est le délestage, qui s’invite. Les insuffisances sont légion aussi bien dans les villes que dans les villages. Le citoyen ne sait plus où donner de la tête. La colère éclate au grand jour. Ces derniers temps, la rue gronde aussi bien dans les centres urbains que dans les communes rurales. Aucune contrée n’est en marge de cette colère. Les habitants usent de tous les moyens pour manifester contre l’abandon qu’ils subissent de plein fouet. La manifestation de rue est devenue le recours systématique de dénonciation. Il faut alerter le maximum de responsables pour espérer trouver une oreille attentive. Pour ce faire, tous les moyens sont permis. Blocage des routes, fermeture des mairies, la contestation se fait musclée devant l’absence de responsables. L’insouciance et l’incompétence qui règnent en maître font monter la colère. Quotidiennement, la presse se fait l’écho des protestations. Plusieurs manifestations sont rapportées ces derniers jours. Aussi bien à Tizi Ouzou, à Béjaïa qu’à Bouira, la rue bouillonne. L’insécurité, l’eau, les routes, l’hygiène, l’électricité motivent en gros ces mouvements de contestation. L’inquiétude prend le pas sur la sérénité. Le doute s’installe chez le simple citoyen. Désabusés par le silence des autorité locales, qui ne répondent que très peu aux sollicitations fort nombreuses, les habitants frappent à d’autres portes.Emeutes à Tadmaït Des émeutes ont éclaté hier dans la ville de Tadmaït et se sont poursuivies durant toute l’après-midi. Ces affrontements avec les forces de l’ordre sont survenus après la découverte de quatre jeunes de la localité morts criblés de balles. En effet, quelques instants après la découverte macabre, les citoyens sont sortis et se sont attaqués aux différents postes et barrages des forces de sécurité basés dans la ville de Tadmaït. A l’heure où nous mettons sous presse, les émeutes continuent. Il faut rappeler également que la colère des citoyens de cette localité n’a pas commencé hier. Bien avant, des émeutes ont éclaté sur les mêmes lieux, il y a de cela une semaine. Quelques jours plus tard, la ville de Tadmaït a été paralysée pendant une journée par une grève générale pour exiger de la sécurité. Il faut dire aussi que cette localité distante de Tizi Ouzou de quelque dix kilomètres connaît depuis quelques semaines un regain d’insécurité jamais égalé. On pousse le bouchon plus loin pour attirer l’attention des autorités supérieures. Alors que dans certaines communes, à l’image de celle d’Akbou, la mouvement associatif s’implique dans les crises qui secouent les communes, pour amener les autorités locales à accorder leurs violons et à travailler dans l’intérêt des citoyens, ailleurs on préfère crier sa colère. Et quoi de mieux que la rue? Il faut gêner le maximum et faire le plus de bruit possible pour être entendu. Mais le résultat n’est pas garanti d’avance. Dimanche, les habitants de la commune d’Ahnif dans la wilaya de Bouira ont été contraints de fermer le siège de l’APC dans l’espoir de faire entendre leur désespérance. La veille, les habitants de Mellala dans la wilaya de Béjaïa ont bloqué la RN12, rappelant au passage les années noires des événements de Kabylie. Ces citoyens frondeurs ont tenu à exprimer leur ras-le-bol. Autant les revendications étaient légitimes au même titre que l’acte de manifester, autant cette manière de faire est contraignante non pas pour les responsables qui ont failli à leur mission, objet de contestation, mais pour des usagers qui n’ont aucun rapport avec le conflit. L’ire est à son paroxysme. La population de Kabylie s’énerve. Le signe d’un malaise grandissant. On ne trouve plus d’oreille attentive. Les élus sont plus préoccupés par les tiraillements que par leur mission essentielle, celles de soulager leurs concitoyens d’un quotidien difficile. En cette période de congé, l’abandon se fait plus cruel. Les actions de rue se multiplient un peu partout en Kabylie et déjà des voix s’élèvent pour parler de «manipulation». Serait-ce le cas? la question mérite d’être posée. Ce sont les petits départs de feu qui font les grands incendies. Mais au regard de la situation sur le terrain et la motivation des manifestations qui sont loin de relever du politique, la thèse de la manipulation est exclue. Mais un ras-le-bol généralisé existe en Kabylie. Il suffit, d’ailleurs, de visiter les communes, y compris celles des grands centres urbains, pour s’en rendre compte. Retards dans les réalisations, blocages minant de nombreuses communes, développement à la traîne sont autant de facteurs attisant la colère des citoyens. Région frondeuse, la Kabylie ne veut plus subir. Est-elle moins bien lotie que d’autres régions du pays où aucune manifestation, même sporadique, n’est signalée?

