La Kabylie cherche toujours sa voie

45 ans après le recouvrement de l’Indépendance

La Kabylie cherche toujours sa voie

La Kabylie, cette région berbérophone, a constitué le principal bastion pour la Révolution algérienne. Ses enfants ont joué un rôle des plus éminents pour le recouvrement de l’indépendance nationale.

 

154842303.jpgConnue sous l’appellation de Wilaya 3 parmi les six que comptait le pays à l’ère du FLN historique, cette région a connu les pires opérations militaires de l’armée françaises, en vue de parvenir à la pacifier car constituant le bastion de la lutte armée. Au lendemain de l’annonce par l’armée française de l’opération Jumelle, la revue Paris Match titrait en grosses manchettes : ” Opération Jumelle, le destin de l’Algérie se joue en Kabylie “. En effet, les principaux concepteurs de la révolution, de son organisation à son aboutissement, furent principalement issus de cette région. Ainsi les noms d’Amirouche, le colonel charismatique, Abane Ramdane l’architecte de la révolution, Krim Belkacem le maître d’œuvre des accords d’Evian en passant par le congrès de La Soummam, seront à jamais liés à l’histoire la plus glorieuse de l’Algérie.

Les sacrifices consentis par les milliers d’enfants de la Kabylie n’auront malheureusement d’égal que le degré de mépris et de répression qu’elle a eu à subir, à peine réveillée du cauchemar colonial. Dès l’indépendance, l’Armée des frontières conduite par le duo Benbella-Boumediene s’est installée au pouvoir avec le consentement des principales wilayas historiques, excepté la wilayas IV et bien évidemment, la wilaya III. Deux wilayas qui tenaient à honorer le sang des milliers de martyrs de la révolution. La prise de pouvoir par le feu et le fer des usurpateurs confirmera l’enterrement de l’idéal algérien enfanté par le Congrès de la Soummam.

499 martyrs ont tombés en 1963 dans le conflit qui opposa l’Armée des frontières aux troupes du FFS. Un régime militaire, socialiste, ultra-autoritaire et conservateur s’installa aux commandes du pays. Les politiques adoptées par les pouvoirs successifs ont toujours été aux antipodes des aspirations des citoyens kabyles. Une arabisation sauvage, importation de la pensée moyenne orientale, interdiction même de l’expression berbère et affaiblissement constant de la région dans les domaines économiques, culturel  et social en allant jusqu’à faire venir des populations étrangères à la région dans l’objectif inavoué, mais évident, de déstabiliser le tissu culturel et linguistique de la région. Arriva la révolte de 1980, appelée depuis, ” le Printemps berbère ” où des milliers de citoyens sortirent dans les rues de Tizi-Ouzou et Béjaïa pour dénoncer le musèlement des libertés et la négation de leur culture ancestrale.

 En fait, depuis l’indépendance, l’Algérie a toujours pratiqué une politique d’occultation ou d’exclusion explicite du berbère et l’arabisation reste encore le fondement de la politique linguistique du pays. Depuis l’ouverture, même timide, du champ politique en 1989, toute une série d’actions de masse spectaculaires ont porté l’affirmation identitaire des Berbères d’Algérie : de multiples grèves générales en Kabylie et d’innombrables manifestations d’une grande ampleur à Tizi-Ouzou, Béjaïa, Bouira et Alger. Ainsi, la loi no 05-91 sur la généralisation de l’utilisation de la langue arabe a fait l’effet d’une bombe chez les Kabyles, autant que chez tous les berbérophones du pays. En 1991, l’adoption de cette loi a fait descendre dans la rue des dizaines de milliers de Berbères pour la plus grande manifestation que la capitale ait jamais vue. Leurs mots d’ordre étaient : “Halte à l’intolérance” et “Non au racisme”. Le bras de fer semblait eternel entre la Kabylie rebelle, et le pouvoir central. Un consensus semblait impossible à trouver entre un camp réclamant une véritable démocratie et l’officialisation inconditionnelle de la langue berbère et l’autre n’ayant aucune volonté politique d’ aller dans ce sens.. Vint le boycott scolaire de septembre 1994, appelé ” La grève du cartable ” où les enfants de la région ont boudé les bancs des écoles et des universités pendant une année, pour l’institutionnalisation de tamazight. À la suite de ce boycott massivement suivi en Kabylie, le gouvernement algérien engagea, en mars-avril 1995, des négociations avec certains initiateurs du mouvement. Un Haut-commissariat à l’Amazighité, dépendant directement de la présidence de la République fut créé.  L’assassinat mystérieux du Rebelle, Matoub Lounés, en juin 1998 mit le feu aux poudres. Les manifestations  se soldèrent par la mort de cinq manifestants. Tout ce qu’a subi la Kabylie depuis l’indépendance comme mépris et répression se résuma en la révolte du ” Printemps noir 2001 “. Le cycle manifestations-répressions a engendré l’assassinat de 128 jeunes de la région, exécutés principalement par la Gendarmerie nationale, dont la population de Kabylie a réclamé et obtenu le départ. Le dialogue initié par l’ancien chef du gouvernement, Ahmed Ouyahia, avec les représentants du mouvement des archs a pu se solder par quelques résultats concrets, mais loin d’être à la hauteur de la philosophie de la plateforme d’El Kseur, notamment depuis l’avènement de Abdelaziz Belkhadem, connu pour être hostile aux aspirations des populations kabyles. Ainsi, après des décennies de lutte incessante en faveur d’un Etat de droit, garantissant les doits socioculturels de l’ensemble des Algériens, même-si on dénote une avancée quant à certaines libertés, en particulier la reconnaissance de tamazight comme langue nationale, le combat demeure long pour réparer un gâchis historique, celui d’un certain été1962.  

Source : L a Dépêche de Kabylie Édition du Mercredi 07 Juillet 2007   

http://www.depechedekabylie.com/read.php?id=42303&ed=MTU0OA==

Commentaires

  1. Zouaoui dit :

    Azul!
    Iggerez aṭas weḍris-ayi inek a Yassine a gma!
    Afud iggerzen deg leqdic-ik, aḥuddu aḥunnu fell-ak.
    Tanemmirt.

    NB:
    Tifrat-is d timanit n tmurt n yeqbayliyen.

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