Arezki SLIMANI (l’Expression)

communiqué MAK pour Tadmait

Kabylie : Répression des démocrates et impunité des assassins

Après des échauffourées survenues la semaine dernière avec les forces armées venues libérer des agents de sécurité arrêtés par la population qui les a surpris en train d’incendier les champs environnants, ce sont les terroristes islamistes qui, à leur tour, y sèment le deuil et la consternation.

Des témoins oculaires ont affirmé, hier soir, qu’un groupe terroriste a agi au grand jour, en assassinant quatre civils du village Ichekalen, dans la localité de Tadmaït, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Tizi Ouzou. Il s’agit des citoyens Kabyles :
- Hocine Chaouchi
- Kamel Aïssaoui
- Karim Allouache
- Ahcène Allouache

Ainsi, hier, au moment où la police procédait à l’interpellation de démocrates, membres du Congrès Mondial Amazigh, les terroristes, eux, tuaient en toute liberté de pauvres et innocents citoyens kabyles.

Le MAK étudie les actions de riposte pour la défense de la Kabylie et du peuple kabyle. (…)

Communiqué du MAK

KABYLIE : REPRESSION DES DEMOCRATES ET IMPUNITE DES ASSASSINS

Les citoyens de la localité de Tadmait sont de nouveau en proie à la révolte et l’indignation. Après des échauffourées survenues la semaine dernière avec les forces armées venues libérer des agents de sécurité arrêtés par la population qui les a surpris en train d’incendier les champs environnants, ce sont les terroristes islamistes qui, à leur tour, y sèment le deuil et la consternation..

En effet, des témoins oculaires ont affirmé, hier soir, qu’un groupe terroriste a agi au grand jour, en assassinant quatre civils du village Ichekalen, dans la localité de Tadmaït, à une vingtaine de kilomètres à l’ouest de Tizi Ouzou. Selon des sources locales, des habitants d’un village voisin ont assisté de loin à l’horreur, impuissants. Il s’agit des citoyens Kabyles :
- Hocine Chaouchi
- Kamel Aïssaoui
- Karim Allouache
- Ahcène Allouache

Ainsi, hier, au moment où la police procédait à l’interpellation de démocrates, membres du Congrès Mondial Amazigh, les terroristes, eux, tuaient en toute liberté de pauvres et innocents citoyens kabyles. Le MAK dénonce la répression politique qui cible d’honnêtes acteurs de la société civile et condamne le laxisme du pouvoir devant le terrorisme islamiste. A travers cette attitude, le gouvernement algérien vise toujours à démanteler la Kabylie. Faute de se la rallier à sa néfaste politique de dépersonnalisation, le pouvoir algérien la soumet à la répression politique conjuguée à l’insécurité et la délinquance.

Pour autant, la Kabylie ne pliera pas. Elle continuera avec détermination sa marche vers son émancipation pour la maîtrise de son destin sous forme minimale d’autonomie régionale. Le peuple kabyle en est chaque jour un peu plus conscient. Malgré des températures caniculaires dues pour l’essentiel aux incendies criminels allumés délibérément par les forces armées (voir ci-joint, le témoignage de Saliha Bachiri sur le cas de son village Bougtone, dans la Kabylie-Est des Bibans), le MAK étudie les actions de riposte pour la défense de la Kabylie et du peuple kabyle.

Kabylie le 04/08/2009MAK


P.-S.

Voici le communiqué de l’Association Mistouta de Saliha Bachiri

« URGENCE, L’ARMÉE ALGÉRIENNE BRÛLE LA KABYLIE »

Bonjour à tous, Je me permets de vous envoyer ce message pour vous informer que l’armée algérienne a brûlé et continue de brûler la forêt, des oliviers et des maisons du village d’où je suis originaire, Bougtone, village au sein de la Chaîne des Bibans. Un général est venu dans le village pour donner des ordres. Des villageois se sont adressés au commissariat pour faire une déposition et leur demander de réagir mais la réponse qui leur a été faite est qu’ils ont reçu des consignes et qu’ils ne peuvent rien enregistrer. Les villageois sont désemparés. Je m’adresse à vous en tant que citoyen, journaliste…pour voir s’il est possible de réagir, de faire un reportage sur ce désastre scandaleux ou au moins d’informer le plus grand nombre de personnes. Si vous souhaitez donner suite à mon appel, vous pouvez me contacter par mail ou tél afin que je vous donne les contacts de Bougtone, village en sursis !

Bien cordialement,

Saliha Bachiri Tél : 06 09 38 11 68

Association Mistouta »

- Village de Bougtone (BBA) sur GoogleMaps

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